La réforme de la filière
A partir de 1989, suite à l’atelier de Sélingué qui décida de :
la restructuration de la CMDT en lui assignant des missions précises,
l’instauration d’un contrat -plan Etat- CMDT sans les producteurs,
la garantie d’un prix minimum pour les producteurs de coton,
la mise en place d’un fonds de stabilisation,
l’établissement d’un mécanisme de répartition des revenus de la filière.
Les fonctions que la CMDT devait assurer :
la distribution et la gestion des intrants ;
l’achat du coton graine aux producteurs ;
le drainage de ce coton graine vers les usines d’égrenage ;
l’égrenage de la totalité du coton graine ;
la vente de la fibre.
Mais avec l’avènement de la démocratie, les producteurs de coton reprennent de la surface. Le mouvement de grève du coton déclenché dans les zones de Koutiala et San, a obligé l’Etat a revoir la configuration des acteurs. Donc, suite à la grève, il y a eu production et présentation à l’Etat d’un cahier de 12 points de revendications. Par la même occasion et lors d’un atelier organisé en Septembre 1991 à Ségou, les producteurs ont rejeté le premier contrat plan signé en leur nom et sans eux. Ce qui décida l’Etat, les bailleurs et autres à faire participer les producteurs à la gestion de la filière coton. Pour assurer cette participation et le partenariat instauré, les producteurs décidèrent de la création du syndicat de producteurs de coton et vivriers (SYCOV) qui a tenu son congrès constitutif les 27, 28, et 29 septembre 1992 à Cinzina, près de Koutiala.
La 2ème crise trouve ses fondements dans :
l’ingérence de la CMDT dans le processus de renouvellement des organes du SYCOV (ceux qui étaient à la tête de l’OP, ne faisaient pas leurs affaires) ;
la mauvaise gestion de la société avec la complicité de l’Etat Malien et de l’Etat Français ;
la situation conjoncturelle du marché mondial qui était en baisse drastique.
Les conséquences de tous ces événements :
chute de la production à hauteur de 50 % à peu près ;
création du SYVAC, suite à la l’apparition d’une aile dissidente au sein du SYCOV ;
la nécessité de procéder à une restructuration de la filière coton, s’impose.
C’est ainsi les états généraux sur le secteur coton ont été tenus en avril 2001 et qui décideront de la privatisation et la libéralisation de la filière. Mais il faut reconnaître que les bailleurs ont été beaucoup plus porteurs de cette proposition surtout la Banque Mondiale. Suite à ces états, une lettre de politique de développement du secteur coton (LPDSC) a été établie et soumise par la mission restructuration du secteur coton au gouvernement qui l’a entérinée.
Les objectifs de la dite lettre sont les suivants :
maintien et réduction des coûts de production pour être plus compétitif sur le marché mondial ;
améliorer les rendements ;
accélérer la promotion des OP cotonnières ;
renforcer la contribution de la filière à l’économie et à la lutte contre la pauvreté ;
créer une interprofession (entre les acteurs immédiats de la filière).
Quelles sont les stratégies envisagées pour mener à bien cette réforme ?
Le recentrage des activités de la CMDT ;
Participation des producteurs et du secteur privé à la gestion de la filière ;
Ouverture du capital aux producteurs ;
Transfert de certaines fonctions aux producteurs et aux privés ;
Libéralisation des secteurs du coton et des oléagineux.
Les réformes envisagées pour mettre en œuvre ces stratégies sont :
Un nouveau mécanisme de fixation du prix du coton graine ;
Réduction des effectifs de la CMDT ;
La sous-traitance/cession des appuis aux producteurs en faveur des OP ;
La libéralisation du secteur coton ;
La mise en place d’une interprofession qui traitera des problèmes de la filière.
Le rôle du gouvernement, en principe, se limitera à la fourniture de service public et jouera le rôle d’arbitrage entre les différents acteurs, seulement ce plan de réforme prend du retard à cause des tares suivantes :
ces réformes sont lourdes financièrement ;
nécessitent beaucoup de temps ;
nécessitent de mobiliser beaucoup de capacité pour les réaliser.
Donc l’Etat a revu la lettre et en a fait une relecture le 5 Novembre 2003. Il a été décidé de scinder la CMDT en 3 ou 4 compagnies privées d’égrenage. Chacune sera responsable du service d’appui aux producteurs et bénéficiera de l’exclusivité d’achat du coton graine dans sa zone d’activité.
Les évolutions majeures de la filière du point de vue des représentants des producteurs
La privatisation, prévue pour 2005 ou scission de la CMDT en 3 unités reprises par des opérateurs privés qui interviennent chacun dans une zone dans laquelle ils ont l’exclusivité d’achat du coton graine le souhait des producteurs sur la question : une participation au capital de ces futures sociétés cotonnières à hauteur de 35 % au moins. Pour l’apport au capital concernant les producteurs, il devra être composé de la part du reliquat de l’ancien fonds de stabilisation devant revenir aux producteurs et des cotisations des producteurs eux-mêmes. Pour ce faire, l’Etat et la société française DAGRIS devront céder certaines de leurs actions. Il faut rappeler que le capital de la CMDT est détenu à 60 % par l’Etat et 40 % par la partie française représentée par DAGRIS (Développement des Agro-industries du Sud).
La gestion interprofessionnelle de la filière :
- Une gestion concertée ;
- Une participation accrue des syndicats de producteurs de coton comme membre à par entière de l’interprofession.
Par ailleurs cette interprofession doit pouvoir prendre les fonctions critiques suivantes :
la recherche agronomique et la productivité de semence ;
le conseil et la vulgarisation agricoles ;
l’entretien des pistes rurales pour l’évacuation du coton graine ;
le classement du coton.
Mais l’Etat mettra en place un cadre réglementaire précis et jouera le rôle d’arbitre dans la plus stricte neutralité.
Pour la fixation du prix et sa stabilisation :
Un nouveau mécanisme de détermination du prix du coton graine est entré en vigueur suite la crise cotonnière de 2000. Il repose sur la concertation et la négociation entre l’Etat (MA, MRSC, CPS, IER, la CMDT, l’OHVN) et les représentants des producteurs au niveau national. Pour l’avenir, quelle que soit la répartition des sociétés cotonnières sur la zone (CMDT-OHVN) les producteurs insistent sur le fait qu’un prix unique soit fixé de manière concrète au niveau national. Les négociations pourront se faire dans le cadre de l’interprofession.
Pour que le mécanisme soit fiable et profitable aux producteurs, il faut certaines conditionnalités :
- une formation des responsables ;
- des voyages de visite pour voir les expériences d’ailleurs ;
- ouverture d’un canal d’information sur le coût de production industriel de la CMDT ;
- la prise en compte de la fluctuation du prix des intrants ;
- le paiement doit se faire bord silo, immédiatement après la pesée ;
- accès aux informations relatives au prix mondiaux du coton fibre ;
- une formation continue des responsables paysans pour leur permettre d’être efficaces dans la prise de décision ;
- à propos de fonds stabilisation, les producteurs estiment qu’ils doivent en être les responsables ;
- les producteurs souhaitent la mise en place d’un fond de calamité sous la responsabilité d’une mutuelle de producteur de coton ;
- la suppression ou l’abaissement de la TAF (taxe sur les activités financières).
La structuration des producteurs :
Pour assurer une bonne participation des producteurs aux processus de restructuration, il est important et urgent de faire la promotion de nouvelles organisations faîtières économiques reposant à la base sur les coopératives multifonctionnelles ou des coopératives de producteurs de coton. L’approvisionnement en intrants sera assuré par cette faîtière économique en plus de ces autres fonctions qui seront déterminées par l’interprofession.
Les Producteurs souhaitent l’accroissement de la transformation locale du coton .
Pour ce faire, ils croient qu’il faut créer certains avantages aux unités industrielles existant sur le territoire (ITEMA, COMATEX) et renforcer la lutte contre les importations frauduleuses du textile.
De concert avec les autres acteurs, surtout les artisans du Mali, les producteurs soutiennent le mouvement alter-mondialiste sur les autres modèles de développement de la filière : relance de la transformation artisanale du coton en soutenant la mise en place de petites unités de transformation villageoise, création d’un institut du textile au Mali.
Par ailleurs les producteurs à travers leurs représentants saluent et soutiennent :
- le Forum social régional sur le thème de la fibre africaine du coton ;
- le présent forum qui constitue un des lieux appropriés pour faire entendre la voix des sans voix.