L’endettement est la méthode la plus sournoise par laquelle les nations les plus riches de la planète usent pour maintenir les pays du Tiers Monde dans la misère et la dépendance. La dette du Tiers Monde s’élève à 2070 milliards de dollars soit moins de 5 % de la dette mondiale totale qui s’élève à environ 60 000 milliards de dollars. Sur cette somme astronomique, selon les Nations Unies, le tiers monde rembourse 300 milliards de dollars annuels pour sa dette alors que selon la même institution, il faut seulement 80 milliards de dollars annuels pour la satisfaction universelle des services sociaux de base (accès à l’eau potable, la santé, l’éducation, une alimentation équilibrée). Nous n’allons pas user de l’opportunité que le forum des peuples nous offre pour refaire ici la genèse de l’endettement. Toutefois, il conviendrait de mettre un accent particulier sur la misère que tous les pays endettés ont en partage et qui nécessairement, les inscrit dans la logique légitime du refus de paiement de la dette déjà inaugurée par certains pays de l’Amérique Latine.
Pour éviter de jeter la pierre dans le jardin de quelque pays que ce soit, il nous est plus judicieux de prendre le cas du Niger en exemple pour illustrer nos propos. Ce pays classé avant dernier de la planète selon l’indice du développement humain établi par le PNUD a appliqué religieusement les conditions qui lui ont été fixées, vingt ans durant par les institutions financières internationales. Quel bilan pour l’ajustement structurel après deux décennies ? Dans cet exercice délicat, au regard de toutes les réserves auxquelles nous invitent les manipulations des statistiques, nous préconisons une démarche qui consiste à confronter tous les objectifs macro-économiques poursuivis par la politique d’endettement initiée par la Banque Mondiale et le FMI avec la réalité des résultats obtenus. Il ressort de cet examen que les objectifs ouvertement annoncés, tambour battant (endettement, croissance accélérée du PIB, équilibre budgétaire, investissements, santé pour tous, emploi pour tous...) sont loin d’être atteints. A titre indicatif, pour la période 1982-1988, la croissance a été pratiquement nulle soit 0,06 %. Et dans le meilleur des cas, elle a rarement dépassé le taux d’accroissement démographique. Dans la même foulée les dépenses d’investissement ont connu une chute vertigineuse (110 milliards de francs CFA en 1981 et seulement 53,9 milliards en 1990. Les recettes fiscales connurent un sort similaire dans la même période. Dans une course effrénée à l’endettement, l’analyse des principaux agrégats macro-économiques de cette dernière décennie selon le document de la stratégie de réduction de la pauvreté datant de janvier de l’an 2002 a permis d’établir un bilan effroyable. Ainsi, elle a relevé que « l’encours de la dette extérieure du Niger était estimé à 1022,8 milliards de francs CFA au 31 décembre 1999, soit 82 % du PIB alors que la dette intérieure du Niger était estimée à 295 milliards de francs CFA, soit 27 % de la production intérieure. Rien que pour le secteur public, il y avait un cumul de 912 milliards de francs CFA d’engagements extérieurs contractés, soit l’équivalent à 8,7 fois les recettes budgétaires totales de la même année ».
Il ressort également de l’examen des programmes appliqués que les objectifs inavoués furent atteints. Il s’agit entre autres de la main mise des multinationales sur presque toutes les unités de production du secteur public et para- public. Il s’en était suivi le chômage chronique, la paupérisation des masses, la balkanisation des familles, l’exclusion sociale des jeunes. De plus en plus, le mécontentement populaire est en train de prendre forme, et aussi bien ses acteurs que son orientation laissent clairement voir que ses principales causes sont à la fois la soif, la faim et la pauvreté qui se sont développées à vue d’œil ces dernières années au Niger. La masse des pauvres mécontents s’étend sans cesse et à un rythme fiévreux. Les nouveaux pauvres, hommes, femmes de tous les âges proviennent pour la plupart de familles de chômeurs des classes moyennes appauvries, de migrants en provenance des villages, des familles rurales et des quartiers marginaux qui sont acculés à reproduire constamment la pauvreté. Or la Commission des droits de l’homme des Nations Unies a souligné dans une résolution adoptée en 1999 que « l’exercice des droits fondamentaux de la population des pays endettés, à l’alimentation, au logement, à l’habillement, au travail, à l’éducation, au service de santé et à un environnement sain ne peut être subordonné à l’application des politiques d’ajustement structurel et à des reformes économiques générés par la dette ». Ainsi donc, il apparaît clairement sur le terrain du droit et celle de la dignité humaine que le Niger et tous les pays qui vivent aujourd’hui sous le joug de la dette odieuse ne doivent plus rien payer. Mieux, c’est un devoir pour eux de s’engouffrer allègrement dans la brèche déjà ouverte par certains pays d’Amérique Latine. Autant sur les terres de Simon Bolívar, le coup d’envoi du refus légitime de se soumettre au paiement de la dette a été donné autant en Afrique, Berceau de l’humanité, des pays doivent se soustraire à cette vaste escroquerie maquillée au goût de notre temps.
A l’unisson :
Ils doivent refuser la privatisation tout azimut des entreprises publiques déjà opérée et en cours, qui est préjudiciable à l’accès des populations aux services sociaux essentiels et vitaux.
Ils doivent de la même manière dénoncer la supercherie des institutions financières internationales et de leurs Etats qui consiste à reconduire les politiques d’ajustement structurel sous la nouvelle appellation de la lutte contre la pauvreté
Compte tenu du fait que la dette n’a pas été profitable aux masses populaires africaines, mais plutôt à des élites corrompues et aux créanciers eux-mêmes, les pays d’Afrique et du Tiers monde doivent déclarer impayable la dette et exiger la mise en place par les Nations Unies d’une convention pour l’annulation pure et simple de la dette.
Pour conclure, j’emprunte cette phrase au Capitaine Thomas Sankara pour lancer en direction de la salle, et des peuples à travers leurs délégués ici présents : « La dette ne peut être remboursée, avant tout, parce que si nous ne payons pas les prêteurs n’en mourront pas, nous pouvons en être certains ; au contraire, si nous payons, c’est nous qui mourrons, nous pouvons aussi en être aussi certains »
Je vous remercie pour votre aimable attention.
La Patrie ou la Mort Nous vaincrons !