Quelques exemples significatifs
De Bama à Bobo-Dioulasso
La Thaïlande, la Chine, l’Inde ... bradent leurs excédents de riz sur le marché mondial. Ce riz rentre au Burkina Faso sans taxe spécifique et casse les prix.
Nous sommes au mois d’août 2002, dans la rizière de Bama. Un père de famille repique le riz avec ses enfants. Ils ne sont pas en avance dans leurs travaux, car ils se sont occupés de leur maïs avant de s’occuper du riz.
Le riz demande beaucoup de travail. Il faut commencer par faire une pépinière. Ensuite le riz sera repiqué, désherbé, traité (avec un insecticide)... En fait, les producteurs ne sont plus très motivés. Ils nous disent que le riz "se vend mal", à un prix peu rémunérateur.
Hommes, femmes, adultes, enfants travaillent dans la rizière. Mais ce sont les femmes les plus nombreuses. Après la récolte, ce sont encore elles qui vont traiter le riz paddy (non décortiqué).
Nous n’avons fait que 25 km depuis la rizière de Bama. Nous faisons un tour au marché central de Bobo-Dioulasso. De tout côté nous y découvrons des stocks de riz en provenance de Chine, Inde et Thaïlande. Nous demandons quel est le prix d’un de ces sacs de riz : 10 000 FCFA ou 11 000 FCFA le sac de 50 kg de riz, 200 F le kilo !
Inutile de chercher plus loin l’origine des difficultés de la filière riz : en 2001, le Burkina Faso a importé pour 20 milliards de FCFA de riz. Or sur le marché mondial, le riz est bradé, à des coûts inférieurs aux coûts de production. En Thaïlande, par exemple l’état protège le marché intérieur (pour offrir à ses propres producteurs un prix rémunérateur). Et le riz exporté est subventionné. Comme il rentre sans taxe spécifique au Burkina Faso, il se retrouve moins chers sur les marchés du Burkina que sur ceux de Thaïlande ! Et les producteurs de riz burkinabé n’arrivent plus à vendre leur riz à un prix qui couvre les coûts de production. A notre sens, ce petit voyage de 25 km de Bama à Bobo-Dioulasso en dit plus sur les causes de la pauvreté du monde rural que bon nombre d’atelier à la recherche d’une nouvelle stratégie pour lutter contre la pauvreté.
Aide alimentaire ou arme alimentaire :
Connaissez-vous "la monétisation ?"
Ces dernières années, beaucoup d’efforts ont été déployés au Burkina Faso pour développer la culture du riz, avec des résultats mitigés ! C’est que le riz paddy n’est pas très rémunérateur. C’est ainsi que la coopérative de Bazon a perdu près de 20 % de ses membres (de 927 à 750). Pourquoi le riz paddy a-t-il tant de mal à se vendre ? Allez demander la réponse aux Thaïlandais et autres exportateurs de riz : tout le riz qui se trouve sur le marché mondial est subventionné. Bien plus, certaines ONG américaines de la place écoulent les surplus subventionnés américains (comptabilisés dans l’aide des USA aux PED). Comment une ONG peut-elle écouler (vendre à bas prix) pour 1,5 milliards de FCFA de riz pour son propre fonctionnement, et prétendre que cela ne joue pas sur le marché national Burkinabé ? On a même créé un nouveau mot pour décrire cette pratique : cela s’appelle « faire de la monétisation ». Jusqu’à ce jour, je n’ai jamais entendu un paysan dire - en vendant sa récolte - « je fais de la monétisation ! »
Aujourd’hui, j’apprends qu’une autre ONG américaine, a reçu gratuitement (au titre de l’aide alimentaire) plus de 4 000 tonnes d’huile de soja, en provenance des USA. Cette huile, qui représente une valeur marchande de 1,7 milliards de FCFA (soit 2,6 millions de $ ou d’euros, a été mis sur le marché burkinabé, et vendue au plus offrant. Quand on sait que la SN Citec qui fabrique l’huile de coton est une des sociétés industrielles qui marchent le mieux au Burkina Faso, là encore, on peut se demander pour qui travaillent ces ONG américaines ? Pour le développement du Burkina Faso (leur raison sociale !) ou pour les producteurs américains ?
Interrogés sur cette pratique, des membres de cette ONG nous ont dit : "Nous ne sommes pas les seuls à faire cela !". C’est dire qu’il est temps de mesurer l’ampleur de ce phénomène. Car si l’aide alimentaire est parfois un mal nécessaire, elle peut se transformer en arme alimentaire !
Aussi, nous serons reconnaissant à tous ceux qui pourront nous donner des informations sur cette pratique au Burkina Faso, mais aussi dans les autres pays africains. Est-elle réservée aux ONG américaines ? D’autres pays, telle que l’Union Européenne se débarassent-ils ainsi de leurs excédents au risque de casser l’agriculture des pays du Sud ? Combien de temps le Burkina laissera-t-il entrer librement sur son territoire les excédents de production des pays du Nord ?
Novembre 2002
Pendant ce temps, dans la presse nationale (voir ci-dessous la copie de l’appel d’offre du Cathwel).
Riz américain
Le Cathwel dénonce des fraudes
"Le CRS/BF, communément appelé le Cathwel, porte à la connaissance du public, et plus particulièrement des consommateurs, qu’il vient d’être saisi de l’existence actuellement sur le marché d’un faux riz américain en compétition frauduleuse avec le vrai riz américain monétisé par le Cathwel pour financer son Programme d’activités de Développement au Burkina Faso.
En effet, il est vendu en ce moment sur le marché, du riz non-américain parfois appelé "riz américain qualité numéro 2". Ce faux riz est emballé dans des sacs à la marque "USA Long Grain Rice Parboiled" semblables aux sacs utilisés par le Cathwel. Cependant, les sacs frauduleux sont reconnaissables par leur numéro du contrat VEPD 03463 (Contract No. VEPD 03463). Ce faux riz est étuvé comme le riz américain, mais il est d’une qualité grandement inférieure au riz américain d’origine : il contient du sable, des cailloux, du son et des grains non décortiqués et d’autres matières organiques. De plus, le poids moyens de ces sacs est de 44 kg au lieu de 50 kg.
La contrefaçon des emballages contenant le faux riz américain est si professionnellement faite qu’il est quasiment impossible à un consommateur non-averti de déceler la fraude chez le vendeur. Il reste donc de la responsabilité des consommateurs à vérifier le numéro du contrat des sacs qu’ils achètent. Les conséquences d’une telle fraude sont dommageables à la réputation du CRS/BF (Cathwel) et du riz américain, et porte grandement atteinte à l’appréciation culinaire et nutritionnelle du riz américain. Des actions légales sont entreprises pour arrêter ces activités frauduleuses et ceux qui y sont impliqués.
Le CRS/BF (Cathwel) remercie le grand public pour sa fidélité au riz d’origine américaine.
Le Représentant Résident/a.i.
Dave Coddington
Importation massive de « sous-produit » (brisure de riz)
Chassons l’intrus !
Regardez bien cet Éléphant d’Afrique. En quoi est-il africain ??? Il vient de Thaïlande, pour narguer et piétiner l’Afrique ! ... et les producteurs de riz africains !
Déjà les authentiques éléphants burkinabé sortent de leur réserve pour piétiner les champs des paysans. Le Burkina, et l’Afrique sont capables de produire assez de riz pour nourrir leurs populations. Nul besoin d’éléphants thaïlandais maquillés en éléphants d’Afrique.
N’est-il pas temps pour les producteurs de riz africains de se lever pour chasser cet intrus ? Oui, il est temps de se lever pour se protéger du dumping (le riz thaïlandais, comme tout le riz qui se trouvent sur le marché mondial, grâce à diverses subventions est vendu en dessous des coûts de production), et donc pour exiger que ce riz soit taxé à l’importation. Les japonais ont réduit leurs taxes à l’importation sur le riz en provenance de l’extérieur : de 2 000 % ces taxes ne s’élèvent plus qu’à 490 % ! (Le Nigeria taxe le riz importé à 100 %). Le Burkina Faso, et l’UEMOA pourrait se rapprocher de ce taux en commençant par passer de 10 % à 100 % ! La production intérieure s’en trouverait sérieusement stimulée !
Même au village !
Cette année encore, j’ai eu l’occasion de passer Noël au village. Comme souvent, à cette occasion, le plat de fête est constitué d’un "riz sauce". La sauce elle-même étant améliorée grâce au bouillon fourni par la cuisson du poulet !
J’ai demandé à mes hôtes s’il connaissait l’origine du riz que nous mangions. Ils ne savaient pas. Ils ont seulement pu me dire qu’il provenait du commerçant du village.
Après le repas et quelques danses, à quelques-uns, nous nous sommes rendus chez le commerçant pour voir d’où provenait le riz de sa boutique : à l’entrée de son magasin nous avons trouvé trois sac de riz. Deux provenaient de Thaïlande (dont le fameux riz "Eléphant d’Afrique !), et le troisième venait de Chine. Première constatation : le riz importé s’est répandu au village... La dépendance alimentaire se renforce.
Nous avons eu alors une conversation très intéressante. Nous nous sommes posé la question : "les paysans peuvent-ils demander aux populations des villes de consommer burkinabé, si eux-mêmes laissent de côté le riz burkinabè (à peine plus cher), pour se tourner vers la brisure de riz importée ! ?
Le commerçant, quant à lui, est tout prêt à faire venir du "riz de Bagré" (riz en provenance de Bagré au Burkina) si la population du village en demande ! La balle est donc dans le camp des villageois ! Et dans celle du gouvernement, qui pourrait protéger la production du riz burkinabè en taxant le riz importé.
Ouagadougou, le 27 décembre 2003
Alimentation urbaine
Consommons burkinabé
(Consommons local !)
La scène se passe à Ouagadougou, après une réunion avec des représentants burkinabé d’ONG de solidarité internationale. Ces ONG cherchent à appuyer le développement rural du Burkina Faso. Notre réunion se termine. Elle s’est bien passée, dans un climat d’écoute mutuelle. Il est bientôt midi. Je me risque à poser les quelques questions suivantes aux burkinabé :
"Qu’avez-vous mangé ce matin avant de venir à la réunion ? Réponse : "Nous avons pris un café au lait avec un morceau de pain."
"Et hier soir, qu’avez-vous mangé ?" Réponse : "Du riz."
Et hier midi ? - "Encore du riz." D’autres : "Des pâtes alimentaires."
Je termine : "Donc vous n’avez pas besoin des paysans burkinabé."
Les visages se ferment, puis l’un d’entre eux se risque : "C’est vrai !"
C’est que pour l’essentiel le riz est importé, tout comme le blé. La réunion est terminée. Chacun rentre chez lui, mais il faudra bien poursuivre la réflexion.
Nous avons là le résultat d’une politique nationale qui a toujours favorisé la ville aux dépends des zones rurales. Alors que tout les pays développés ont protégé (et protègent encore) leurs agricultures, le Burkina Faso, comme bien d’autres pays africains, a toujours cherché à nourrir les populations urbaines au moindre coût. Et donc le Burkina Faso laisse entrer, entre autres, le riz et le blé (fortement subventionnés) sans taxes significatives. Le pain, inconnu au début du 20ème siècle se répand dans tous les villages...
Plus de 80 % des burkinabé vivent de l’agriculture et/ou de l’élevage. Le développement du pays passe donc par le développement de son agriculture ? Si la politique des prix décourage les paysans, quel peut-être l’avenir de l’ensemble du pays ?
Dans le rapport de l’U.E.M.O.A. "Les grandes orientations de la Politique Agricole de l’UEMOA", nous lisons (p 27) : "La différence entre les revenus ruraux et urbains - qui est de 1 à 4 pour l’ensemble de l’UEMOA - atteint des proportions inquiétantes au Niger et au Burkina Faso". (il est de 1 à 9 au Burkina Faso !)
Que vaut l’indépendance d’un pays qui dépend pour l’essentiel de l’extérieur pour nourrir ses populations urbaines ? C’est pourquoi, me semble-t-il, il est nécessaire et urgent, pour le Burkina Faso et bien d’autres pays du Sud, de faire respecter son droit à la souveraineté alimentaire.
"La souveraineté alimentaire désigne le DROIT des populations, de leurs Etats ou Unions à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping vis à vis des pays tiers.
A Koudougou au Centre Unitas, le 11 mars 2003
Au cours d’une réunion sur le thème " Comment résoudre un problème de vie ? ", j’interroge les participants. La dernière fois que vous avez mangé du riz en famille, d’où venait ce riz. La plupart réponde : " De Thaïlande ". Or à midi, nous venions de manger au centre du riz Thaïlandais ? Je demande : " Pourquoi vous ne consommez pas de riz burkinabé ? ". La réponse est unanime : " On n’en trouve pas chez les commerçants de Koudougou ".
Nous avons continué à réfléchir : " Pourquoi ne trouve-t-on pas de riz burkinabé à Koudougou, alors que les producteurs de riz du Sourou ont des milliers de tonnes de riz disponibles qui ne trouvent pas d’acheteurs ? Nous allons, nous aussi, essayer de répondre à cette question.
Maurice Oudet
Koudougou, le 3 février 2003
Comment en est-on arriver là
Brève analyse du Ministre de l’Agriculture, M. Salif Diallo
Rappels des résultats des mesures de libéralisation de l’économie dans le secteur agricole
Depuis les années 1990, le Burkina Faso, en concertation avec les partenaires au développement, a entrepris d’importantes réformes afin de créer un environnement politique, économique et institutionnel favorable à l’insertion du Burkina Faso dans le contexte nouveau de la mondialisation de l’économie. C’est ainsi qu’avec l’appui des institutions de BRETTON WOODS (Banque Mondiale et Fonds Monétaire International), le Gouvernement a mis en place à partir de 1991 un Programme d’Ajustement Structurel (PAS) en vue de la réforme des principaux secteurs de l’économie nationale.
Concernant les secteurs de l’agriculture et de l’élevage, en Mai 1992, le Gouvernement a élaboré la Lettre de Politique de Développement Agricole (LPDA) qui aboutira, après concertation avec la Banque Mondiale, à l’adoption et à la mise en œuvre du Programme d’Ajustement du Secteur Agricole (PASA) dont les principaux objectifs visaient :
la modernisation et la diversification de la production,
le renforcement de la sécurité alimentaire,
l’amélioration de la gestion des ressources naturelles.
De 1992 à 1996, la première phase du PASA a porté essentiellement sur la mise en œuvre d’une matrice d’une cinquantaine de mesures de réformes qui peuvent être regroupées en deux volets :
la libéralisation du secteur agricole
la réorganisation des Services Agricoles.
Les principaux résultats obtenus au terme de ces réformes se présentent comme suit.
Libéralisation du secteur agricole
Les principaux résultats concernent :
La libéralisation de la commercialisation et des prix des céréales traditionnelles (mil, maïs, sorgho).
Cette mesure a eu pour principales conséquences :
- le désengagement de l’Etat de la fixation des prix d’achat des céréales aux producteurs et de vente aux consommateurs. Les conséquences sur le terrain sont connues avec les déficits alimentaires ;
- la liquidation de l’Office National des Céréales (OFNACER) en 1994,
- la création de la Société Nationale de Gestion des Stocks de Sécurité (SONAGESS) qui n’intervient plus dans l’approvisionnement des consommateurs (sauf pour la rotation du stock de sécurité), assuré désormais par les commerçants privés.
La libéralisation du commerce interne du riz en 1996.
Cette mesure s’est traduite par :
- la suppression du monopole de la collecte et de la transformation du paddy par la Société Nationale de Collecte de Traitement et de Commercialisation du Riz (SONACOR) financé par la Caisse Générale de Péréquation (CGP), principal actionnaire, la suppression du monopole dont jouissait la CGP pour l’importation et la commercialisation du riz (importé ou produit au niveau national) ;
- la privatisation de la SONACOR. Il convient de souligner que l’arrêt du financement de la collecte du paddy par la CGP (via la SONACOR) a entraîné d’énormes difficultés au niveau des producteurs qui n’arrivant pas à écouler leur production de paddy se retrouvaient avec des impayés auprès des banques et des fournisseurs d’intrants agricoles (engrais et pesticides). Il a fallu la reprise récente de la SONACOR par la SOPROFA pour que ces contraintes commencent à trouver des solutions. (? ??)
La privatisation de la quasi-totalité des entreprises publiques intervenant dans la production, la transformation et la commercialisation des produits agricoles.
Les entreprises ci-après ont fait l’objet d’une privatisation totale ou partielle : Flex-Faso, Grands Moulins du Burkina (GMB), Société Sucrière de la Comoé (SOSUCO), SAVANA, SONACOR, SOFITEX, etc.
A ces mesures, il convient d’ajouter la suppression de la subvention sur les intrants agricoles (engrais et pesticides). Tout cela devrait donner un déclic aux producteurs privés.
Mais quand en est-il réellement aujourd’hui ; le secteur privé reste encore balbutiant.
Le pays 18 juillet 2002
Dollar en baisse... pauvreté en hausse !
La plupart des exportations des produits agricoles de la zone franc sont libellées en dollar. C’est par exemple le cas du coton. Un dollar de coton vendu en janvier 2003 rapportait 0,95 € soit 623 F CFA. Aujourd’hui, en février 2004, il ne vaut plus que 512 F CFA. C’est dire que du fait que le F CFA est lié à l’euro (1 € = 656 F CFA), quand le dollar baisse, les revenus à l’exportation baissent d’autant.
Et comme entre le 1er janvier 2003 et le 10 janvier 2004 le dollar a perdu un quart de sa valeur face à l’euro, les exportations des produits agricoles de la zone franc se sont détériorées d’autant. C’est le cas notamment du coton. Heureusement, des volumes importants de coton de la récolte 2003-2004 ont été vendus quand le cours du coton (libellé en dollar) était assez élevé, et avant que la chute du dollar soit trop forte. Mais qui est capable de prévoir ce qui attend les producteurs de coton pour la saison prochaine. Les exportations agricoles de la zone franc sont ainsi gravement menacées par la chute du dollar.
Mais ce n’est pas tout : les producteurs de riz (entre autres) subissent également les effets de la chute du dollar. Cela est moins visible, mais pas moins grave. Prenons un exemple. Le prix du riz thaïlandais est libellé en dollar. Depuis plusieurs années il est resté stable : autour de 180 $ la tonne. Mais pour un importateur burkinabé, cette stabilité (en dollar), combinée à la chute du dollar est équivalent à une baisse (en F CFA) du riz thaïlandais. C’est une des raisons qui font qu’aujourd’hui les commerçants burkinabé s’intéressent davantage au riz thaïlandais qu’au riz burkinabé. Et les producteurs de riz burkinabé ne trouvent plus d’acheteurs à un prix rémunérateur : ils sont obligés de brader leur riz en dessous des coûts de production. Et la misère s’installe dans les rizières du Burkina Faso. Comme le N° 322 d’ Afrique agriculture de février 2004 le signalait sur sa couverture :
Dollar en baisse... pauvreté en hausse !
Une monnaie forte (le franc cfa lié à l’euro) ne favorise pas les producteurs de l’Afrique de l’Ouest. La reconnaissance de la souveraineté alimentaire permettrait au moins de taxer le riz à l’importation et de protéger ainsi les producteurs de riz des effets pervers de la chute du dollar sur leurs revenus.
Samagan, le 24 février 2004
La définition scandaleuse « du dumping » à l’O.M.C.
La PAC et l’Accord sur l’agriculture de l’OMC (AsA) sont profondément inéquitables pour les agriculteurs des pays en développement (PED) puisque ceux-ci n’ont pas les moyens budgétaires de subventionner leurs agriculteurs alors que l’AsA leur dénie dans le même temps le droit de maintenir leur protection à l’importation. Ceci découle des définitions criminelles du dumping et des subventions autorisées intégrées dans les Accords de l’OMC (pas seulement dans l’AsA mais aussi dans le GATT, l’Accord anti-dumping et l’Accord sur les subventions et mesures compensatoires) :
Il n’y a pas de dumping si les produits agricoles sont exportés au même prix que sur le marché intérieur, même si ce prix est bien inférieur au coût complet de production. Cela a été la principale raison des réformes de la PAC de 1992 et 1999 : abaisser les prix des céréales européennes à leur niveau mondial permettrait de les exporter sans subventions (restitutions), ce qui est effectif depuis juillet 2001 pour le blé et l’orge de l’UE : les agriculteurs sont payés au prix mondial (100 € par tonne) mais reçoivent des contribuables de l’UE une aide directe de 63 € par tonne pour couvrir leur coût complet de production estimé à 160 € par tonne, et de fait cette aide représente 126% de leur revenu net en France ;
Les subventions non-spécifiques et découplées sont exemptées des réductions prévues par l’AsA :
- Les subventions non-spécifiques ou de la "boîte en or" : tous les types de soutiens non agricoles et tous les soutiens non agricoles et agricoles (y compris une forte protection à l’importation) reçus dans le passé dans les pays riches occidentaux ne sont pas pris en compte, ce qui confère un énorme avantage compétitif à leurs produits agricoles en comparaison avec ceux des PED ;
- Les subventions découplées de la "boîte verte" : le concept de découplage est hautement mystificatoire car n’importe quel type de subvention -y compris pour des motifs environnementaux- a pour effet de réduire les coûts de production des produits bénéficiaires, d’accroître leur compétitivité, et a donc un effet de dumping lorsqu’ils sont exportés.
Et c’est parce que les aides directes actuelles -qui représentent 63% du budget agricole de l’UE (1er pilier) en 2000-, ont été considérées par l’AsA comme seulement découplées temporairement (jusque fin 2003) et placées dans la "boîte bleue" que la Commission de l’UE a proposé de les "verdir" plus explicitement par le simple tour de passe-passe de les octroyer aux agriculteurs sans même exiger qu’ils produisent ou en pouvant produire d’autres productions (à l’exception des fruits et légumes) que celles pour lesquelles les aides directes avaient été octroyées depuis 1993 (céréales, oléo-protéagineux, viandes bovine et ovine).
Nous devons bien comprendre que le "verdissement" de la nouvelle aide au revenu proposé par la propagande de la Commission ne l’est pas tant pour améliorer les "biens publics" que sont les services multifonctionnels rendus par les agriculteurs (en matière d’environnement, de qualité des produits et de bien-être animal) que pour promouvoir le dumping des produits agricoles et alimentaires de l’UE sur les pays pauvres, dumping pleinement légal vis-à-vis de l’OMC
Commentaires de Jacques Berthelot, de l’Ensa de Toulouse
Que faire ?
Quelle stratégie adoptée pour promouvoir la filière riz ?
Le vendredi 2 août au soir soir, le journal télévisée de 20 heures de la TNB, nous a présenté un atelier qui se tenait à Bobo-Dioulasso sur la filière riz. Les participants à cet atelier cherchaient à rendre le riz burkinabé plus compétitif sur le marché intérieur.
A cette occasion, on nous a énuméré quelques unes des difficultés dont souffrent la filière riz au Burkina Faso. Nous avons vu et entendu un producteur de riz qui se plaignait que les commerçants burkinabé n’offraient pas un prix rémunérateur à leurs productions. Curieusement, la raison principale de cette situation n’a même pas été évoquée.
S’il a bien été dit que chaque année les commerçants burkinabé importaient 20 milliards de riz, il n’a pas été dit que ce riz étaient fortement subventionné par les pays exportateurs ! Or, il faut savoir que le prix du riz sur le marché mondial n’a rien à voir avec les coûts de production. Le riz thaïlandais, par exemple, que vous trouvez actuellement abondamment dans les boutiques d’alimentation est largement subventionné. En effet, le gouvernement thaïlandais subventionne à l’exportation le riz qui est déversé sur le marché mondial, tandis qu’il soutient le prix de ce même riz sur son marché intérieur (pour cela il effectue des achats publics et constitue ainsi des stocks régulateurs).
Or ce riz entre librement au Burkina, sans taxe douanière spécifique, écrasant ainsi le prix du riz sur le marché intérieur du Burkina. Dans ces conditions les producteurs de riz burkinabé ne peuvent pas espérer un prix rémunérateur pour leur production. Ils sont condamnés à la pauvreté, et le Burkina Faso à l’endettement.
Ce constat est à rapprocher de la place, peu enviable, occupée par le Burkina Faso, dans le Rapport Mondial sur le Développement Humain (PNUD : 2002) : 169 ° sur 173 pays classés. Face à cette situation, posons-nous cette simple question : un pays essentiellement agricole, comme le Burkina Faso, peut-il espérer décoller sans protéger son agriculture des agressions du marché mondial qui pratique des prix sans lien avec les coûts de production ?
La réponse, sans doute possible, est non.
L’exemple des pays développés est clair. Ils ont tous protégé, et protègent encore, leurs agriculteurs. Le Burkina Faso (avec les autres pays de l’UEMOA) est peut-être le pays au monde qui protège le moins son agriculture. Avec comme conséquence directe : ses paysans sont condamnés à rester pauvre, où à émigrer vers d’autres cieux, et le Burkina à s’endetter d’année en année.
Pourtant, une solution simple existe.
Celle que pratique la plupart des pays, y compris ceux qui prêchent le libéralisme : protéger l’agriculture, et pour le cas qui nous intéresse ici : protéger la filière riz : c’est à dire taxer le riz à l’importation, pour garantir aux producteurs burkinabé un prix rémunérateur. Bien sûr, il faudra faire cela progressivement, pour que les consommateurs burkinabè puissent s’adapter progressivement à la nouvelle situation. Je sais bien que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International présentent ces protections à l’importation comme l’horreur économique par excellence !
Pourtant les Etats-Unis et l’Union Européenne ont protégé, et protègent encore largement leur agriculture par de telles taxes, même s’ils utilisent surtout les subventions à leurs producteurs et à l’exportation de leurs produits (l’arme des riches). Face à une telle situation, va-t-on se priver de la seule arme dont nous disposons (l’arme des pauvres, de surcroit une arme défensive !) ?
Nous disposons pourtant d’une arme efficace, pourvu que l’on manifeste un certain courage politique : la protection à l’importation. Il s’agit de protéger les producteurs de riz de l’UEMOA en taxant à l’importation le riz subventionné (ou les brisures de riz) du marché mondial. En plus de sauver la filière riz, ce geste sera un signal fort envoyé aux autres pays membres de l’O.M.C., au moment où s’engagent de nouvelles négociations sur l’agriculture à l’O.M.C. Et aussi à l’Europe qui voudrait signer des A.P.E.R. avec les pays A.C.P. (Afrique, Caraïbe et Pacifique).
La protection à l’importation est la forme de soutien des agricultures la moins protectionniste.
A Cancún, en s’attaquant aux subventions agricoles, les pays en développement (PED) et les pays les moins avancés (PMA) ont pu donner l’impression qu’ils étaient contre tout soutien à l’agriculture. Ils ont semblé se rapprocher du groupe de Cairns. Pourtant, les intérêts des PMA n’ont rien à voir avec ceux du groupe de Cairns. Mais que pouvons nous retenir de Cancún :
A Cancún , les pays riches ( notamment les Etats-Unis, l’Union Européenne et le Japon) ont montré clairement qu’ils n’envisageaient pas de supprimer leur soutien à leurs agricultures. En même temps il est apparu que les subventions agricoles de ces pays à leurs producteurs nuisaient gravement aux agricultures du Sud. Il est donc urgent de trouver une alternative aux subventions agricoles. Même en Europe, il y a de plus en plus de paysans qui pensent ainsi.
Or depuis quelques années, une idée fait son chemin. Je veux parler de la protection à l’importation. Aussi, j’ai pensé intéressant de vous communiquer ce texte de Jacques Berthelot (auteur de "L’agriculture, talon d’Achille de la mondialisation.")
Voici les 8 raisons données par Jacques Berthelot pour justifier que la protection à l’importation est la forme de soutien des agricultures la moins protectionniste :
- D’abord pour les économistes, toute mesurequiaccroîtla compétitivité des produits nationaux par rapport aux produits étrangers est une forme de protection.C’estpourquoi on doit bannir l’utilisation du terme protection sans ajouter "à l’importation" quand c’est de cela dont on veut parler. En effet, dans le domaine des échanges internationaux, le terme protection (et encore plus protectionnisme) est connoté très négativement, en lui accolant des qualitatifs tels que replis frileux sur soi, spectre, vieux démon, tentation, hydre, piège, etc.
- Comme le dit Vandana Shiva, "Le libre-échange n’est pas l’anti-protectionnisme. C’est le protectionnisme des puissants".
- La protection à l’importation est le seul soutien accessible aux pays pauvres, qui n’ont pas les moyens budgétaires de subventionner significativement leurs agriculteurs, d’autant qu’ils représentent la majorité des actifs.
- Tous les types de subventions, même de type environnemental, réduisent les coûts de production et ont donc un effet de dumping lorsque les produits bénéficiaires sont exportés.
- Seuls les pays riches peuvent se protéger des importations sans avoir besoin de se protéger à l’importation : en subventionnant l’abaissement des prix intérieurs jusqu’au niveau des prix mondiaux de telle sorte qu’il n’y ait plus d’incitation à importer.
- Il est socialement régressif que les citoyens les plus pauvres financent (à travers la TVA) l’alimentation des plus riches.
- La protection à l’importation est le seul moyen de rebâtir une PAC orientée par le marché, où l’essentiel du revenu est basé sur les prix, mais sur les prix agricoles intérieurs, pas sur des prix mondiaux très volatiles, de dumping et sans aucun sens économique.
- La protection à l’importation simplifierait aussi énormément l’AsA : dès lors que le nouvel AsA posera comme principe de base que tout pays est libre de déterminer le niveau et les types de protection à l’importation des produits agroalimentaires jugés appropriés, il est inutile de fixer des règles sur les soutiens internes. A la limite, même les restitutions à l’exportation ne seraient pas graves puisque chaque pays pourrait s’en protéger à l’importation. Cependant, compte tenu de l’incapacité politique de très nombreux pays du Sud à accroître cette protection par suite des pressions du FMI et de la Banque mondiale, l’élimination des subventions explicites et implicites à l’exportation reste prioritaire (par Jacques Berthelot, le 18 juillet 2003).
Le poids des mots
Sécurité alimentaire ou souveraineté alimentaire, il est temps de choisir ?
Ils sont nombreux aujourd’hui ceux qui ne perçoivent pas bien la différence entre "sécurité alimentaire" et "souveraineté alimentaire". Pourtant derrière ces mots se cachent un enjeu considérable. Opter pour la seule sécurité alimentaire (donc sans souveraineté alimentaire), c’est condamner à la misère un milliard de petits paysans à travers le monde. Expliquons-nous ?
Deux questions ?
Aujourd’hui, il ne manque pas de nourriture sur notre planète. Et les paysans sont capables de produire beaucoup plus si on leur offre un prix rémunérateur pour leur production agricole. Les questions qui se posent actuellement sont celles-ci :
Comment assurer une juste répartition de la nourriture disponible, pour que tous y aient accès ?
Et qui va produire la nourriture dont la population mondiale a besoin ?
La réponse des Etats-Unis et de l’Europe à ces questions :
Le discours officiel.
Il s’adresse spécialement aux pays du Sud. Le plus important est que la nourriture circule facilement, sans entrave. Comme il y a assez de nourriture dans le monde, quand une région manquera de nourriture (de façon permanente ou occasionnelle) le marché jouera son rôle, et il y aura ainsi, toujours et partout de la nourriture disponible. Donc pour assurer la sécurité alimentaire sur toute la planète, il suffit de libéraliser le commerce, y compris (voire surtout) pour les produits agricoles et alimentaires.
Le non-dit.
Ce que ne disent pas les Etats-Unis et l’Europe, c’est tout d’abord que la souveraineté alimentaire ne les intéresse pas puisqu’ils la possèdent déjà. Ils soutiennent leurs agriculteurs avec d’importantes subventions (liées à la production ou non). Ils continuent à taxer les produits à l’importation quand cela les arrange.
Ils ne disent pas non plus que la recherche, à travers le monde, de la seule sécurité alimentaire les arrange bien. Ils n’ont qu’un désir : vendre partout dans le monde leurs excédents agricoles et les différents produits alimentaires qui sortent de leurs usines.
Cette politique est déjà à l’œuvre. Chacun de nous peut essayer d’en mesurer le résultat. Il est même urgent de le faire ? Pour en mesurer tous ses effets, il faut regarder ce qui se passe en ville, mais aussi dans les campagnes.
Pour vous qui vivez en ville, dans un pays du Sud, il est clair que votre sécurité alimentaire est assurée. Mieux, vous pouvez vous nourrir en ne consommant que des produits importés. Ils sont même souvent moins chers que les produits locaux. Allez dans une boutique d’alimentation générale et comparez : Combien de produits importés ? Combien de produits du pays où vous vivez ? Autre piste. Dans vos dépenses alimentaires du mois passé : combien avez-vous dépensé en produits locaux, et combien en produits importés ?
Maintenant, rendons-nous dans les villages. Que constatons-nous ? Cette année, la sécurité alimentaire est assurée. Il y a même abondance de nourriture au moins dans le Sahel. Au Burkina Faso, nous avons un excédent d’un million de tonnes de céréales. Mais les paysans n’ont pas d’argent pour se soigner ou pour mettre leurs enfants à l’école. Leurs produits ne se vendent pas. La situation des producteurs de riz du Sourou est éclairante. Ils ont des milliers de tonnes de riz à vendre. Mais depuis deux ans, ils ne trouvent pas d’acheteurs à un prix rémunérateur. Pourtant, ils ne sont pas trop exigeants : actuellement, ils ne demandent que 100 F CFA par kilo de riz paddy. Ils disent que si on leur garantissait 120 F par kilo de riz paddy, ils doubleraient leur production. Mais ils subissent la conséquence des importations massives de brisure de riz. Des brisures qui ont souvent 7 à 10 ans d’âge et sont bradés sur le marché mondial. A cela s’ajoute "l’aide alimentaire" des Etats-Unis...
L’alternative paysanne : la souveraineté alimentaire.
Le concept de souveraineté alimentaire a été développé par Via Campesina et porté au débat public à l’occasion du Sommet Mondial de l’Alimentation en 1996 et présente une alternative aux politiques néo-libérales. Il dépasse la seule sécurité alimentaire. Il répond aussi à la question : qui va produire la nourriture dont la population mondiale a besoin ? La souveraineté alimentaire désigne le DROIT des populations, de leurs Etats ou Unions à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping vis à vis des pays tiers.
La souveraineté alimentaire inclut :
La priorité donnée à la production agricole locale pour nourrir la population, l’accès des paysan(ne)s et des sans-terre à la terre, à l’eau, aux semences, au crédit. D’où la nécessité de réformes agraires, de la lutte contre les OGM (organismes génétiquement modifiés) pour le libre accès aux semences, et de garder l’eau comme un bien public à répartir durablement.
Le droit des Etats à se protéger des importations agricoles et alimentaires à trop bas prix.
Des prix agricoles liés aux coûts de production : c’est possible à condition que les Etats ou Unions aient le droit de taxer les importations à trop bas prix, s’engagent pour une production paysanne durable et maîtrisent la production sur le marché intérieur pour éviter des excédents structurels.
La participation des populations aux choix de politique agricole.
La reconnaissance des droits des paysannes, qui jouent un rôle majeur dans la production agricole et l’alimentation.
Un exemple pour conclure :
Le jour où la souveraineté alimentaire sera appliquée au Burkina Faso, les importations de riz seront contrôlées par des taxes à l’importation ou par des quotas. Un prix plancher sera assuré pour le riz paddy, correspondant aux coûts de production. Il sera donc de l’ordre de 120 à 140 F le kilo. Les producteurs de riz du Sourou retrouveront l’espoir. En un ou deux ans, ils doubleront leur production. Ils soigneront leurs rizières ; ils feront du compost pour entretenir la fertilité de leurs parcelles...Ils pourront se soigner convenablement, et mettre leurs enfants à l’école. Les Ouagalais oublieront les brisures de riz venant d’Asie et apprécieront à nouveau le bon goût du riz burkinabé. Le pays tout entier économisera des devises, car bientôt la production locale suffira à la consommation.
Maurice Oudet Ouagadougou, le 28 janvier 2004
Conclusion : la politique, c’est faire des choix.
Ce qui se passe au Sourou est très significatif. Les producteurs de riz s’endettent parce qu’ils n’arrivent pas à vendre leur riz au dessus des coûts de production. Il leur faut le vendre à 100 F le kilo de riz paddy, pour avoir un faible bénéfice. Or les commerçants leur offrent 85 F à 90 F.
Partout au Burkina la situation se détériore dans les rizières. Mais, c’est au Sourou que la situation est la plus grave, car les coûts de production y sont plus élevés ; surtout à cause de la redevance pour l’eau qui s’élève à 100 000 F à l’hectare pour une demi-année (une saison de culture).
Le plus étonnant, c’est que l’Etat Burkinabé a dépensé des milliards pour aménager la vallée du Sourou, et que les travaux continuent grâce à un prêt du Fonds Saoudien de Développement. C’est à dire que le gouvernement Burkinabé s’endette pour offrir de nouvelles parcelles à de nouveaux paysans qui viendront s’endetter à leur tour.
A Bagré aussi les travaux continuent...
Pour que tous ces travaux d’aménagement ne soient pas faits en pure perte, il est urgent de protéger la production locale de riz par des taxes à l’importation.
D’autres proposent des quotas. Tout importateur de riz pourrait être tenu de commercialiser une tonne de riz local pour deux tonnes de riz importé (proportion modifiable en fonction de la production de riz du Burkina et de la consommation). Mais le système des quotas est par trop favorable aux commerçants. Les taxes à l’importation permettent de maintenir un prix plancher pour le riz paddy favorable aux producteurs, et elles donnent des recettes à l’Etat qui peut, si nécessaire, dans la filière riz (par exemple) soutenir la commercialisation).
Ainsi la situation de la filière riz semble imposer d’elle-même le choix de la souveraineté alimentaire.






