Pour supporter durablement ce site, nous offrons désormais des espaces d'annonces aux acteurs économiques acceptant - notre charte -

Rendez vous des acteurs de développement en Afrique

Vous êtes ici -  Espace de réflexion > Forum des peuples - Kita 2004 >

Auteurs

"Tous ensemble pour construire un monde juste et solidaire".

L’immigration des populations du sud vers le nord

Une réponse des populations du sud face à la situation économique, politique et sociale de leurs pays

Document publié le 2 juillet 2004

Mots clefs associés : - Questions de société

L’immigration est le fait pour un ressortissant d’un pays, de s’installer dans un autre pays pour des raisons économiques (migrants économiques) ou politiques (réfugiés et demandeurs d’asile) ou pour des études performantes (étudiants). Dans cet exposé, nous nous intéresserons particulièrement au phénomène de l’immigration du Sud vers le Nord.

L’immigration du Sud vers le Nord n’est pas un phénomène nouveau. Elle a cependant pris des proportions inquiétantes durant les dernières décennies. Dans l’objectif de la réguler, les pays du Nord ont adopté des mesures restrictives (obtention de visa, de carte de séjour et de carte professionnelle, édictions de normes juridiques, interception d’immigrés illégaux à la frontière).


  Les raisons de l’immigration

L’immigration est généralement liée à des raisons économiques ou politiques ou d’études.

Raisons économiques :

La quête de meilleures conditions de vie est à l’origine du départ de certains migrants. De nos jours, ces départs pour raisons économiques sont intimement liés aux conséquences néfastes des politiques d’ajustement structurel et à certaines calamités naturelles comme la sécheresse, les inondations et les glissements de terrain.

Les politiques d’ajustement structurel :

Depuis plus de deux décennies, la majorité des pays du Sud est soumise aux politiques d’ajustement structurel du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale. Ces politiques ont très souvent conduit :

- à la pratique de la monoculture de rente (coton, arachide, café etc.) au détriment des cultures vivrières ; la non valorisation de ces cultures de rente en raison du système du commerce international inéquitable, est un facteur aggravant la pauvreté des masses rurales du Sud ;
- à l’augmentation du prix des biens de consommation ;
- à la réduction drastique des possibilités d’embauche notamment dans le secteur public (institution de concours d’entrée à la Fonction Publique) ;
- à la compression ou à l’incitation des cadres au départ volontaire ;
- au gel (plafonnement) des salaires peu incitatifs ;
- à la réduction des dépenses sociales (santé, éducation).

D’une façon générale, cette situation économique peu reluisante pousse les composantes des différentes couches socioprofessionnelles au départ (paysans, cadres qualifiés, jeunes diplômés ou non diplômés, etc.).

Les calamités naturelles :

Dans beaucoup de pays du Sud, la sécheresse cyclique, les inondations et les glissements de terrain ont conduit à une dégradation importante des ressources naturelles et des conditions de vie des populations rurales. L’agriculture et l’élevage qui constituent leurs principales occupations sont devenus aléatoires. Cette situation a intensifié l’exode rural et l’immigration.

Par exemple : La région de Kayes (au Mali) qui est une zone éprouvée par des années de sécheresse, connaît une forte immigration vers le Nord.

Raisons politiques :

Les guerres, les dictatures et les persécutions à caractère religieux ou ethnique ont contraint des populations à l’immigration avec séparation de famille dans certains cas. Cette catégorie de migrants est constituée des réfugiés et des demandeurs d’asile. Certains ne se sentent en sécurité qu’au Nord. C’est pourquoi, ils s’y installent en demandeur d’asile.

Raisons d’études performantes :

La qualité de la formation qu’offrent les universités du Nord, pousse les pays du Sud et les familles qui en ont les moyens à inscrire des étudiants dans ces établissements d’enseignement supérieur. A la fin de leurs études, une bonne partie de ces étudiants reste au Nord pour travailler.

L’immigration pour raisons économiques et celle pour raisons d’études, sont des immigrations volontaires car les candidats à ces différentes immigrations décident de plein gré de leur départ. Quant à l’immigration pour raisons politiques, elle est dictée par des circonstances liées à des crises politiques (dictatures, guerres civiles, etc.).

  Groupes cibles et destinations

Aujourd’hui, l’immigration du Sud vers le Nord touche toutes les couches socioprofessionnelles.

Groupes cibles :

Les jeunes :

Pour les raisons ci-dessus évoquées, beaucoup de jeunes pensent que l’immigration notamment vers les pays du Nord, est une solution durable à leur misère. La tentation est d’autant plus grande que les jeunes immigrés au Nord envoient régulièrement des revenus substantiels à leur famille et sont par conséquent considérés comme des modèles de réussite.

Les femmes et les enfants :

Les femmes sont concernées au même titre que les hommes et cherchent à rejoindre le Nord pour les mêmes raisons. En plus des raisons ci-dessus évoquées, cette catégorie de migrants (femmes et enfants) s’installe au Nord pour des raisons de regroupement familial.

Les intellectuels :

L’immigration des intellectuels du Sud vers le Nord est connue sous le nom de « Fuite des cerveaux ». Elle intervient généralement après des investissements importants dans leur formation par leurs pays d’origine. A ces intellectuels, nous pouvons ajouter les artistes et les sportifs qui estiment être dans de meilleures conditions de promotion au Nord qu’au Sud.

Il convient de souligner que l’immigration de ces différentes couches socioprofessionnelles prend aujourd’hui des proportions inquiétantes.

Destinations :

Les mouvements migratoires du Sud vers le Nord, prennent plusieurs directions :

- L’Union Européenne (UE), les Etats Unis d’Amérique (USA) constituent les pôles d’attraction les plus importants ;
- Il existe d’autres pôles non moins importants comme les pays du Golfe ;
- Enfin, certaines destinations comme l’Asie, l’Australie et la Nouvelle Zélande sont de plus en plus envisagées.

  Les conditions de séjour des immigrés

L’immigration du Sud vers le Nord n’est pas un phénomène nouveau. Elle a cependant pris des proportions inquiétantes durant les dernières décennies. Dans l’objectif de la réguler, les pays du Nord ont adopté des mesures restrictives (obtention de visa, de carte de séjour et de carte professionnelle, édictions de normes juridiques, interception d’immigrés illégaux à la frontière). Ces mesures n’ont pu réguler le phénomène comme souhaité au Nord. Ainsi, les migrants du Sud ont continué à venir au Nord sans remplir ces conditions administratives.

Cette situation a donné naissance à deux types d’immigrés : les immigrés réguliers et les immigrés clandestins ou sans papiers. Les premiers sont ceux qui disposent des pièces administratives exigées pour s’installer et travailler au Nord. Les seconds sont ceux qui n’ont pas ces papiers et qui ont tout de même réussi à rentrer clandestinement au Nord. Aujourd’hui, la question de papiers détermine donc les conditions de séjour des migrants. Ceux qui en disposent (les réguliers) n’ont pas de difficultés d’ordre administratif par rapport à leur séjour. Ils peuvent circuler et vaguer librement à leurs occupations. En revanche les sans papiers (les illégaux) vivent dans une relative clandestinité et sont sujets à expulsion à tout moment, dans des conditions parfois inhumaines.

Conscients du fait qu’ils ont besoin de cette main d’œuvre illégale, dans certains secteurs de l’économie, les Etats du Nord procèdent de temps à autre à des régularisations.

Dans le même contexte, d’autres migrants clandestins sont rapatriés de force dans leurs pays d’origine. Ces opérations musclées de rapatriement se font dans des conditions qui portent atteintes à l’honneur et la dignité du migrant clandestin. A ce sujet il convient de signaler que les politiques d’immigration zéro prônées en son temps par les pays du Nord, se sont révélées peu efficaces car elles n’ont pu dissuader les candidats au départ.

Dans un tout autre contexte, des programmes de retour volontaire des migrants légaux sont mis en place. A la faveur de ces programmes, beaucoup de migrants ont pu s’installer dans leurs pays d’origine. Selon l’OIM près de 2000 maliens ont réintégré le Mali de 1983 à 1999.

Force est cependant de constater que ces programmes n’ont pas jusque là connu de grands succès. L’échec de certains projets a été si patent que leurs promoteurs ont regagné le Nord.

  Les enjeux et inconvénients de l’immigration

Enjeux :

L’immigration présente d’importants enjeux économiques tant au Nord qu’au Sud.

Au Nord :

Elle permet la disponibilité de deux catégories de main d’œuvre recherchées dans certains secteurs de l’économie :

- une main d’œuvre non qualifiée à bon marché,
- une main d’œuvre hautement qualifiée.

Au Sud :

- Réduction du chômage : l’immigration contribue à la réduction du chômage car les départs pour raisons économiques (qui sont les plus importants) concernent souvent des jeunes diplômés ou non diplômés sans emploi et d’autres professionnels au chômage.

- Des ressources financières importantes et des projets de développement.

Les retombées financières de l’immigration sont importantes pour le Sud.

Selon la Conférence de l’ONU sur les Pays les Moins Avancés (PMA) tenue en mai 2001 à Bruxelles, les migrants du Sud envoient plus d’argent dans leurs pays d’origine que ce que ces derniers reçoivent de l’aide public au développement.

Par ailleurs, l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) a estimé après calcul que l’argent envoyé par les migrants à leurs familles, représente un pourcentage non négligeable des recettes d’exportation : 33,5 % au Bangladesh, 117 % au Cap-Vert, 83 % en Erythrée et 67 % au Yémen. Il représente également plus de 20% du Produit National Brut (PNB) du Cap-Vert, du Mali, de l’Erythrée et du Yémen.

Selon l’OIM, les Maliens à l’étranger ont rapatrié entre 1990 et 1996, près de 110 millions d’Euro soit l’équivalent de 4,2 % du PIB et 25 % des recettes d’exportation. En plus des dépenses familiales, une bonne partie de ces fonds sert actuellement à initier des projets de développement.

Les inconvénients de l’immigration :

Au Nord :

La gestion du flux migratoire devient de plus en plus difficile avec son lot de clandestins. Par ailleurs, à tort où à raison, certains pays du Nord ont commencé à établir un lien entre le terrorisme et certains milieux d’immigrés.

Au Sud :

- Le manque de bras valides : l’exode rural et l’immigration privent les campagnes d’une bonne partie des bras valides. Seuls les vieilles personnes, les femmes et quelques bras valides restent au village. Cette situation est préjudiciable à la réalisation des actions de développement et au climat social dans les familles ;
- Le départ des cadres hautement qualifiés ou fuite des cerveaux : ce phénomène prend aujourd’hui des proportions inquiétantes. En effet, selon les estimations de l’OIM, on enregistre le départ de 23000 cadres supérieurs chaque année. Selon les estimations de la Banque Mondiale, l’ensemble du continent africain a perdu le tiers de ses cadres supérieurs entre 1960 et 1987. Cette situation est préjudiciable aux pays du Sud qui investissent beaucoup dans la formation de ces cadres.

  Une nouvelle vision de l’immigration

Les pays du Sud développent actuellement une nouvelle vision de l’immigration. En dépit des pertes de bras valides et de cerveaux, l’immigration est de plus perçue comme une source substantielle de revenu.

Cette nouvelle vision est également portée par l’Organisation des Nations Unies qui a estimé lors de sa Conférence de mai 2001 sur les PMA, que si les 49 pays les plus pauvres de la planète exploitaient les moyens financiers et humains de leur diaspora, ils pourraient élaborer leurs propres solutions à leurs propres problèmes de développement et compenser ainsi l’amenuisement des ressources de l’aide qu’ils obtiennent des pays riches et du commerce avec eux. Conscients de cette situation, certains pays du Sud ont pris des dispositions dans le sens d’une meilleure gestion de l’immigration.

Par exemple :

- Au Mali, il existe un département ministériel qui s’occupe des maliens de l’extérieur
- Au Sénégal, il existe une agence pour l’emploi qui s’occupe spécialement de l’orientation des candidats à l’immigration.

  L’immigration est-elle une alternative aux problèmes économiques et politiques du sud ?

Les problèmes économiques et politiques du Sud sont à l’origine du départ de la majeure partie des migrants. Il est aussi indéniable que l’immigration contribue au développement du Sud. Elle ne saurait être cependant, une alternative fiable à des problèmes structurels de développement liés à l’ordre économique mondial actuel (Politiques d’ajustement structurel, fixation du cours des matières premières du Sud en dehors du Sud, calamités naturelles) et au déficit démocratique du Sud. Ainsi la réduction de l’immigration est liée au développement économique et à l’avancée démocratique des pays du Sud. Aussi, dans le sens d’une réduction sensible des flux migratoires du Sud vers le Nord, nous préconisons les alternatives suivantes :

- Adopter de nouvelles politiques de développement (autres que celles du FMI et de la Banque Mondiale) au profit des pays du Sud ;
- Réviser les systèmes de fixation du cours mondial des matières premières du Sud en y associant ces derniers ;
- Faire baisser de façon significative les subventions à l’agriculture des pays du Nord ;
- Améliorer les politiques d’accueil de migrants ;
- Humaniser davantage les opérations de rapatriement ;
- Améliorer les programmes de retour des migrants ;
- Démocratiser davantage les régimes politiques du Sud ;
- Instaurer plus de stabilité politique dans les pays du Sud.

Par Namory K. Kéïta ,

Répondre à l'article


Forum lié à l'article

L’immigration des populations du sud vers le nord

6 mai 2010, issouffa

Salut ! En ce qui concerne le sujet, c un drame pour l’afrique qui est pleine hémorragie cérébrale ! Je perçois dans les dizaines d’années et non dans le court terme comme les autres qui ont l’impression que cela rapporte beaucoup d’argent aux pays africains. Qui dévéloppera notre continent ? Je voudrais bien qu’on me réponde un Jour !

Issouffa (kechkeme yahoo.fr)
démographe

L’immigration des populations du sud vers le nord

19 novembre 2007, guylo

comment pouvez vous expliquer les nouvelles migrations,un enjeu nord-sud de la mondialisation ?

L’immigration des populations du sud vers le nord

8 octobre 2007, jules numugabo

je suis pour les immigres africains qui prennent la decision de quitter leurs pays et se trouvent en europe ou ailleurs pour une rasison ou une autre .ces gens la c’est a dire les blancs ont ravage nos pays pour enrichir les leurs et comme recompenses ils nous foutent a la porte de leurs.c’est ca la recompenses des ingrats .

Autre réponse à l' article