Table des matières
- L’exode rural et l’insertion des jeunes
- L’accès aux ressources foncières
- L’approvisionnement en intrants
- Le développement des ressources agricoles
- Le développement des productions animales
- Les circuits d’information et la commercialisation
- L’aménagement du territoire et les relations institutionnelles
- Conclusion
L’exode rural et l’insertion des jeunes 
L’exode rural et l’insertion des jeunes est un des thèmes qui a été traité par la quasi-totalité des concertations locales étudiées. Les contribution sur ce sujet portent principalement sur l’identification des causes de cet exode. La première raison à cet exode est certainement les conditions de vie des jeunes ruraux auxquelles une grande partie d’entre eux souhaite échapper : pauvreté, pénuries alimentaires, sécheresses répétées, absence de système de protection sociale, marriages et grossesses précoces pour les femmes. Ceci se trouve conforté par le manque d’infrastructures rurales qui pourraient encourager la jeunesse à rester dans les villages : routes, infrastructures éducatives, sanitaires, sportives et de loisirs. C’est ainsi le manque d’attractivité de la vie rurale qui a été souligné lors des concertations paysannes. Ces faits se trouvent renforcés par les difficultés que connaîssent les jeunes ruraux pour accèder aux terres, d’autant plus en cette période de fort accroissement démographique, et aux matériels agricoles. En conséquence, outre le dépeuplement des campagnes et la pénurie de main d’oeuvre, les concertations ont noté l’émergence d’une nouvelle série de contraintes liées à l’arrivée en milieu urbain de ces jeunes ruraux : augmentation du taux de chômage et de la délinquance dans les zones d’accueil. Ainsi une partie des difficultés rencontrées dans les milieux urbains doit être réglée dans les milieux ruraux.
L’accès aux ressources foncières 
Le problème de l’accès aux ressources foncières, ébauché dans le chapitre concernant l’exode rural, constitue une proportion non négligeable de l’ensemble des contraintes exprimées lors des concertations. Trois types principaux de contraintes pèsent sur l’accès au foncier. Il s’agit d’abord de l’accès plus difficile pour les femmes et les jeunes ruraux à la terre. Il s’agit ensuite de l’insécurité foncière, c’est-à-dire de l’exposition des producteurs à la volonté des propriétaires coutumiers : expropriation, non respect des principes de location de terres... Certains propriétaires ont par ailleurs souligné le problème que constitue l’expropriation des propriétés foncières par l’Etat. Enfin, la contrainte principale qui semble conditionner les autres et annonce les revendications de réforme agraire exprimées dans les propositions réside certainement dans la question fondamentale de l’appartenance de la majorité des terres à ceux qui ne les cultivent pas.
L’approvisionnement en intrants 
La question de l’approvisionnement en intrants a suscité l’expression d’un très grand nombre de contraintes. Elle est en effet essentielle pour parvenir à des productions agricoles de qualité. Pour autant les paysans sont pour l’instant confrontés à des difficultés d’approvisionnement. Les concertations ont en effet révélé que l’accès aux intrants est rendu difficile par leur coût et les taxes qui affectent certains intrants (le gasoil par exemple, donc le transport). Surtout leur disponibilité est insuffisante et les stocks trop peu nombreux, toutes les concertations s’accordent sur ce point. Plusieurs concertations ont insisté plus précisement sur certains intrants : les engrais, l’aliment bétail -ABH- et volaille, les produits vétérinaires et les parcs de vaccination, et les produits de conservation. Certains intrants sont par ailleurs disponibles mais inadaptés ou de mauvaise qualité, c’est par exemple le cas de certaines semences (manque de variétés hâtives). Un risque a par ailleurs été soulevé au cours des concertations, celui de la vulgarisation des semences étrangères et notamment des OGM. De manière générale c’est une mauvaise organisation de la commission d’approvisionnement des intrants qui a été mise en évidence.
Le développement des ressources agricoles 
Le développement des ressources agricoles et les contraintes qui ont été exprimées à ce sujet ne sont pas totalement étrangers à cette question des intrants. Le manque d’intrants de qualité et accessibles, de même que le manque d’équipement empêchent un développement optimal du secteur agricole. Ce développement est par ailleurs confronté à l’appauvrissement des terres, dû en majeure partie à la dégradation des sols alors que dans le même temps la redevance sur les terres reste à un taux élévé. Il en résulte une baisse de productivité de l’agriculture malienne. Les concertations ont aussi montré que ce problème de faible productivité tient en partie aux choix politiques en matière d’agriculture. Certaines concertations ont ainsi regretté que l’accent ne soit pas mis plus particulièrement sur la riziculture, le maraîchage ou qu’il n’y ait pas un appui plus important à la production de céréales sèches (mil, sorgho, maïs...) ou une utilisation à grande échelle des variétés hâtives. Les cotonculteurs ont d’autre part exprimé leurs inquiétudes quant à la privatisation de la Compagnie Malienne de Développement des Textiles (CMDT]. L’enclavement des zones de production, les attaques des déprédateurs, les problèmes de conservation sont autant de contraintes auxquelles la loi d’orientation agricole devra s’efforcer d’apporter des réponses.
Le développement des productions animales 
La question du développement des productions animales, plus encore que les productions agricoles, a suscité un grand nombre de contributions. Les principaux problèmes semblent être du même ordre que ceux qui se posent aux productions agricoles. D’abord les problèmes de coût et de disponibilité des intrants : aliments bétail, produits vétérinaires, etc. Ces problèmes financiers se trouvent renforcés par les difficultés d’accès aux crédits bancaires et leurs taux élevés ainsi que par les subventions jugées trop faibles. Ensuite les questions d’infrastructures et d’aménagements pastoraux : manque de bourgoutières, d’abattoirs frigorifiques, de pâturages délimités ayant pour but de mettre un terme à la divagation des animaux et de points d’eau. La non-application de la charte pastorale ou de la réglementation régissant les fourrières, que l’Etat ou les collectivités locales ne sont pas parvenus à imposer, constituent dans le même ordre idée un obstacle au développement des productions animales. D’autre part, les concertations ont regretté la limitation des races locales améliorées et le manque d’intérêts des pouvoirs publics pour certaines productions comme les chameaux. Enfin, ces mêmes pouvoirs publics sont les plus concernés par l’expression d’un certain nombre de contraintes touchant à la sécurité qui relèvent de leur compétence : vols d’animaux, exportation informelle du cheptel.
Les circuits d’information et la commercialisation 
Les conséquences sont donc palpables en ce qui concerne les circuits d’information et la commercialisation, un thème sur lequel les acteurs du monde rural avaient également beucoup de choses à dire. Le manque d’infrastructures général concernent en effet également les infrastructures marchandes (marchés, rampes d’embarquement des animaux pour l’exportation, routes reliant les marchés...). En résulte une carence en ce qui concerne les débouchés, carence à laquelle il convient d’ajouter les tracasseries administratives lors de l’exportation, les méventes en cas de surproduction ou l’insuffisance des fonds alloués à la commercialisation. A noter que l’information -ou plutôt son absence- joue là un rôle particulier puisque, les paysans le disent, ils ne connaissent pas les textes régissant la commercialisation des produits. Ces problèmes qui concernent la sécurisation des marchés doit également être appréhendé selon les concertations paysannes avec la perspective de réduire la concurrence que les produits importés représentent pour les productions maliennes. Cela doit passer par une valorisation de ces produits, alors que l’expression des contraintes lors des concertations a révélé au contraire que ces productions étaient peu valorisées.
L’aménagement du territoire et les relations institutionnelles 
Le thème de loa concernant l’aménagement du territoire et les relations institutionnelles locales, dans lequel ont été classé de nombreuses contraintes, récapitule en partie les principales contraintes que les pouvoirs publics peuvent s’attacher à régler en élaborant une loi d’orientation agricole. L’insuffisance d’aménagements et de schéma de développement du monde rural doit pouvoir trouver une réponse dans cette loi, ce qui devrait pouvoir mettre un terme aux problèmes d’enclavement des zones de production. D’autres problèmes tels que l’obsolescence de certaines conventions, le non respect des réglementations (sur les fourrières, la gestion des ressources naturelles, la pêche ou les conventions locales) ou l’absence de cadre de résolution des litiges, relèvent éminemment de l’action des autorités compétentes. Les contraintes exprimées ici démontrent l’inorganisation du monde rural. C’est là tout l’enjeu de la LOA.
Conclusion 
En ce qui concerne l’utilisation des résultats d’une concertation populaire, le rôle d’un analyste est d’attirer l’attention des décideurs et des acteurs locaux (notamment la société civile) sur les enjeux majeurs des sujets traités. Il peut aussi permettre à ces acteurs de suivre l’adoption de la LOA et de vérifier si les préoccupations exprimées sont bien pris en compte dans la LOA et feront l’objet d’application sur le terrain. Son outil principal d’influence est la communication publique de son analyse pour que les acteurs et les décideurs puissent s’en inspirer. L’évolution des médias (presse, radio et internet) permet une plus grande transparence des processus de concertations populaires et des contributions collectées à condition que la communication soit maîtrisée.
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Article produit par Alexandre Foulon et Anne-Marie Marcotte (Axe Formation)