Pour supporter durablement ce site, nous offrons désormais des espaces d'annonces aux acteurs économiques acceptant - notre charte -

Rendez vous des acteurs de développement en Afrique

Vous êtes ici -  Espace de réflexion > Libres contributions >

Auteurs

Histoire des pratiques de développement

Au nom de la croissance

Document publié le 5 avril 2009

Mots clefs associés : - Economie - Politique et société - Agriculture et développement rural

Le Mali a besoin de croissance pour répondre aux besoins de sa population. Initiative riz est un projet intéressant, mais on constate par ailleurs des pratiques au nom du développement tout à fait ambigües.

Pays sous développé, le Mali, notre pays évolue dans un contexte de gouvernance démocratique depuis une quinzaine d’années et connaît une croissance économique annuelle moyenne de 3% qui correspond aussi dans une certaine mesure à sa croissance démographique. De ce fait, l’engagement du pays dans la voie du développement requiert non seulement une croissance significative supérieure ou égale à 8 % mais aussi une distribution équitable des richesses nationales sur un territoire où plus 55 % de la population vit au dessous du seuil de la pauvreté.


  Les préoccupations des gouvernements successifs

L’ampleur, la multiplicité et la complexité des besoins prioritaires s’imposent aux gouvernants en terme de défis à relever. C’est pourquoi la recherche permanente de la croissance sur fond de développement durable a été et demeure une préoccupation constante pour les gouvernements successifs.

La pertinence des initiatives et l’adhésion des partenaires techniques et financiers ont permis la mobilisation de ressources conséquentes pour la réalisation des objectifs de croissance assignés aux différents programmes sectoriels. Les gouvernements sont alors tenus d’améliorer constamment leurs rendements afin de maintenir et renforcer le capital de confiance crée auprès des partenaires techniques et financiers. Il s’agit de l’éthique professionnelle, la performance et l’excellence technique.   Accélérer la croissance, en faisant appel aux transferts et aux innovations technologiques, est devenu un élément de grande importance dans la formulation et la mise en œuvre des programmes de développement au cours de ces dernières années. Des normes d’investissement établies sur la base des ratios par habitant, le choix des zones d’intervention selon le niveau de pauvreté, les travaux à haute intensité de main d’œuvre pour réduire le taux de chômage, représentent une des caractéristiques de ces programmes de réduction de la pauvreté.  

  Des difficultés qui augmentent pour les populations

Et pourtant, malgré l’accélération de la croissance, la grande majorité de la population toujours au dessous du seuil de la pauvreté depuis une quinzaine d’années. Les denrées de première nécessité que sont le riz, le mil, le maïs, le sucre, le lait, l’huile et le savon ont enregistré des augmentations variant entre 50 et plus de 100 %.

Les victimes des différents programmes de privatisation, en perdant leur emploi, ont perdu leur source de revenu. Ce qui se traduit par un accroissement de la pauvreté dont le corollaire est la baisse du pouvoir d’achat.

Une autre justification de cette baisse des pouvoirs d’achats est la faiblesse des revenus. Une étude récente de l’Observatoire de l’Emploi et de la Formation au Mali révèle que le revenu mensuel moyen des actifs occupés au Mali est 35.412 FCFA soit environ 54€. Le gouvernement a baissé le taux d’Impôt sur le Traitement des Salaires (ITS) de 2 points de pourcentage en janvier 2008.

Les parties (gouvernement / syndicats) se sont accordées sur une augmentation générale des salaires des travailleurs des secteurs public, parapublic et privé. Le gouvernement procédera ainsi à une augmentation générale des salaires respectivement de 5 % à compter du 1er janvier 2008 et de 5 % à compter du 1er janvier 2009.

Il est devenu une habitude pour le gouvernement de délivrer aux opérateurs économiques des exonérations d’importation, de renoncer à des taxes sur les hydrocarbures entre autres tous les ans pour faire face à la vie chère.

  Une expérience d’innovations technologiques pour accélérer la croissance : Initiative Riz

Il est indéniable que les transferts et innovations technologiques sont et peuvent être des facteurs déterminants dans les secteurs de production de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et des petites et moyennes entreprises.

Un bel essai de réussite est celui de « l’initiale riz » qui a suscité de nombreuses critiques et appréhensions tant de la part de certains « experts », de certaines classes politiques que de simples citoyens. L’initiative a bénéficié de la simplicité de son montage institutionnel, de l’expertise de paysans rompus à la culture du riz (en zone Office du Niger) depuis de longues années mais seulement sous équipés et confrontés au coût élevé des intrants agricoles. Les paysans étaient déjà familiers avec les motoculteurs, les décortiqueuses, les tracteurs, etc. Leur appropriation était très facile par les paysans. La volonté politique et la bonne pluviométrie ont permis d’aplanir ces difficultés.

La mise en place réussie d’unités collecte et de traitement des mangues en vue de leur exportation mérite une attention particulière. Il a été exporté 12 676 tonnes de mangues, selon les statistiques de la campagne 2008 du Programme Cadre Intégré. L’évolution vers la transformation agro alimentaire va créer non seulement une plus value mais surtout générer une dynamique en matière de développement local.

Aussi à la lumière des résultats obtenus par l’initiative riz, il y a lieu de revisiter la politique agricole du Mali et les stratégies de mise en œuvre.

  Conditions de réussite des transferts et innovations technologiques

L’adhésion des populations aux transferts et innovations technologiques ne peut être atteint qu’à travers les considérations suivantes :
- la simplicité du montage institutionnel du programme d’implantation des technologies appropriées ;
- la prépondérance à l’utilisation des matériaux locaux pour sa conception ou son fonctionnement ;
- les exigences de conception : main d’oeuvre qualifiée ou non qualifiée ;
- le fonctionnement/entretien de la technologie : main d’oeuvre qualifiée ou non qualifiée ;
- la dimension d’utilisation : communautaire, familiale ou individuelle ;
- l’accessibilité en termes de coût et de disponibilité ;
- l’existence d’un marché local réceptif aux produits.

Aujourd’hui, en regardant de près les expériences dans le domaine de la transformation agro alimentaire, nous nous rendons compte que les détenteurs ou des technologies proposées dans les programmes, se réduisent à quelques privilégiés en milieu urbain.

  Le business du développement

  La médiatisation à outrance des résultats obtenus et toujours positifs, laisse très peu de place aux leçons tirées des échecs et des difficultés rencontrées. En effet, nombreuses sont les activités qui survivent au-delà de la durée des interventions, à l’exception des infrastructures qui sont aussi très tôt confrontées à des problèmes d’entretien et de maintenance. Cet état de fait est toujours mis en exergue dans les discours des plus hautes autorités. A cet égard, il y a lieu d’exiger une capitalisation des expériences issues de l’exécution des actions de développement et responsabiliser les institutions compétentes pour leur prise en charge à travers les activités de recherche pour le développement.   Des approches participatives orientées   Les approches du développement participatif empruntées des Organisations Non Gouvernementales et adoptées par les partenaires techniques et financiers suite aux échecs des programmes d’ajustement structurels ont eu le mérite d’améliorer les résultats de nombreux grands programmes de développement. 

Malheureusement, il est regrettable de constater que ces mêmes approches ont subi des transformations pour mieux servir les objectifs prédéfinis de nombreux partenaires au développement. Ceci se traduit par l’utilisation d’outils subtils fabriqués pour les besoins de la cause, l’organisation et la médiatisation de séries de rencontres avec les bénéficiaires et les officiels, les offres de consultation au bénéfice de bureaux d’études originaires des pays des partenaires financiers, la sous traitance des bureaux d’études nationaux (qui se contentent en général seulement de 10 % sur une estimation d’au moins 10 milliards de francs CFA investis dans les études chaque année).

Le clientélisme politique et la corruption sont omniprésents, de l’implantation des programmes en passant par leur mise en œuvre jusqu’à l’évaluation finale.

De surcroît, la manipulation des données statistiques pour répondre plutôt à des intérêts institutionnels est devenue le jeu favori pour la perpétuation des programmes au nom du développement national.    La loi sur les OGM

L’adoption par le parlement de la loi sur les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) a sonné le glas de notre souveraineté alimentaire malgré les protestations des organisations de la société civile qui n’ont pas démérité. L’avenir jugera du choix du gouvernement et le vote majoritaire.

En dépit de son échec, la société civile continuera son combat pour la souveraineté alimentaire. Au passage, il y a lieu de féliciter et d’encourager les groupes et coalitions de la société civile qui mènent des plaidoyers sur les thèmes de l’eau, de la santé, du budget et de la dette. 

Par Mamadou Sékou TOURE,

Répondre à l'article