Introduction
Le paysage bancaire malien dans les années 1970 jusqu’au milieu des années 1980 a été caractérisé par son étroitesse aussi bien en nombre d’institutions (4 à 5 banques d’envergure), en leurs actions de couverture du territoire national que dans la faible diversité de leurs portefeuilles et des acteurs financés. La politique dirigiste appliquée jusqu’alors par les autorités (orientation quantitative et qualitative restriction en matière de politique de taux etc.) n’a pas donné de résultats satisfaisants. L’entrée du Mali dans la zone CFA n’a pas permis de compenser la problématique de la fuite des capitaux ou la fluidité espérée du financement. L’économie malienne était caractérisée par une crise du système bancaire survenue, la faillite des structures traditionnelles de financement de l’agriculture (notamment les ODR) de l’artisanat, et des petites et moyennes entreprises, leur gestion défectueuse et, les conséquences drastiques des mesures d’ajustement structurel sur les secteurs sociaux (éducation, santé, développement des infrastructures.) Ceci a rendu nécessaire d’activer les réflexions, de trouver et d’expérimenter partout en Afrique et au Mali les formules alternatives de financement décentralisé à travers la mobilisation de l’épargne locale disponible en milieu rural et urbain.
Ainsi très souvent sous l’impulsion d’organisations d’aide internationales (ONG) notamment canadiennes, françaises ou suisses, des structures mutualistes, des coopératives ou de simples regroupements d’épargne et de crédit ont vu le jour pour la satisfaction des besoins de financement des populations les plus nécessiteuses surtout celles du milieu rural et aussi des couches professionnelles appelées le secteur informel (la plupart des artisans, petits commerçants et commerçantes vendeuses de rue et de marché, forains etc.) D’où le concept de micro finance. Ainsi la micro finance ou système de financement décentralisé (SFD) désigne cette diversité d’acteurs financiers qui mettent à la disposition des populations généralement exclues du système bancaire classique des services d’épargne et ou de crédit. Autrement dit, il s’agit de structures alternatives de financement de l’économie, diverses par la taille, le degré du structuration, les moyens techniques, financiers et humains, mises en œuvre par les populations à la base avec ou sans le soutien de partenaire extérieur en vue d’assurer l’auto promotion économique et sociale de ces populations.
Si dans un premier temps, les structures étaient tournées vers des groupes spécifiques en fonction de leurs zones d’implantation (par ex : Kafo jiginew, Nyesigiso et les CVECA spécifiquement les paysans et monde rural et Kondo Jigima, les artisans) les similitudes dans des difficultés de financement des autres couches sociales ou professionnelles dans leurs zones d’intervention, la politique de diversification du risque client(catégorie de client) ont fait qu’actuellement les structures décentralisées ont élargi leurs clientèles, adhérents et s’adressent à toutes les couches socioprofessionnelles.
Etat de lieu des SFD
Caractéristiques générales des SFD
Les institutions de micro finance peuvent être classées en 3 grandes catégories :
Les institutions mutualistes ou coopératives d’épargne et de crédit qui représentent 85 % des SFD privilégient l’épargne préalable à l’activité de crédit (Kafo Jiginew, Nyesigiso, Kondo Jigima, Jemeni).
Les institutions avec expérience de crédit direct qui privilégient le crédit comme activité centrale de leurs opérations sans le lier obligatoirement à l’épargne (CVECA). Cela représente à peu près 7 % des SFD. Il s’agit des associations CVECA à Kayes, Kita, des caisses de Macina, Tenenkou, San, Djenné et l’0ffice Niger.
Les projets à volet crédit qui ne privilégient pas le crédit comme activité centrale de leurs activités. Mais le crédit constitue une composante parmi d’autres qu’il renforce le cas échéant (8% des SFD). Il s’agit des structures de crédit solidaire CANEF,Nyeta Musow.
Les SFD peuvent être régies par la loi (94/040) pour les institutions mutualistes ou coopératives d’épargne et de crédit, ou par une convention particulière avec le Ministre de l’économie et des finances. Toutes fois les SFD présentent des caractéristiques générales similaires dans :
leur objectif général,
leurs principes de fonctionnement : conditions d’adhésion, organes de décision, dispositions financières notamment les conditions d’épargne et de crédit c’est-à-dire la fixation des taux d’épargne et de crédit.
Objectif Général :
Comme énoncé dans l’introduction, l’émergence des SFD fait suite à un certain nombre de constats à savoir :
Défaillance du système bancaire classique dans sa mission de financement de tous les secteurs de développement ;
La fin du rôle de l’état comme grand agent pourvoyeur de fonds suite aux mesures d’ajustement structurel des années 80 ;
Le fardeau du service de la dette et la faillite des grands projets de développement ;
Le besoin croissant de la franche importante des agents économiques qui sont dans l’informel
Le développement de l’initiative privée suite au désengagement de l’Etat avec l’implication des ONG dans le développement à la base ;
Le manque de financement alternatif ou très souvent le caractère certes informel mais usurier du financement local disponible.
L’expérience réussie du financement décentralisé dans d’autres pays : Grameen bank au Bangladesh, les caisses populaires au Canada, le crédit mutuel et agricole en France etc.).
Ainsi l’objectif général de la micro finance est de permettre le financement des activités économiques de leurs membres /adhérents à travers la mobilisation de leur épargne locale et de fonds d’entraide d’organisme d’appui par la création d’une caisse, une coopération ou groupement d’épargne et ou de crédit. La caisse/coopérative, groupement d’épargne et/ou de crédit est un regroupement de personnes doté de la personnalité morale sans but lucratif à capital variable s’il y a lieu, fondé sur les principes d’union de libre adhésion, de solidarité et d’entraide mutuelle. L’institution ainsi créée devient un outil financier au service des adhérents pour le financement de leurs activités individuelles ou collectives de la communauté. Elle est aussi un instrument à cette fin de mobilisation/Sécurisation de l’épargne locale. Les bénéfices tirés de cette activité de crédit ne sont pas distribuables mais plutôt renforcent les assises financières de l’institution ou en partie peuvent financer des infrastructures d’intérêt public.
Principes généraux de fonctionnement
Condition d’adhésion : La libre adhésion peut conférer à l’adhérant le droit soit de membre (sociétaire), de membre adhérant avec droit de vote et d’être élu à des organes de décision. L’adhésion est assujettie au paiement d’un capital minimum ou droit de membre avec des frais connexes (livrets, photos etc.)
Organes de décision : L’assemblée générale en tant qu’instance suprême de décision regroupe tous les membres. Elle élit un conseil d’administration qui délègue le pouvoir de gestion courante à une direction /ou structure d’appui conseil pour les institutions structurées en unions ou fédération. Des structures de contrôle interne (conseil de surveillance et d’inspection) sont mises en place pour le respect des règles de gestion et des décisions. D’autres commissions peuvent être créées : comité de crédit (décision de versement et de recouvrement de crédit), comité de déontologie. Au plan externe, la tutelle des SFD est exercée par le Ministère de l’économie et des finances qui à travers la cellule d’appui aux SFD vise la formation, l’information des gestionnaires et des dirigeants des caisses, la protection des déposants, la sécurité des opérations et l’autonomie financière des institutions. Il existe aussi au niveau de la BCEAO depuis Février 2003 une Direction des SFD rattachée au département des études économiques et de la monnaie qui a pour mission la réglementation et le développement de la micro finance et la supervision des SFD.
Disposition financière : Conditions de mobilisation d’épargne et de distributions de crédit.
- Etant née de la libre volonté de personnes physiques d’une communauté donnée, la micro finance a cette particularité commune que les règles de fonctionnement qui les régissent, diffèrent souvent d’une caisse à une autre pour systèmes autogérés et généralement d’une structure faîtière à une autre. Les conditions d’épargne et de crédit ont été mises en place en tenant compte au départ d’un contexte purement local tant en terme de montant, de taux et de durée. Les conditions tenant compte de charges réelles d’exploitation et d’autonomie financière n’ont été prises en compte que plus tard souvent avec le retrait du partenaire extérieur. On a assisté à la mise en place de taux créditeur magique » de 10 à 30% pour attirer l’épargne locale et surtout l’épargne à terme (6 mois à plus d’une année) en vue de financer le besoin croissant des membres. L’épargne mobilisée est très souvent à vue et concerne de petits montants. Face à ces taux créditeurs « magiques », on ne peut s’attendre qu’à des taux débiteurs souvent à la limite du prohibitif de 15 à 40% pour des petits montants de crédits (souvent 2 500 F ou 5 000 F à des vendeuses) avec des durées soit 1 jour, 1 semaine, 1 année et souvent 2 à 3 ans.
- Devant la prolifération des institutions d’épargne et ou de crédit avec l’importance des sommes d’épargne mobilisées, la multitude des règles de fonctionnement et la dérive dangereuse qu’une mauvaise gestion peut engendrer tant au niveau des déposants (cas de la tontine Ba Diallo) que l’ensemble des institutions financières, les autorités ont jugé nécessaire de fixer à travers une loi ou une convention, les règles générales entre autres de crédit. A cela s’ajoute un certain nombre de ratios prudentiels permettant d’assainir la gestion du portefeuille des SFD et peu font, l’objet d’un suivi de la tutelle.
Evolution des SFD
| Rubriques | Année 2001 | Année 2002 |
|---|---|---|
| Nombre institution SFD de base | 640 | 706 |
| Membre (adhérant) | 450 642 | 522 002 |
| Dépôts en cours en millions F CFA | 13 729 * | 20 100 |
| Dépôts moyens | 53 549 * | 55 221 |
| Fonds propres (millions F CFA) | 5 752 * | 7 903 |
| Nombre crédits | 178 959 | 164 059 |
| Encours crédits (millions CFA) | 27 133 | 24 917 |
| Prêt moyen | 116 000 | 102 000 |
| Résultat net consolidé (millions CFA) | 402 | 1 115 |
| Employé | 1 249 * | 2 436 |
Source : site Internet BCEAO rapport annuel 2002 de CAS/SFD.
* Ces chiffres se rapportent à l’année 2000.
Le paysage de la micro finance en 2002
L’existence de 706 caisses de base, points de service dont 404 mutualistes, 42 caisses ou antennes de crédit solidaire, et 260 caisses villageoises CVECA. A cela s’ajoutent 11 caisses en instance d’agrément ou de reconnaissance (9 mutualistes, 1 crédit solidaire et 1 CVECA). Ces institutions de micro finance de base sont regroupées dans 435 structures agréées, reconnues ou ayant signé la convention. Les régions les plus desservies sont la région de Ségou 31,2 % des SFD, la région de Sikasso 23 %, le district de Bamako 18,6 % et la région de Koulikoro 14,7 %. Les régions de Gao, Tombouctou et Kidal représentent au total 3 %
des SFD. La région de Kayes a 4,8 % des SFD.
Malgré l’augmentation d’année en année depuis 1999 du nombre d’adhérents, le taux de pénétration reste encore modeste : 4,33 % par rapport à la population totale, près de 6 % par rapport à la population dont l’âge 18 ans, ou 26 % par rapport au nombre de familles. Ce taux de pénétration malgré sa modestie est certes supérieur au taux de bancarisation du côté des banques classiques.
Même si les SFD ne représentent que près de 4 % des encours de dépôts, et 6 % des encours de crédits, ils constituent 94 % d’agences/Guichets/points de service où s’effectuent les opérations d’épargne et ou de crédit.
Dans leurs efforts de mobilisation de ressources (plus de 37 milliards en 2002) 76 % constituent des ressources internes (dépôt et fonds propres), 20 % en ressources externes, 3 % en subventions ( 600 millions en 2002 contre 1,8 milliards en 2001) et 1 % en ressources affectées. Toutes fois 90 % de l’épargne collectée reviennent aux mutualistes et les 7 plus grands SFD ont 84 % (Kafo jiginew, Nyesigiso, Kondo jigima, Fédération des caisses rurales mutuelles du delta, Jemeni, CVECA, CANEF)
Le nombre d’emplois directs créés par les SFD est de 2 436 en 2002 pour 1 655 caissiers/guichetiers, 778 de personnels d’administration, de terrain et 3 expatriés.
Les taux d’intérêt créditeur varient pour les :
- Mutualistes : 3 à 6 %
- Crédit solidaire 2,5 % et souvent non rémunéré
- CVECA : 3 - 13 % dont 10 - 13 % pour CVECA pays Dogon et Kayes 3 - 5 % pour PASECA de Kayes et 5 - 10 % CVECA Office du Niger
Les taux d’intérêts débiteurs varient pour les :
- Mutualistes : 12 à 36 % ; 25 % Kafo jiginew, 12 - 33 % Nyesigiso ; 18 - 24 Kondo Jigima, 36 % Damu O pere Daoudabougou
- Crédit solidaire : 18 - 36 %
- CVECA : 25 - 30 %
Les taux de remboursement de 89 - 98 %. L’année 2002 a connu une détérioration des crédits en souffrance passant de moins de 500 millions en 2000 à plus d’1 milliard en 2002. Les principales raisons sont la mauvaise pluviométrie de la campagne 2001 - 2002, et la morosité des activités suite à la crise ivoirienne. En terme de respect des règles de gestion, il existe une disparité entre les SFD. Aussi dans le respect du taux d’usure fixé par la BCEAO il existe des structures qui ne sont pas encore arrivées à aligner leur taux débiteur dans le plafond limite.
D’une manière générale les SFD ont démontré une rentabilité financière modeste, le gros du lot affiche des résultats d’exploitation nets inférieurs à 10 Millions. Seules quelques dizaines ont des résultats, compris entre 25 - et plus de 50 millions CFA - Malgré une capitalisation faible, la majorité des SFD respectent des ratios prudentiels définis (réserve générale, normes de liquidité, couverture des risques par les fonds propres, prêts aux dirigeants etc....).
Afin de mieux consolider leur position dans le financement de l’économie, en dehors du circuit traditionnel de refinancement auprès de la BNDA, il a été créé la Banque Malienne de solidarité (BMS). Il existe également une Association des professionnels de la micro finance (APIM) et des efforts sont entrain d’être déployés pour valoriser la micro finance dans le cursus de formation professionnelle.
Les SFD - Pauvreté et Systèmes Financiers Internationaux
Pauvreté : Définition - Manifestations
Difficile à définir d’une manière satisfaisante, la pauvreté est multidimensionnelle, c’est-à-dire économique, politique, sociale et culturelle. Les causes aggravantes de la pauvreté sont aussi multiples :
naturelle ou environnementale (qualité du sol et sous-sol, désertification, aléas climatiques)
politique (troubles sociaux, inégalité institutionnelle, déficit démocratique, corruption...), sociale (analphabétisme, démographie, services sociaux...)
économique (crise économique, sous emploi, inaccessibilité aux actifs de production, actifs financiers, économiques, inexistante d’opportunités)
culturelle (absence de culture d’excellence, de morale, de civisme...).
Selon l’Observatoire du Développement Humain Durable et la lutte contre la pauvreté au Mali, la pauvreté se définie sous 2 formes : la pauvreté monétaire et la pauvreté humaine.
La pauvreté monétaire se définie comme étant l’absence ou l’insuffisance de revenus monétaires ou de moyens de consommation. Elle est la plus connue et se mesure en terme d’incidence ou taux de pauvreté -c’est-à-dire le nombre de personnes pauvres dans le pays. En terme de profondeur ou acuité, elle mesure le déficit de revenus des personnes par rapport au seuil de la pauvreté. Au Mali, en 1998, le seuil de pauvreté était de 103 130F/an et 69% de la population malienne visait en dessous de ce seuil. La pauvreté était en progression selon le rapport de l’année 2000.
La pauvreté humaine est l’ensemble des manques qui traduisent l’impossibilité de vivre longtemps et en bonne santé, de s’instruire, d’avoir des conditions de vie décentes, de participer à la vie de la communauté. Son indicateur (IDH) est composite et combine l’espérance de vie, le niveau d’éducation et le niveau de vie (PIB réel/ ha bitant). Le niveau minimum fixé à 0,500, le Mali a un IDH de 0,333 en 1998.
L’autre instrument de mesure de la pauvreté humaine est l’indice de la pauvreté humaine (IPH) qui combine aussi 3 formes de dénuement humain : déficit de longévité, manque d’accès aux services sociaux (éducation, santé, eau) et manque d’opportunités. A ce niveau plus de 56 % de la population souffrait de la pauvreté humaine.
Ainsi définie sous ses deux formes, la pauvreté se manifeste par :
Des déficits de revenus et leur précarité,
Le manque d’accès aux services sociaux : eau, santé, éducation, infrastructures routières et de communication, justice équitable,
Manque/insuffisance de services financiers adéquats.
Ces manifestations se traduisent sur le plan économique par l’exclusion d’une grande majorité de la population active des opportunités devant permettre le développement économique au plan individuel et collectif. Il s’agit notamment du monde rural et tous les opérateurs économiques du secteur informel qui malgré la précarité et la faiblesse de leurs revenus générés contribuent à plus de 60 % du PIB.
Le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté en tant que cadre unique d’intervention du Mali devait traduire la volonté de s’attaquer à ce fléau par la cohérence des programmes sectoriels. Le système financier et notamment les SFD sont fortement interpellés car devant permettre le financement des investissements et des activités génératrices de revenus et soutenir la création des opportunités pour les couches sociales défavorisées.
Les SFD et la pauvreté :
Initiés par et pour les populations de base pour leur promotion socioéconomique, les SFD à travers l’examen de leur état des lieux, enregistrent un développement rapide.
Ils représentent 94 % des guichets/points de services d’épargne et de crédit, contribuant ainsi à une hausse du taux de bancarisation au Mali avec plus de 500 000 membres contre moins de 150 000 comptes ouverts pour l’ensemble des banques classiques.
L’accès du crédit est assez décentralisé mais la couverture géographique est très inégale d’une région à une autre. Même à l’intérieur d’une région, certains cercles sont plus avantagés que d’autres. Les caisses urbaines commencent à avoir un poids important dans le volume des opérations traitées (sociétariat volume de l’épargne, et du crédit). Généralement plus de 90 % des membres ont un besoin de crédit et sont satisfaits suivant des procédures plus simples mais formalisées avec un montant de prêts encore modestes. L’essentiel des prêts sont de courte durée (1 journée à 1 année), mais il existe des prêts à moyen terme (2 - 5 ans) pour le financement des investissements individuels et collectifs : Equipements des ruraux, des artisans, des CSCOM, points d’eau etc.....
Les limites de l’action des SFD sur la pauvreté :
Au Mali, les SFD ont un bel avenir de développement comme en témoignent les chiffres depuis 1999. Certes conçus pour la lutte contre l’exclusion, stimuler l’emploi et la lutte contre la pauvreté, les SFD ne peuvent pas répondre à tous les besoins même financiers de leurs membres, du fait de la faiblesse de leurs moyens et de la modicité de leurs opérations. Les crédits distribués ne représentent que moins de 7 % du volume total des crédits.
Les taux d’intérêt appliqués restent encore élevés malgré les raisons d’équilibre financier évoquées : coût élevé des opérations de collecte et de traitement des petites opérations). Des risques d’asphyxie du débiteur liés aux charges d’intérêt existent pour les crédits à montant élevés et à longue durée. La situation devient presque à la limite du réel en cas de retard de paiement et se traduit très souvent par la réalisation (vente) de la garantie exigée lors du versement. A ces taux de crédit appliqués, il devient difficile de contracter du crédit d’investissement assez conséquent.
Les crédits distribués sont plus des prêts d’exploitation ou de consommation directe. Les prêts à moyen et long terme nécessaire pour les besoins d’investissement sont peu nombreux. Il existe une inadéquation entre ressources à courte durée et les besoins de financement à moyen et long terme. Il existe en la matière un laisser-aller qui expose les membres à un cycle d’endettement perpétuel.
La réglementation sur les SFD par le souci de protection et de sécurité des déposants a privilégié l’aspect financier et limite en dehors des subventions parallèles, les actions des SFD qui permettraient un accompagnement de membres dans les domaines de formation, d’organisation, de gestion des activités génératrices financées.
Selon une étude sociologique commanditée par la BCEAO, il apparaît un glissement de l’offre de financement des SFD en faveur des couches moyennes non bancarisées du secteur informel qui disposeraient d’une certaine assise économique et sociale : ateliers, garages, commerçants moyens, fonctionnaires moyens non bancarisés, exploitations rurales moyennes. En effet le souci de mobilisation de ressources additionnelles pour le financement des besoins croissants des membres, la logique de rentabilité engage les SFD à s’implanter de plus en plus vers des zones à potentiel économique relativement important en défaveur des zones dites pauvres.
L’effritement de la solidarité de groupe ou de communauté, l’exigence de garantie réalisable en cas de défaillance dans le remboursement, les frais élevés de crédit font que la micro finance commence à créer dans leur zone d’intervention des exclus parmi les pauvres. Très peu ont initié des solutions locales de traitement des dossiers de prêts.
Malgré l’existence de programmes spécifiquement orientés vers les femmes au sein de certaines structures de SFD, les statistiques disponibles montrent que les femmes restent encore à la traîne. Constituant la majorité de la population active et initiatrice de la plupart des activités génératrices de revenus, les femmes ne bénéficient pas d’avantages spécifiques leur permettant de s’approprier la gestion des caisses de base.
En somme avec un taux de pénétration encore très faible, des volumes de crédits très insuffisants pour couvrir les besoins d’exploitation encore moins des investissements, une faiblesse des financements en faveur du secteur primaire, les SFD sont loin de couvrir les besoins en services financiers des couches sociales défavorisées.
Les SFD sont encore faible tant en nombre qu’en leur capacité financier pour créer dans une zone l’effet de levier qu’engendrait le crédit sur la promotion d’activités génératrices de revenus nécessaire à un développement ou décollage économique de la zone. Sur le plan national en absence d’une étude officielle disponible, leur impact est certes encore très faible, mais peut être significatif pour certaines régions ou localités ; région de Sikasso, région de Ségou, le district de Bamako, mais limité à certains groupes sociaux professionnels : cotonniers, artisans ruraux, associations féminines rurales et urbaines. L’efficacité de leurs actions dépendra aussi du soutien institutionnel et financier qu’ils doivent bénéficier des acteurs nationaux et internationaux. Dans leur relation avec le système financier international, les SFD sont dans le dilemme de mobilisation de ressources internes et externes pour satisfaire les besoins de crédits, et le souci d’indépendance et d’autonomie de gestion.
Si le système bancaire est dominé par certains groupes internationaux : BNP/Paribas, société Générale, Crédit Lyonnais, belgolaise, Citébank-NA, Ecobank, Bank of Africa et privés hors UEMOA qui contrôlent plus de 70 % des opérations de nos établissement, la BNDA est pour l’heure la principale banque de refinancement des SFD. A cela s’ajoutent des lignes de financement de partenaires extérieurs surtout pour des programmes spéciaux à l’adresse de groupes cibles identifiés femmes, artisans, retraités volontaires etc.
Conclusion
Il est évident qu’actuellement, le système financier spécialement les SFD devrait constituer un dispositif financier important de la lutte contre la pauvreté. L’accès au crédit et autres services financiers à coût abordable devrait avoir une incidence directe sur la régénération des revenus à travers la création d’activités et d’opportunités économiques. Mais les exigences liées à une gestion rigide, les taux élevés des crédits qui n’incitent à l’investissement, le manque de soutien de l’Etat pour circonscrire les risques spécifiques des SFD, les approches ne s’inspirant pas de stratégie locale de solidarité et de gestion de difficultés, sont entrain d’éloigner les SFD d’une grande catégorie de pauvres. Il y a lieu de faire une innovation dans le sens permettant aux SFD de financer des micros investissements avec une capacité d’assistance et de conseil en gestion à ces opérateurs pour la création d’emplois.
Il faut trouver un mécanisme permettant aux SFD de financer et d’apporter les appuis nécessaires à deux franches d’acteurs : les délaissés actuels à cause de leur extrême pauvreté « population à risque » et ceux pour lesquels il existe un besoin d’investissement à moyen et long terme. Une démarche nouvelle avec des moyens plus conséquents (révision du système de garantie, de taux, l’assistance sans ingérence) doit être mise en œuvre.
La rigueur et la maîtrise des charges de gestion doivent être strictement appliquées au sein des SFD. La banque malienne de solidarité du niveau national et la banque régionale de solidarité, ont été créées pour permettre de répondre à certaines insuffisances notamment le refinancement des SFD à coût abordable et aux privés de retrouver des possibilités d’un départ accompagné et une rentrée suivie dans le formel. A cet effet, une vraie synergie est nécessaire avec les SFD afin que ces nouvelles initiatives ne s’étouffent dans une autre réglementation contraignante. Il faut qu’il existe au niveau politique des actes concrets pour conféra aux structures de micro finance, la décentralisation soutenue du financement et préciser les différents moyens pour l’atteinte des objectifs fixés.
Annexes
Les SFD en chiffres
« Synthèse du rapport annuel d’activités du CAS/SFD - M. Ouologuem- Inspecteur des services économiques »
| Répertoire SFD | Année 2002 |
|---|---|
| Caisses Mutuelles de base | 404 |
| Unions de caisses | 13 |
| Fédérations | 2 |
| Total Mutualistes | 419 |
| Association CVECA | 11 |
| Association de crédits solidaires | 5 |
| Total non Mutualistes | 16 |
| Total autorisations Légales | 435 |
Répartition Géographique en 2002
| SFD | Bamako | Kayes | Koulikoro | Sikasso | Ségou | Mopti | Gao | Tombouctou | Kidal | Total |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Mutualistes | 78 | 18 | 64 | 100 | 132 | 13 | 6 | 6 | 2 | 419 |
| CVECA | 0 | 3 | 0 | 0 | 4 | 4 | 0 | 0 | 0 | 11 |
| Crédits solidaires | 3 | 0 | 0 | 0 | - | 2 | 0 | 0 | 0 | 5 |
| Total | 81 | 21 | 64 | 100 | 136 | 19 | 6 | 6 | 2 | 435 |
| % | 18,6% | 4,8 | 14,7 | 23 | 31,2 | 4,3 | 1,3 | 1,3 | 0,4 | 100 |
Evolution
| Structure de base | 1999 | 2000 | 2001 | 2002 |
|---|---|---|---|---|
| Mutualistes | 268 | 301 | 304 | 404 |
| Crédits solidaires | 33 | 33 | 48 | 42 |
| CVECA | 206 | 240 | 252 | 260 |
| Total | 507 | 574 | 640 | 706 |
Effectifs
| Secrétariat | 2001 | 2002 |
|---|---|---|
| Mutualistes | 294 901 (65.45) | 362 830 (69.5) |
| Crédits solidaires | 46 917 (10.4) | 45 385 (8.7) |
| CVECA | 108 824 (24.13) | 113 787 (21.8) |
| Total | 450 642 | 522 002 |
| H | 262 100 58 % | 307 050 59 % |
| F | 174 356 39 % | 184 998 35 % |
| Groupement | 14 186 3% | 29 954 6 % |
Emplois directs en 2002
| Structures de base | Gérants/Caissiers | Personnel local | Pers. Expatriés | TOTAL |
|---|---|---|---|---|
| Mutualiste | 793 | 542 | 3 | 1 338 |
| Crédits solidaires | 129 | 189 | - | 318 |
| CVECA | 733 | 47 | - | 780 |
| TOTAL EMPLOI | 1655 | 778 | 3 | 2 436 |
| Banques | SFD | |
|---|---|---|
| En cours dépôts (milliards CFA) | 520 3 (96 ;3%) | 20,1 (3,7%) |
| Encours crédits (milliard CFA) | 439,3 (94,3%) | 26,5 (5,7%) |
| Agences/Guichets | 48 (6,5%) | 706 (93,5%) |
Cumul des Crédits distribués
| Nombre de Crédit distribué | 2001 | 2002 |
|---|---|---|
| Mutualistes | 61 759 (34 %) | 45 270 (28 %) |
| Crédits solidaires | 78 228 (44 %) | 77 384 (47 %) |
| Association CVECA | 38 912 (22 %) | 41 405 (25 %) |
| TOTAL | 178 959 (100 %) | 164 059 (100 %) |
| Montant de crédits distribués (en millions CFA) | 2001 | 2002 |
|---|---|---|
| Mutualistes | 20 325 (75 %) | 20 001 (75 %) |
| Crédits solidaires | 3 868 (14 %) | 3 345 (13%) |
| Association CVECA | 2 946 (11 %) | 3 154 (12 %) |
| Total | 27 133 (100 %) | 26 500 (100 %) |
Montant Moyen de Crédits
| Structures | 2001 | 2002 |
|---|---|---|
| Mutualistes | 190 000 | 190 000 |
| Crédits solidaires | 80 000 | 42 000 |
| Association CVECA | 80 000 | 76 000 |
| Montant moyen | 116 000 | 102 000 |
Quelques ratios prudentiels et de gestion à respecter
| Limitation opérations autres que l’épargne et le crédit | Max. 5 % |
| Réserves générales | Max. 40 % |
| Couverture emploi moyen long terme par ressources stables | Max. 100 % |
| Limitation prêts aux dirigeants | Max. 20 % |
| Risques sur 1 seul client | Max. 10 % |
| Normes de liquidité | Min. 80 % |
| Efficience | 0 -110 % |
| Autosuffisance opérationnelle | 160 - 210 % |
| Capitalisation | 210 - 260 % |
| Couverture frais généraux/produits financiers nets | Min. 100 % |
| Rentabilité | Min. 0,5 % |