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Les agricultures paysannes du Sud dans la mondialisation néo-libérale

La privatisation de la terre

Document publié le 2 juillet 2004

Mots clefs associés : - Agriculture et développement rural - Souveraineté alimentaire - Mondialisation

Le ROPPA se bat pour le retour à un environnement soutenable pour les producteurs familiaux par le recours à des instruments de protection à l’interne et de régulation des marchés internes et externes.

Depuis sa création le ROPPA (réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest) se veut une voie de cohérence, de réflexion et d’élaboration de positions concertées des paysans en Afrique de l’Ouest.

Ainsi, les organisations de producteurs se battent en son sein pour que l’agriculture ne reste pas dans les champs d’action de l’OMC, que les accords de libres échanges ne viennent faire effondrer la production locale et créer des situations de chômage sans précédent, que les politiques agricoles responsables qui préservent la durabilité des systèmes et génèrent des prix rémunérateurs pour les producteurs soient mises en œuvre à tous les niveaux et que le commerce ne prime pas sur la souveraineté alimentaire.


Introduction

L’agriculture est la seule activité qui fournit les seuls biens dont l’humain ne pourra jamais se passer pour vivre ; ce rôle hautement stratégique s’il n’est sûrement pas encore remis en question, est très certainement malmené.

L’histoire nous apprend que des civilisations entières ont bâti leur prospérité sur l’agriculture et le commerce des produits agricoles ; on est loin de ces cas de figures, malgré le fait que l’humanité connaît de nos jours une période de prospérité et d’abondance jamais égalées.

Dans le passé, l’agriculture associée au commerce des produits agricoles ont pu enrichir des civilisations sans doute parce qu’ils répondaient encore à leurs missions réelles de satisfaction des besoins essentiels.

Aujourd’hui, si on produit plus pour vendre dans le Nord, en Afrique, la majeure partie des familles paysannes produisent d’abord et avant tout pour se nourrir ; seuls sont mis sur le marché les hypothétiques surplus et les cultures dites « de rentes », introduites pour la plupart lors de la période coloniale et qui dans la majeure partie des cas rentrent dans une compétition directe avec les cultures vivrières pour les maigres espaces et intrants de l’exploitation familiale.

Les choix de politiques agricoles mises en œuvre dans la majeure partie des pays du Nord après la deuxième guerre mondiale ont eu pour conséquence de faire glisser l’agriculture vers la réalisation exclusive de profit (l’agriculture est devenue du business). Cette option par la suite à été fatale à une activité qui en soit ne fait pas partie des activités les plus « rentables selon les concepts économiques ».

Elle a fini par générer des surplus de production dont il fallait trouver des débouchés. De l’autre coté en Afrique, les cultures de rentes ont conduit ce continent dans l’impasse de la dépendance alimentaire sans pour autant atteindre l’autonomie financière rêvée. La baisse vertigineuse de tous les prix agricoles a conduit à un déséquilibre irrémédiable dans relations Nord-Sud.

  Les problèmes de l’agriculture en Afrique

Certes l’Afrique a connu beaucoup d’épreuves qui ont sans doute doute pesé lourdement sur son avenir (esclavage et colonisation) ; cependant ces faits historiques n’expliquent pas toutes les difficultés que connaît ce continent.

Les indépendances en Afrique avaient été à la base d’une euphorie qui a été de très courte durée dans la mesure où les paysans ont été sur tous les chantiers de la lutte pour la décolonisation pour être ensuite les oubliés des élites qui ont pris le pouvoir lors des indépendances.

Des politiques économiques catastrophiques :

L’Afrique est rentrée dans les indépendances avec un seul atout, l’agriculture ; c’est la raison pour laquelle l’élite bureaucratique urbaine qui a pris le pouvoir politique n’a pas jugé utile de chercher à prospecter et multiplier les alternatives pour la construction d’une économie indépendante et forte. Elle s’est contentée de reconduire le schéma de l’économie de traite que la colonisation avait laissé ; aucune réflexion de fond, ni aucun débat n’a été toléré sur ce sujet par les dites élites (contrairement à certains pays d’Asie qui ont mis en valeur des cultures de bases de leur alimentation).

En misant uniquement sur les cultures d’exportation qui ne sont pas consommées en Afrique et en mettant de côté les cultures vivrières, l’élite a fait le mauvais choix. La colonisation avait été l’occasion d’introduire la consommation des denrées alimentaires que l’Afrique n’avait aucune chance de produire à suffisance mais qui progressaient dans les habitudes alimentaires. La dépendance alimentaire était en marche.

Les énormes ponctions effectuées sur la vente des cultures de rentes (contrôlées exclusivement alors par des sociétés d’Etat) au détriment de l’intérêt et du mieux-être du paysan servaient à faire tourner les appareils d’Etat, mais le plus inacceptable était que les devises issues des cultures de rente servaient à payer des denrées alimentaires d’importation au profit exclusif des populations urbaines dans la mesures où les paysans n’avaient pas les moyens de se payer ces produits alimentaires (blé, riz, ...). Les productions vivrières autochtones (mil, sorgho, tubercules, ...) commencèrent à décliner au profit de ces denrées alimentaires importées.

Une Agriculture minière :

Le schéma de développement était un schéma du court terme ; les choses ont marché tant que les termes de l’échange le permettaient et que les cultures de rentes étaient vendues à des prix numérateurs. L’effondrement des prix des produits d’exportation a conduit dans l’impasse la voie choisi par l’élite africaine. En quelques années pratiquement toutes les administrations sont devenues insolvables et incapables de faire face à leurs charges de fonctionnement. La seule issue était alors d’augmenter toujours la production pour combler les baisses de recettes dues à l’effondrement des cours des produits agricoles. L’agriculteur restait toujours l’oublié du mieux-être, il devait tout simplement produire plus, cependant l’augmentation de la production ne conduisait pas comme prévu à l’amélioration des revenus car cette augmentation avait un coût en terme économique (baisse continue des prix) et surtout en terme environnementale (dégradation de l’espace de production, baisse irréversible des rendements car la paupérisation de l’agriculteur rendait ce dernier incapable de restaurer son capital productif).

L’agriculture africaine devenait une agriculture minière au propre comme au figuré car source presque exclusive de revenu pour des administrations qui ne se souciaient guère du paysan ; dans le même temps cette agriculture détruisait à jamais son potentiel de production.

Le FMI, la Banque Mondiale et la Libéralisation Totale :

La seule solution que les hommes politiques au pouvoir en Afrique ont trouvé pour régler l’insolvabilité des Etats au milieu de la décennie 80 (on a enregistré dans certains pays des retards records de payement de salaires de fonctionnaires de l’ordre de 6 à 12 mois), c’était de faire appel au Fond Monétaire International et à la Banque mondiale. L’Afrique était entrée dans l’ère de l’ajustement structurel avec la recherche vaine d’un hypothétique équilibre macro-économique. Pendant que l’élite cherchait à rétablir les grands équilibres, les populations s’éloignaient de tout ce qui était une vie facile. Les institutions financières internationales ont exigé la réduction drastique de toutes les charges de l’Etat surtout celles qui concourent à la production (comme l’encadrement et le conseil agricole, l’équipement, le crédit, le soutien à la commercialisation, ...). Les populations urbaines et surtout rurales commencèrent à s’enfoncer toujours davantage dans la pauvreté ; le vrai déclin de l’Afrique avait commencé.

Les institutions financières internationales ne se sont pas contentées d’exiger le retrait de l’Etat de toutes les fonctions qui faisaient sa substance ; elles ont en outre exigé la réorientation des politiques économiques vers un libéralisme intégral.

Ainsi, toutes les entreprises publiques même celles qui ont un caractère stratégique comme l’eau, le téléphone ou l’électricité ont été privatisés à plus forte raison les entreprises agricoles. Plus on privatisait, plus les prix des intrants et équipements devenaient hors de portée de la majeure partie de la population rurale. Tous les mécanismes de soutien à l’agriculture ont été démantelés. La part de l’agriculture dans les budgets d’investissement des Etats s’amenuisaient d’année en année.

L’endettement croissait la dépendance et la vulnérabilité des Etats africains a fini par les mettre à terre face aux institutions financières internationales et à leurs partenaires du Nord majoritaires dans le capital de ces structures économiques multinationales.

Triomphe en Afrique du discours néo-libéral :

L’ajustement structurel a été un précédent fâcheux pour le secteur rural en Afrique ; il était devenu pratiquement impossible de faire mention d’autres voies, d’autres alternatives pour redresser le secteur en dehors de la libéralisation au risque de se voir traité d’illuminé. Davantage d’ouverture des marchés locaux aux produits alimentaires importés était devenu logique dans la mesure où ces institutions financières préconisaient qu’un pays qui ne produisait pas assez avait plus intérêt à importer de la nourriture ; elles ne précisaient pas toutefois de quelle manière serait généré l’argent pour ces achats dans la mesure où les Etats étaient insolvables. S’endetter pour acheter à manger était devenu le destin tragique du continent africain. Le principe de souveraineté alimentaire qui doit être une quête pour tout pays pauvre qui se respecte devenait en soi une aberration.

Le retrait de l’Etat d’une partie du développement rural a eu pour conséquence l’effondrement des structures organisationnelles (coopératives) mises en place et encadrées étroitement par les services publiques. En voulant se rendre des services que l’Etat ne faisait plus, les agriculteurs se prenaient en charge ; c’est cette nouvelle donne qui a abouti à l’émergence d’organisations paysannes entièrement autonomes en Afrique. Ces organisations se sont construites d’abord autours d’intérêts partagés de besoins ; mais très vite, les organisations paysannes se sont rendues compte que gérer des besoins à la base ne résoudrait pas à long terme les difficultés dans lesquelles elles se débattaient. Ainsi naissait l’idée de regroupements d’organisations paysannes dans le but de disposer de faîtières capable de mener des luttes sur les politiques pour des changements réels.

Il n’était pas facile au départ de s’affirmer fédération d’organisations paysannes avec mandat syndical ce que de toute façon les législations existantes ne permettaient pas. Ceci a poussé certaines organisations à camoufler leur vraie identité syndicale sous des manteaux plus acceptables pour un départ (cas de la Fongs au Sénégal).

Dans tous les pays de la sous région ouest africaine, les paysans s’organisaient en regroupement déjà avant la fin de la décennie 80.

Au Mali, la première organisation syndicale qui vit le jour fut le syndicat des producteurs de coton ; culture phare de l’économie malienne, le coton seul intervient pour 50 % des recettes d’exportation du pays en se regroupant d’abord autour d’un produit aussi sensible pour le pays, les producteurs sont arrivés à faire des avancées réelles en terme d’acquis. C’est ce regroupement des organisations paysannes entre elles qui les ont amenés de plus en plus à se poser les bonnes questions et arriver à la conclusion que la vraie cause des problèmes que connaissaient leurs activités étaient dues à des erreurs de politiques agricoles. Ces organisations paysannes ont alors commencé un peu partout à exiger d’être consultées quand des décisions d’importance pour l’avenir de l’agriculture dans leur pays doivent être prises.

Les organisations paysannes faisaient alors leur entrée sur les terrains très difficiles de l’influence sur les politiques de développement ; politiques alors fortement influencées par l’environnement économique mondial et les accords commerciaux qui vont avec.

L’élite politique en Afrique qui après plusieurs années de sacrifice de tout genre enduré par les populations, ne voyait pas venir les dividendes promis par l’ajustement structurel et qui commençait à faire face à toujours plus de grogne social, a commencé alors à se dire qu’il fallait regrouper les Etats pour survivre dans un environnement mondial qui ne faisait pas de cadeau. Ainsi naissait l’idée d’ensemble d’intégrations économiques et même politiques dont il fallait accélérer les chantiers dans le discours politique .

La volonté des initiateurs de ces ensembles de mettre en cohérence des politiques de développement disparates créait un autre défi aux organisations paysannes ; influer sur des politiques qui s’élaboraient à l’échelle régionale. Heureusement, les organisations de producteurs avaient vu venir ce nouvel enjeu ce qui avait motivé la naissance du ROPPA (réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest en juillet 2000 à Cotonou).

Cependant du coté étatique toujours prédominait le discours du libéralisme qui seul pourrait permettre à l’Afrique de s’en sortir ; les organisations paysannes dans leur écrasante majorité pensent tout le contraire. Un autre alternatif à cet discours du tout libéral est entrain de s’élaborer et de faire son chemin tout doucement dans ces organisations.

La Privatisation de la Terre

La dernière trouvaille des institutions financières internationales que sont la Banque mondiale et le FMI pour que l’Afrique ne puisse plus jamais revenir en arrière dans le libéralisme a été de faire pression pour privatiser la terre.

Contrairement à beaucoup de pays d’Amérique latine notamment les paysans africains sauf dans les régions où la terre manque ont un accès acceptable à la terre et cela malgré le poids de certaines coutumes.

La Banque mondiale pense que l’agriculture familiale en Afrique basée sur des petites exploitations n’est pas performante et qu’il faudrait la remplacer par un autre type d’agriculture. Cependant, cette institution qui est bien informée sur le niveau du chômage dans les villes en Afrique, chômage dont sont victimes des ruraux ayant abandonné faute de perspective l’agriculture. Ces assertions aberrantes ont pourtant trouvé écho au niveau d’une certaine frange de l’élite politico-administrative.

Les organisations paysannes se battent contre cette tentative de les chasser de leur activité par le changement des mode de production (il existe des tas d’exemples qui prouvent que le manque de performance de l’agriculture familiale mis en avant par la Banque mondiale n’est qu’un mauvais prétexte pour faire venir des grandes entreprises agricoles dans la production en Afrique, puisque à chaque fois que l’environnement est devenu un peu favorable, l’agriculture familiale a atteint des niveaux de rendements jamais égalé par l’agriculture industrielle : office du Niger, vallée du fleuve Sénégal).

Aussi, elles se battent contre la privatisation de la terre qui à terme ne ferai que les marginaliser davantage en les privant de leur seul capital par la concentration de la terre entre les mains de grosses entreprises possédant beaucoup de capitaux.

L’intégration des économies, les accords de libre échange bilatéral et multilatéral et leur impact sur l’agriculture familiale en Afrique :

L’agriculture familiale qui constitue pratiquement le seul mode de production en Afrique de l’Ouest se trouve de plus en plus en face de défis qui dépasse de loin le cadre confiné des pays pris individuellement : malgré eux la mondialisation est une réalité qui s’est imposée à ces familles paysannes qui dans leur majorité aspirent tout simplement à disposer de suffisamment de nourriture.

L’intégration africaine :

S’il y a consensus autour d’un phénomène, c’est bien l’intégration des peuples en Afrique qui n’ont pas attendu les Etats pour faire ce qui paraît normal, mais qui avait été mis en cause par des frontière arbitraires tracées entre les mêmes peuples, les même tribus, les mêmes familles par la colonisation.

Il n’est pas rare de voir une famille d’un côté d’une frontière avoir ses champs de l’autre coté, ou une lignée familiale d’un côté d’une frontière, avoir des droits historiques sur des terres qui se situent de l’autre côté. Tout ceci se passe pourtant sans heurt car la réalité historique des peuples est toujours plus forte que la balkanisation politique intervenue aux indépendances et qui a transformé l’Afrique en multitude d’Etats faibles.

Les hommes politiques convaincus à présent de leur incapacité totale à faire vivre isolement ces Etats faibles sont revenus à l’idée d’intégration ; les approches mises en avant ne prennent pas en compte les réalités historiques mais se basent sur les nécessités économiques ou géopolitiques ce qui les rend difficile à opérationnaliser.

L’intégration tourne en rond ; l’harmonisation des politiques traîne et l’intégration politique est presque impossible à mettre en œuvre.

Pourtant les dirigeants tentent d’élaborer des politiques toujours fortement influencées par l’environnement mondial dominé par les questions d’ouverture des marchés, de commerce multilatéral.

L’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) qui regroupe huit pays en Afrique de l’Ouest utilisant la même monnaie, a voulu mettre en place une politique agricole commune. Dans cette tentative, la volonté d’augmenter la production agricole pour l’exportation comme solution à la construction économique de l’espace a été contestée par le ROPPA qui a insisté sur la nécessité de mettre en avant la souveraineté alimentaire dans l’espace régional, le développement des échanges à l’intérieur de l’espace d’intégration et la promotion de l’exploitation de l’exploitation familiale.

La pertinence des positions du ROPPA a été à la base de sa reconnaissance par la CEDEAO qui compte seize Etats dont l’ensemble des pays de l’UEMOA. Là également une politique agricole doit être élaborée qui prendra en compte l’intégralité de la politique agricole élaborée par l’UEMOA en élargissant le processus aux autre pays membres de la CEDEAO.

L’OMC

Tous les pays pauvres au sud du Sahara sont membres de l’OMC. Tous ces pays ont intégré à la légère une organisation dont ils ne savait pratiquement rien ; au nom « du principe du train qu’il ne faut pas rater ».

La plus grande dérive dans ce processus est que les économies de ces pays sont des économies agricoles et que l’OMC traite les produits agricoles comme tous les autres biens commerciaux. L’OMC dénie aujourd’hui le droit à ces pays pauvres de protéger leur agriculture et leurs marchés contre les importations de produits massivement subventionnés en provenance de pays développés. Cette situation est en train de mettre en péril l’existence des exploitations familiales et à terme se traduirait si rien n’est fait par l’abandon de l’agriculture par les 80 % de ruraux qui n’auront plus qu’une existence théorique sur leur propre marché par une situation de compétition très inégale. Les pays développés ont mis en place l’OMC parce qu’ils ont eu le temps nécessaire de consolider leurs acquis en matière de production agricole, maîtrise et structuration des marchés ; ils cherchent à présent des solutions à leurs excédents sur les marchés du Sud. Aucun de ces pays développés n’aurait accepté les accords de l’OMC tels qu’ils sont actuellement s’ils avaient une population agricole de plus de 50 %.

La récente conférence ministérielle de l’OMC à Cancun a été l’occasion de prouver s’il en était besoin que ces pays faibles n’avaient aucune chance dans ces mécanismes de commerce multilatéral.

Ce qui semble inacceptable aujourd’hui, c’est que de par sa conception tournée exclusivement vers le marché et la réalisation de profits qui dépriment les prix agricoles, l’OMC est en train, aujourd’hui, de mettre en compétition sans merci les producteurs du monde entier, alors que seuls les très grosses entreprises et les multinationales profitent du système en place. Ce constat a été fait lors d’une rencontre internationale des producteurs de tous les continents à Dakar, rencontre organisée par le ROPPA et qui a donné naissance à une déclaration pour que l’agriculture puisse être préservée des dérives actuelle de ce système.

L’accord de Cotonou :

L’accord de Lomé ancêtre de l’accord de Cotonou accordait des préférences commerciales non réciproques aux 77 pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) avec les pays de l’Europe. La renégociation de cet accord dans un environnement mondial dominé par les négociations commerciales à l’OMC a donné naissance à la volonté de l’Europe de créer une zone de libre échange avec réciprocité totale entre l’Europe et les pays ACP.

Les organisations de producteurs se mobilisent en Afrique contre ce qu’ils considèrent comme une condamnation à moyen terme ; si l’ouverture totale des frontières des pays ACP est effective en 2008 comme convenu, les conséquences seraient dramatiques pour l’agriculture familiale qui est déjà très mise à mal.

La catastrophe provoquée par les accords de l’ALENA qui regroupe les pays riches d’Amérique du nord (USA et CANADA) avec le Mexique pays pauvre devrait inciter les pays ACP à la prudence face aux dérives d’un libre échange totale sur des produits agricoles et cela entre des soi-disant partenaires très inégaux.

L’AGOA :

Après avoir conclu un accord de libre échange avec le Mexique, accord qui chaque jour davantage ruine la production agricole dans ce pays, les USA veulent rééditer le même exploit avec les pays africains. L’approche choisie cette fois est plus subtile et consiste à faire miroiter les dividendes d’un accès à quelques produits africains dont les textiles constituent les plus importantes au marché américain. L’AGOA n’a donné lieu à aucune négociation et est distribué par les USA comme une faveur à certains pays africains. Cet « acte pour la croissance et les opportunités pour l’Afrique » s’apparente plus à un contrat signé avec le couteau sur la gorge qu’un accord de partenariat unissant des partenaires qui se respectent.

  Les grands défis des organisations de producteurs en Afrique

L’agriculture paysanne familiale en Afrique a fait montre de par le passé d’une capacité d’adaptation hors du commun. Face à tous les errements dans les interventions des Etats depuis les indépendances, les exploitations familiales ont trouvé des réponses idoines (par la diversification, la pratique d’activités extra-agricoles qui aujourd’hui souvent représentent 30 % des revenus familiaux). La plupart de ces exploitations n’ont aucun accès aux commodité de productions que sont le crédit agricole, le conseil agricole,l’équipement, les intrants ; ce qui paraît plus dramatique, c’est que ces exploitations familiales n’ont de plus en plus qu’une place de seconde main sur leur propre marché sans aucun mécanisme de soutien. Ce que produit l’agriculture familiale en Afrique n’a aucune chance d’avoir un jour une place sur le marché mondial ; ce qu’elle produit en terme de culture de rente est malmené dès que des politiques distorsives sont mises en avant par les pays riches (cas récent du coton). Les organisations de producteurs aujourd’hui refusent la fatalité, refusent de disparaître et exigent d’avoir leur mot à dire à tous les niveaux. Le défi que pose la mondialisation à l’agriculture familiale africaine est un défi qu’elle ne pourra jamais relever car il s’apparente à un combat entre une fourmi et un éléphant.

Depuis sa création le ROPPA se veut une voie de cohérence, de réflexion et d’élaboration de positions concertées des paysans en Afrique de l’Ouest.

Ainsi les organisations de producteurs se battent en son sein pour :

- Que l’agriculture ne reste pas dans les champs d’action de l’OMC ;
- Que les accords de libres échanges ne viennent faire effondrer la production locale et créer des situations de chômage sans précédent ;
- Que les politiques agricoles responsables qui préservent la durabilité des systèmes et génèrent des prix rémunérateurs pour les producteurs soient mises en œuvre à tous les niveaux ;
- Que le commerce ne prime pas sur la souveraineté alimentaire.

En outre, le ROPPA se bat pour le retour à un environnement soutenable pour les producteurs familiaux par le recours à des instruments de protection à l’interne et de régulation des marchés internes et externes.

  Conclusion

Les défis qui se posent à l’agriculture aujourd’hui sont d’une telle ampleur qu’il paraît presque impossible d’y arriver à bout. Ce que les producteurs familiaux veulent avant tout éviter, c’est de faire le jeu de la mondialisation néo-libérale qui poussent à une concurrence extrême entre le producteurs. Dans le même temps, les prix ne cessent de chuter, les producteurs familiaux qui abandonnent sont remplacés par des grandes entreprises ou des multinationales qui récupèrent leurs terres. Dans le Sud ces mêmes entreprises souhaitent acheter les terres des paysans. Les prix agricoles chutent au seul bénéfice des multinationales de la transformation et de la distribution. Une telle situation ne saurait durer ; elle a transformé l’agriculture au Nord en une agriculture permanemment sous perfusion de subvention ; au Sud elle tue tout simplement les petits producteurs. C’est pour toutes ces raisons que le dialogue doit être noué entre les producteurs de tous les pays, que des alliances puissent se mettre en place afin que le commerce et la réalisation de profits ne puisse jamais prévaloir sur les droits légitimes et inaliénables des humains.

Par Ibrahima Coulibaly,

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