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Souveraineté alimentaire : la filière riz au Mali

Agriculture familiale ou logique de filière ?

Document publié le 2 juillet 2004

Mots clefs associés : - Politique et société - Agriculture et développement rural - Souveraineté alimentaire - Mondialisation

Le contexte agricole du Mali, forces et faiblesses de la filière riz, perspective de la souveraineté alimentaire.

L’exploitation familiale met l’humain en position centrale : la famille, cellule de base de la société, et chacune de ses composantes (hommes, femmes, enfants). Le marché est un moyen parmi tant d’autres de faciliter son épanouissement.


  Introduction

Le Mali qui couvre une superficie de 1 241 238 km² pour une population estimée à 10,7 millions d’habitants en 2003, est constitué de quatre (4) grandes régions agro-climatiques :

- la zone soudano-guinéenne au Sud : 6 % du pays, une pluviométrie de 800 à 1200 mm/an, les cultures sont pluviales avec quelques bas-fonds ;
- la zone soudanienne au centre, elle représente 17 % du pays avec une pluviométrie variant entre 600 à 1000 mm/an. Les cultures sont pluviales et irriguées avec présence de cheptel sédentaire/transhumant ;
- la zone sahélienne est située au Nord, elle représente 26 % du pays. Les précipitations se situant entre 200 à 600 mm/an. Dans cette zone, on rencontre essentiellement le système pastoral associé aux cultures pluviales, irriguées et de décrues ;
- la zone saharienne s’étend au Nord de Tombouctou et Gao, elle représente 51 % du pays avec une superficie inférieure à 200 mm/an. Dans cette zone, coexiste le système pastoral pur et mixte associant l’agriculture.

Il convient de signaler qu’environ 80 % de la population totale sont concentrés sur 40 % du territoire dans le centre et le sud du pays.

La superficie de terres arables est estimée à 30 millions d’ha soit 24 % du pays dont 11 millions d’ha environ sont occupés par les cultures et les jachères. On estime que 3 millions d’ha environ sont effectivement cultivés chaque année soit 10 % des terres arables.

Le potentiel de terres aptes à être irriguées est estimé à environ 1 million d’ha (potentiel le plus élevé de l’Afrique de l’ouest). La superficie totale aménagée en maîtrise complète, submersion contrôlée et décrue atteint 230 000 dont 65 % en submersion contrôlée et décrue.

Comme dans la plupart des pays africains, le secteur agro-pastoral à un poids très important dans l’économie (36 % du PIB, 22 % des exportations, 75 % de la population active) mais les résultats agricoles, en particulier dans le domaine vivrier restent modestes.

Bien qu’en 2003, le PIB par habitant devait atteindre le niveau de 233 000 FCFA, soit 358 dollars EU au taux de 1 dollar EU = 650 ; cependant, le Mali se situe en 164ème position sur 174 pays pour l’indice de développement humain et en 85ème position sur 93 pays pour l’indice de la pauvreté humaine (source : Mali : TPC/MLI2909).

En effet, bien que l’indice de la pauvreté ait diminué de 71 % en 1996-98 à 64 % en 2000-02, le nombre de pauvres a augmenté depuis 1996 et il existe toujours un peu moins de 2/3 de la population (6.8 millions) en situation de pauvreté et ¼ (2.7 millions) en situation d’extrême pauvreté. L’ampleur de la pauvreté est forte en milieu rural puisqu’elle atteint 76 % contre 30 % en milieu urbain. Elle concerne plus les femmes (70 %) contre 45 % pour les hommes.

Le coût des actions envisagées par le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) atteint 2 707, 6 milliards de FCFA pour la période 2002-05 (source : TCP/MLI/2909).

Le financement intérieur proviendrait à 94 % des recettes fiscales du pays. La répartition des coûts suivant les axes prioritaires attribue 50,7 % au développement des ressources humaines et l’amélioration à l’accès aux services sociaux, 47,0 % aux infrastructures de base et aux secteurs productifs (dont environ 16 % pour le développement rural et les ressources naturelles) et 2, 3 % à l’amélioration de la gouvernance.

Au Mali, l’agriculture est pratiquée par 630000 petites exploitations familiales dont la taille moyenne est environ 4.5 ha pour un ménage de 9 à 10 personnes. Environ 40 % des exploitations disposent de moins de 3 ha.

Les exploitations agricoles, parfois mal rentabilisées parviennent tout juste à nourrir une population en constante progression. Les céréales (mil, sorgho, et riz essentiellement) constituent la base de l’alimentation de la population malienne (220,13 kg/an/personne en milieu rural, et 154,51 kg/an/pers en milieu urbain). Malheureusement, les productions varient beaucoup en fonction des précipitations et plusieurs années de sécheresse dans les années 70 et 80 ont rendu les récoltes aléatoires.

Bien qu’on assistât à une assise constante de la sécurité alimentaire au Mali depuis quelques temps, force est de constater que pendant la campagne 2002-2003 le déficit céréalier net a été estimé à 4000 tonnes (source : CILSS/AGRHYMET, production céréalière révisée, mars 2003). Ce déficit fait suite à une mauvaise pluviométrie. Cette mauvaise pluviométrie a produit les mêmes effets dans tous les pays du CILSS, seuls le Burkina Faso et le Niger sont excédentaires avec respectivement 547200 tonnes et 389000 tonnes en céréales sèches (source : Bilan céréalier prévisionnel 2002-2003- CILSS).

Si la production céréalière est estimée en 2002-03 à 2.53 millions de tonnes, en 2003-04 , les prévisions font état de 3.39 millions de tonnes de céréales soit une augmentation de 32 % par rapport à la moyenne des 5 dernières années.

Cette situation alimentaire très variable au Mali est une des conséquences de la non maîtrise des eaux de surface et de profondeur, étant entendu que les cultures sèches sont tributaires essentiellement des aléas climatiques, aussi de la politique agricole prônée par nos Etats qui consiste à ignorer les producteurs agricoles dans les prises de décision s’il s’agit d’élaborer des programmes de développement en agriculture.

  Contexte socio-économique

Le secteur rural domine l’économie malienne : il représente 36 % du PIB, occupe environ 75 % de la population active et procure 22 % des recettes d’exportation. Sur une superficie totale de 1,2 million de km2, seulement un tiers environ est utilisable pour l’agriculture, 24 % sont composés de pâturages, 7 % de forêts et 2 % seulement de cultures. L’agriculture non irriguée prédomine, représentant 90 % des 3 millions d’hectares cultivés chaque année. Les principales cultures à savoir le mil, le sorgho et le maïs sont principalement destinées à l’autoconsommation. Les autres cultures non irriguées sont principalement le coton qui procure jusqu’à 18 % des recettes d’exportation. Les cultures irriguées qui couvrent environ 160000 hectares sur un potentiel de 500000 hectares comprennent la canne à sucre, les légumes, les fruits (banane essentiellement), le blé et surtout le riz.

Depuis 1992 le gouvernement malien a redéfini sa stratégie de développement agricole en étroite collaboration avec toutes les parties prenantes. Un schéma directeur pour le développement rural à long terme a été élaboré et vient d’être adopté récemment, ainsi qu’un plan d’action à moyen terme visant à recentrer les activités du Ministère du développement rural sur sa fonction de service public et à rationaliser ses institutions. Dans ce cadre, le gouvernement a sollicité et obtenu l’appui de la Banque Mondiale pour la mise en œuvre d’un ambitieux programme de renforcement institutionnel destiné aux services agricoles et aux organisations paysannes.

Les principaux objectifs de la stratégie de développement agricole du Gouvernement sont les suivants :

- désengager l’état des activités de production et de commercialisation et promouvoir les initiatives du secteur privé dans ce domaine ;
- assurer la formation adéquate aux organisations paysannes qui seront appelées à assumer des responsabilités de plus en plus grandes dans la mise en œuvre de la nouvelle stratégie ;
- décentraliser et rationaliser l’administration pour améliorer l’efficacité des services d’appui locaux ;
- moderniser l’agriculture malienne, actuellement caractérisée par une utilisation d’intrants peu intensive et par une faible production en améliorant les services de la recherche et de la vulgarisation agricole.

Cette stratégie consolide donc les options majeures de la libéralisation de l’économie et de la décentralisation en mettant l’accent sur le transfert de certaines fonctions aux collectivités décentralisées ou aux organisations paysannes ainsi que le recentrage de l’Etat dans ses fonctions régaliennes.

  La filière riz au Mali

La filière riz au Mali est l’une des plus compétitives d’Afrique avec de faibles coûts en ressources internes. En 1999, elle contribuait à la hauteur de 44 milliards de francs CFA au PIB du pays (5 % du PIB), juste après l’élevage et le coton.

La filière malienne dispose d’avantages comparatifs et affiche de sérieuse perspective d’entrée de devises d’exportation pour le pays dans les prochaines années.

Au Mali, un habitant consomme en moyenne 43 kg de riz par an. Le prix du riz local oriente le prix sur le marché national et le consommateur malien a une préférence certaine pour le riz local, ce qui améliore la rémunération des efforts du producteur.

Aussi, la culture du riz crée des emplois et des revenus considérables, la riziculture au Mali est un important outil de fixation des populations en zone rurale.

Au Mali, la superficie des terres arables estimée à 30 millions d’ha soit 24 % du pays dont 11 millions d’ha environ sont occupés par les cultures et les jachères.

Le potentiel de terres aptes a être irriguées est estimée à environ 1 million d’ha (potentiel le plus élevé de l’Afrique de l’ouest).

Les superficies à aménager en maîtrise complète de l’eau représentant 80 000 ha dont 80 % sont situées dans la zone de l’Office du Niger (ON). Il faut ajouter l’irrigation par submersion contrôlée (90000 ha) et la culture de décrue (60000 ha).

La zone de l’Office du Niger, sur une superficie aménagée d’environ 60000 ha est souvent présentée comme le « grenier à riz » du Mali. Avec ses 20000 exploitations familiales, la zone de l’office assure en effet 40 % de la production totale du riz du Mali (700000 à 900000 selon les années) et correspond à plus de 80 % des besoins de consommations nationaux en riz.

Le système de riziculture pluviale y compris les bas-fonds représente environ 57 % des surfaces rizicoles totales (465898 ha) avec seulement 24 % de la production totale en riz (717116 tonnes). Le faible rendement de 693 kg/ha est surtout lié au manque de variétés performantes et aux techniques de production inadaptées. Il convient de signaler que les aménagements de bas-fonds sont beaucoup plus limités et ne dépassent pas 5000 ha.

Cependant, il faut souligner qu’environ 60000 ha aménagés ne sont pas systématiquement exploités du fait des aléas climatiques et du manque d’entretien des infrastructures dans le cas de l’irrigation.

La production céréalière est estimée en 2002/03 à 2, 53 millions de tonnes dont 28 % sont fournis par le riz. La production atteinte en 2002/03 est inférieure de 2 % à celle de l’année précédente et de 1,5 % à la moyenne des 5 dernières années. Pendant la même période, les importations de céréales étaient de 252000 tonnes pour des exportations de 8 300 tonnes. La consommation apparente annuelle par tête se situait à 204 kg correspondant à la norme retenue pour la consommation. La couverture des besoins en céréales est assurée à 90 % environ par production nationale.

Les prévisions pour 2003/04 font état de 3,39 millions de tonnes de céréales soit une augmentation de 32 % par rapport à la moyenne des 5 dernières années. La production du riz atteindrait 967000 tonnes.

En plus des conditions climatiques favorables, la progression de ce sous secteur vient de la rationalisation récente de la filière riz basée sur le développement des aménagements hydro-agricoles, l’amélioration des techniques culturales, les progrès concernant la transformation du paddy et la libéralisation du marché céréalier.

Cette réussite est aussi à porter au crédit de nombreux acteurs et à la conjonction de plusieurs facteurs, mais ce succès est avant tout celui d’une agriculture familiale qui a su répondre efficacement aux améliorations de l’environnement institutionnel et économique adoptant des modes de mise en valeur du domaine aménagé intensif, compétitif et en développant des systèmes de productions performants basés sur une riziculture intensive en travail avec un recours important à la traction animale.

La consommation apparente annuelle par tête monte à 252 kg, soit 23 % supérieure à la norme retenue pour la consommation. La production nationale en céréale en 2003/04 dépasse les besoins de la population.

En agriculture sèche, le peu de surplus commercialisable dégagé est vendu au moment des récoltes où le prix au producteur est souvent très bas afin de faire face à des exigences monétaires. En cas de pénurie alimentaire pendant la période de soudure (juillet, août, septembre), les agriculteurs sont obligés de payer très cher afin d’être à l’abri de la famine. Dans ces conditions, certains ont l’habitude de s’endetter auprès des usuriers, ce qui compromet davantage leur sécurité alimentaire.

Malgré la situation de surproduction actuelle des difficultés réelles perdurent à savoir :

Au niveau de la production

- Les difficultés d’accès à la terre, aux intrants, aux équipements et aux instances où les décisions sont prises constituent les principaux goulots d’étranglement pour les pauvres selon les types de cultures.

Par rapport à l’accès de la terre, les pauvres n’ont pas de problèmes spécifiques dans l’agriculture pluviale (en zone sèche). Par contre, au niveau de l’agriculture irriguée (Office du Niger, périmètres rizicoles de Mopti et de Ségou) pour accéder à la terre, il faut disposer d’un capital productif minimum (deux bœufs de labour, une charrue et une herse), condition qui exclut un grand nombre de pauvres. En effet, pour réunir ce capital productif, l’agriculteur paysan peut recourir au crédit agricole, mais, il faut qu’il ait une capacité de remboursement, ce qui est rarement le cas pour le pauvre qui se voit ainsi privé des intrants et matériels agricoles.

- La perte de la diversité génétique des plantes locales consécutive aux années de sécheresse et surtout à l’introduction de nouvelles variétés de semences dites hâtives et peu productives perdure.

L’introduction et l’utilisation des semences hybrides de façon incontrôlée contribuent pour beaucoup à la dépendance de notre agriculture au monde industriel car elles ne sont pas très souvent reproductibles.

Au niveau de la commercialisation

Les principales difficultés constatées sont entre autres :
- la mauvaise séparation des différents calibres au décorticage ;
- mélange de plusieurs variétés au décorticage ;
- très mauvaise qualité de l’emballage ;
- absence de marketing ;
- irrégularité et la non disponibilité des stocks au niveau des marchés des grandes villes ;
- endettement chronique des paysans à cause de non remboursement de crédit de campagne et redevance d’eau faute de la précarité du prix au producteur ;
- étroitesse des marchés et le manque de débouchés font que l’essentiel de la production nationale est consommé sur place ;
- manque de professionnalisme des principaux acteurs de la filière.

  Souveraineté Alimentaire, quelle perspective au regard des accords commerciaux internationaux ?

Au Mali, la libéralisation de la filière riz n’a pas produit les effets escomptés car elle n’assure aucune protection à la production locale, surtout avec l’application du TEC (tarif extérieur commun) imposé par l’ajustement structurel depuis 2002. Ainsi, La loi sur le riz brisé a été abrogé, laissant le riz local en concurrence directe avec les importés.

Cette situation de libéralisme rend la production locale vulnérable et moins compétitive sur le marché national face à la concurrence déloyale des importations d’excédents à des prix subventionnés par les pays développés. Cette pratique condamne l’agriculture africaine à la pauvreté.

Aussi, le démantèlement des offices nationaux de commercialisation par les programmes d’ajustement du FMI et de la Banque Mondiale n’a pas produit les effets escomptés. La libéralisation a échoué car elle ne s’est pas accompagnée d’une stratégie de développement permettant le maintien des aspects positifs de ces offices.

Par ailleurs, en instaurant la TVA sur les importations d’intrants et équipements agricoles, la politique rizicole a renchéri les coûts supportés par le producteur. Le surcoût a été répercuté sur le prix de vente, diminuant d’autant la compétitivité du riz local.

Dans cette dynamique infernale, les petits agriculteurs sont devenus les acteurs les plus défavorisés et les plus mal protégés sur les marchés mondiaux et totalement abandonnés par les pouvoirs publics.

Aussi, faut-il rappeler que les jeux d’acteurs et les logiques en place au sein de l’UEMOA limitent la convergence autour d’accords régionaux communs eu égard au fait que les pays intégrés au sein de l’espace régional peuvent avoir des relations plus tenues avec des voisins hors union et peuvent développer des politiques ou des stratégies souvent contradictoires vis-à-vis d’un produit agricole. C’est ce qui explique le comportement de certains pays côtiers (Gambie, Bénin, Togo, ...) a pratiqué l’importation du riz et sa réexportation vers les pays « intérieurs » au détriment de la production locale. Cette liberté de libre échange est l’une des causes essentielle de l’instabilité des marchés nationaux et régionaux et la pauvreté des petits agriculteurs.

L’accord agricole a entraîné des réductions tarifaires à l’entrée des pays développés, mais leur application est limitée car d’importantes restrictions en matière d’accès subsistent.

Aussi, les normes sanitaires et phytosanitaires, ainsi que des obstacles techniques au commerce mettent en difficulté très souvent les pays en développement.

Les accords commerciaux dans leur ensemble militent en faveur de l’instauration d’un commerce injuste, inhumain et non équitable avec ses cortèges de malheur, de pauvreté et d’exploitation de l’homme par l’homme.

Dans ces cas de figure comment arriver à la souveraineté alimentaire ?

  Conditions de sauvegarde de la souveraineté alimentaire

Eu égard aux enjeux des accords agricoles, pour l’atteinte de la souveraineté alimentaire, il faut :

- contribuer à la stabilité de la production par la maîtrise de l’eau (cultures pluviales soumises aux aléas climatiques) ;
- faciliter l’accès aux intrants et équipements agricoles par la mise en place d’un dispositif de crédit adapté ;
- multiplier les aménagements hydro-agricoles afin de permettre une extension des superficies cultivables au détriment de petites superficies de l’ordre 4,5 ha par exploitation familiale ;
- instaurer un code rural afin de protéger les terres de cultures contre le lotissement abusif des terres à usage d’habitation par les mairies ;
- la redéfinition d’une politique agricole impliquant les acteurs du monde rural et les accompagnant dans la pratique de leur vision. Cette nouvelle politique ne doit pas être menée par les experts étrangers ;
- la redéfinition des projets de développement afin d’associer les vrais acteurs à la définition, à l’élaboration et la mise en œuvre des nouveaux projets ;
- la protection de notre agriculture vis-à-vis des importations en provenance de l’extérieur, de la sous région. Cette stratégie contribuera ainsi à assurer la souveraineté alimentaire de nos pays et de la sous région ;
- instaurer de taxes d’importation sur les céréales de manière à rendre la production locale concurrentielle. L’alternative pourrait être imposée aux importateurs d’écouler une partie de la production vers les zones déficitaires ;
- que l’exploitation familiale puisse être dotée rapidement d’un statut juridique et puisse bénéficier de l’exonération fiscale pour les intrants et matériels agricoles ;
- accorder des subventions aux petites exploitations familiales pour leur permette un seuil de viabilité économique ;
- soutenir et protéger les marchés intérieurs en vue de défendre l’agriculture des pays africains tant au niveau national que sous régional pour réhabiliter les produits africains, favoriser les filières de transformation locale et modifier les habitudes de consommations orientées vers les produits importés ;
- prendre des mesures individuelles (niveau état) ou collectives adéquates (niveau sous régional ou autres) pour que l’aide alimentaire ne soit ni un moyen d’écoulement des excédents des produits subventionnés des agriculteurs des pays développés, ni l’occasion d’introduire des organismes génétiquement modifiés (OGM) au risque de renforcer la dépendance économique des agriculteurs africains vis-à-vis des firmes internationales qui les produisent ;
- accepter de se battre pour la suppression totale des mesures de soutien interne et des subventions à l’exportation pratiquées par les pays développés qui engendrent de graves distorsions sur le commerce des produits agricoles et alimentaires ;
- réorganiser la commercialisation des céréales locales par l’établissement des institutions et mécanismes adaptés ;
- donner une formation aux ruraux afin de leur permettre de participer à la définition et à la formulation des politiques agricoles au bénéfice de véritables programmes de développement.

De nos jours, on constate une volonté affirmée de la part des dirigeants africains en faveur de l’élaboration des politiques agricoles nationales et à l’échelle régionale. La politique agricole de l’UEMOA en est un exemple. Celle de la CEDEAO montre également le souci des pouvoirs publics d’harmoniser les politiques de nos différents pays. Ces politiques sont très ouvertes à la concurrence et ne sont pas adaptées à la réalité africaine car on met très souvent les préoccupations liées aux règles internationales, au lieu de s’occuper des problèmes de modernisation de l’agriculture familiale et de répondre aux priorités les plus importantes de nos petits agriculteurs.

  Conclusion

Dans le contexte actuel, pour la sauvegarde de la souveraineté alimentaire, l’exploitation familiale semble être l’outil le plus efficace et le plus précieux car elle place l’homme et la famille en position centrale du processus de décision. Aussi, prône-t-elle une diversification des cultures au détriment de l’approche filière qui privilégie la promotion d’une culture dite de rente.

Chaque fois qu’une agriculture africaine est orientée vers la promotion des filières exportation, c’est la catastrophe car très souvent, c’est au détriment de la production céréalière qui est la garantie de la souveraineté alimentaire.

Dans notre pays, les défenseurs des thèses néolibérales font l’apologie de la spécialisation en agriculture en espérant sa modernisation. Ils vont jusqu’à en faire la principale condition de la professionnalisation des producteurs en lui attribuant le terme « filière » alors que le concept n’a de signification que s’il est compris comme un moyen d’analyse et non comme mode de production.

L’exploitation familiale met l’humain en position centrale : la famille, cellule de base de la société, et chacune de ses composantes, hommes, femmes, et enfants. Le marché est un moyen parmi tant d’autres de faciliter son épanouissement et non l’inverse. Ce que refuse la famille paysanne, c’est de n’être considérée que comme un vulgaire marché, où l’on viendrait placer du crédit, des intrants et des formations à un client anonyme.

Cependant, pour asseoir une sécurité alimentaire durable, l’une des conditions serait le développement des cultures dites alternatives capables d’assurer un revenu potentiel aux producteurs sur son marché.

Au Mali, si la bataille de la disponibilité est en train d’être gagnée, le combat de l’accessibilité physique et économique de tous les maliens à cette disponibilité est à intensifier.

Par Mamadou Lamine Coulibaly,

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