Historique des conflits en Afrique
Emergence des indépendances
La création de l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A) en 1963 marque le début du déclin de l’ère coloniale. Au début l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A) comptait Trente deux (32) Etats membres indépendants et aujourd’hui l’Union Africaine en compte Cinquante trois (53). Au commencement, l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) a reconnu les imperfections des frontières nationales héritées du colonialisme. Mais elle décida que si l’Afrique devait rester stable, les frontières existantes au moment de l’indépendance ne devraient pas être violées. Ce principe fut sanctionné par une résolution en 1964 et, depuis lors, fait partie de la politique de l’Union Africaine. De nombreux pays se sont battus très durement pour assurer leur indépendance. Même dans les pays africains où la transition vers l’indépendance se déroula pacifiquement, ce ne fut guère un processus aisé.
La majorité des pays nouvellement indépendants définissait le rôle de l’Etat en terme de développement, cherchait à mobiliser les ressources nationales en vue d’assurer la croissance économique. On vit la naissance d’un nouveau système de leadership Africain, basé sur la centralisation du pouvoir et des réseaux de népotisme, ce qui ne permettait guère la participation du peuple à la gestion des affaires au niveau national et au niveau local. Ces problèmes de gouvernance furent exacerbés par la rivalité politique et économique des belligérants de la guerre froide et par le non-vouloir des anciens pouvoirs coloniaux à renoncer à leur influence sur ces pays, même après que ceux-ci auront acquis leur indépendance officielle.
La guerre froide mena à l’émergence des sphères d’influence de l’Est et de l’Ouest en Afrique. Après les indépendances, les anciens pouvoirs coloniaux et les Etats-Unis voulaient maintenir ou consolider leur influence en Afrique ; par conséquent, les intérêts de la guerre froide alimentèrent directement les conflits majeurs. Là où naissait un conflit, les Gouvernements fortement centralisés faisaient régner l’autorité par des troupes armées en grand nombre. Ce sont ces mêmes armées qui deviendront une menace pour la stabilité en Afrique, une fois l’assistance extérieure retirée. A la fin de la guerre froide, le niveau de démobilisation efficace en Afrique fut très faible. Des restants des grandes armées africaines (armés les uns par l’Occident et les autres par le Bloc Communiste) se trouvent encore sur le continent. Ils sont à l’origine de nouveaux conflits et entretiennent des factions irrégulières de groupes armés qui menacent la Sécurité et la Stabilité intérieures.
Les deux opposants de la guerre froide contribuèrent à promouvoir ou à attiser les conflits en Afrique au cours des années 60, 70 et 80. La plupart des conflits actuels est héritée en grande partie des politiques des deux antagonistes de la guerre froide qui étaient l’Est et Ouest.
Au cours de cette période, des questions de principe comme la Bonne Gouvernance, l’Etat de Droit, la Gestion Economique Equitable furent souvent négligés au profit du pragmatisme politique et du gain commercial. Des réseaux commerciaux lucratifs (dont la plupart était clandestine et liée à l’exploitation des ressources de base) unissaient les capitales du Nord et les dirigeants africains corrompus dans des alliances inavouables et détournaient des ressources qui étaient autrement destinées au développement économique et social.
Le Nouvel Ordre Mondial
Les conflits deviennent plus étendus au cours des années 1990. Une gestion économique médiocre affaiblit les Etats trop fortement centralisés. L’incapacité de maintenir un niveau élémentaire d’ordre et d’assurer des services sociaux de base ne pouvait qu’affaiblir l’autorité de l’Etat. Les conflits internes connurent une recrudescence dramatique au cours des années 1990. Dans certains cas extrêmes, la fragmentation encouragea la formation et la prolifération des groupes séparatistes, qui à leur tour se divisèrent en factions combattantes. La nature même des conflits changea. Les populations civiles deviennent de plus en plus les cibles des luttes entre factions et furent soumises à des degrés d’abus et de violences inouïs. Ce qui amena à des déplacements massifs des populations ainsi qu’à une détresse économique et sociale.
Au moment où les dirigeants autocrates Africains sur le déclin perdaient le pouvoir et l’appui extérieur, plusieurs Etats s’effondrèrent. Les pays africains effectuèrent plus souvent des interventions militaires dans les Etats voisins, justifiant leur action par des besoins d’autoprotection. Les conflits prenaient une allure de plus en plus originale, de même que les Etats déchus menaçaient la sécurité de leurs voisins. En l’an 2000, plus de la moitié des pays africains et 20 % de la population étaient touchés par les conflits. On comptait 11 (onze) conflits majeurs entraînant plus d’un millier de morts chaque année. L’ampleur des conflits dépassait celle de toute autre région du monde.
Le contexte actuel des conflits
Aujourd’hui, il existe quatre types de conflits distincts.
La guerre conventionnelle - guerre d’usure :
Le conflit entre l’Ethiopie et l’Erythrée est l’unique exemple. Dans ce cas, les cibles et les objectifs sont essentiellement militaires et stratégiques. Cette guerre fait un usage considérable de technologie coûteuse, telle que l’artillerie lourde et les chasseurs bombardiers. Les coûts très élevés de ce genre de conflits finissent par en limiter le nombre.
La guerre entre factions :
La guerre entre faction est fluide. Il existe rarement une ligne de front définie et les combats sont le plus souvent du genre opportuniste plutôt que stratégique. La technologie est médiocre et ce sont les armes légères qui dominent. Ce type de guerre n’entraîne pas d’énormes coûts et peut durer longtemps sans appui extérieur. Le plus souvent ces conflits cessent rapidement de porter sur leurs causes originales et tournent plutôt autour de l’exploitation des ressources naturelles, commerciales ou minérales. Les factions veulent impliquer, exploiter et contrôler une grande partie de la population civile afin d’entretenir les conflits.
Le génocide et les conflits à base ethnique :
La dernière décennie a connu la résurgence du génocide et des conflits à base ethnique. Dirigés par un noyau central et utilisant une propagande virulente, ces conflits se repandent comme un feu de brousse, laissant derrière eux des morts en nombre incalculable, ainsi que de déplacements massifs de populations en proie à la peur et à la confusion. Les guerres ethniques et génocidaires utilisent une technologie élémentaire, souvent des couteaux et des machettes, parfois des armes légères. Cependant, elles ont un caractère particulier, à savoir la vitesse fulgurante à laquelle les attaques d’ordre ethnique se répandent, ainsi que le degré de munitie de leur orchestration centrale.
« La nouvelle guerre »- Conflits régionaux :
Les trois éléments de la guerre se réunissent en ce que nous pouvons appeler la « nouvelle guerre » de l’Afrique. Les Conflits régionaux. Dans ce genre de conflit, les forces gouvernementales conventionnelles sont engagées dans la protection des infrastructures importantes ou se trouvent engagées dans les guerres d’usure avec d’autres Etats à coût d’énormes capitaux. Il est fait grand usage de factions qui agissent en tant que personnes interposées et servent d’écran de protection pour les forces conventionnelles.
Ces forces déléguées ont pour mot d’ordre de subvenir à leurs propres besoins via l’exploitation de ressources naturelles.
Les conflits ethniques sont de plus en plus sanctionnés ou exploités afin d’obtenir l’appui nécessaire à la continuation du conflit. Quatorze pays africains se trouvent engagés dans quatre (4) conflits régionaux : le Soudan, l’Angola, la RDC et la Sierra Leone.
L’impact des conflits
La tragédie humaine :
Au cours des deux dernières décennies, l’Afrique Subsaharienne a été la région la plus touchée par le conflit au monde. Dix (10) des 24 pays les plus touchés par la guerre entre 1980 et 1994 étaient africains dont quatre (04) (Libéria, Angola, Mozambique et Somalie) comptaient parmi les cinq (05) pays ayant le plus souffert au monde. Les principaux éléments de cette tragédie sont les milliers de gens déracinés qui ont perdu leurs habitations et leurs moyens de subsistance, le nombre croissant de perte de vie civile et le degré extrême de violence, abus et mutilations subits par les non combattants.
Au nombre des impacts, il faut compter également :
les pertes civiles : depuis 1960 plus de huit millions de personnes sont mortes des conséquences directes ou indirectes de la guerre en Afrique, dont 5,5 millions de civils. Ce nombre de pertes civiles augmente chaque année en Afrique à l’opposé des autres parties du monde ;
la violence : l’aspect le plus troublant des conflits en Afrique est la recrudescence de la violence extrême, en particulier au cours des dix (10) dernières années. La violence cible délibérément les civils plutôt que les groupes armés et des groupes entiers plutôt que des individus ;
les enfants soldats : les enfants sont devenus l’une des cibles principales de la violence et sont ensuite utilisés pour la perpétuer. Les milices et les forces armées irrégulières telles que l’Armée de Résistance du Seigneur en Ouganda pratiquent le recrutement forcé des enfants et un système d’initiation comprenant des actes de violence envers leur propre communauté. L’intention est de créer une force de frappe séparée insouciante des dégâts causés aux autres, et possédant un avantage tactique sur les forces conventionnelles adultes. On compte aujourd’hui près de 350.000 enfants soldats dans le monde entier dont 200.000 rien qu’en Afrique. Les enfants sont délibérément endoctrinés dans une culture de violence et utilisés comme un instrument spécifique de guerre ;
l’impact des conflits est aussi économique. La guerre a un impact économique direct et immédiat par la perturbation physique qu’elle provoque, empêchant la population d’aller au champ, au marché ou de se procurer des ressources essentielles. La pauvreté a amplifié l’impact des conflits et rend les civils plus vulnérables. L’insécurité est l’une des situations les moins favorables à l’épargne domestique ou aux investissements qu’ils soient internes ou externes. Un conflit qui se répand sur une région met en danger les pays qui connaissent le progrès et la stabilité. Dans la majorité des économies africaines l’impact le plus direct de la guerre porte sur la production et les moyens de subsistance des ménages. La Banque Mondiale estime que les conflits en Afrique causent une perte de croissance économique annuelle de 2 % sur le continent.
Les causes des conflits
Il est difficile de distinguer les causes profondes qui ont engendré le conflit des causes secondaires qui permettent de l’entretenir et des causes tertiaires ou des barrières qui en empêchent la résolution.
Les causes profondes des conflits
L’affaiblissement et l’effondrement des institutions étatiques ont provoqué des conflits régionaux et internes. L’effondrement d’un Etat est rarement soudain. C’est l’aboutissement d’un long processus de dégénération. Une étape clé dans ce processus est la détérioration du Secteur de Sécurité qui échappe à tout contrôle et devient abusif. Les systèmes judiciaires et pénaux s’effondrent. L’Etat se trouve dans l’incapacité d’assurer des services sociaux ou la sécurité de sa population. Ce phénomène est habituellement accompagné par une course effrénée au pouvoir entre les différents groupes et factions qui parfois s’identifient en termes ethniques ;
Le déclin de l’économie et des chocs économiques sont des causes directes des conflits. Ils peuvent se manifester sous divers aspects, allant de la catastrophe naturelle à la détérioration des échanges commerciaux ou à la flambée des prix. A la suite du déclin économique, les Gouvernements se trouvent dans l’incapacité de tenir leurs promesses en terme d’emplois, d’augmentation de salaires et d’amélioration des services publics. Une grande partie de la population -en particulier les jeunes hommes- perd espoir, se marginalise et devient frustrée ;
La plupart des conflits éclatent là où la tradition est de résoudre les problèmes par la violence. La violence politique est fortement enracinée et les instruments de l’Etat à savoir l’armée, la police et l’appareil judiciaire entretiennent cet état de chose. D’autres processus historiques peuvent provoquer la violence ;
L’Afrique connaît deux types de conflits basés sur les ressources : les guerres de rareté et les guerres d’abondance. Les conflits les plus fréquents sur la rareté des ressources portent sur le contrôle de la terre et les droits à l’eau. Dans les guerres d’abondance, les factions opposées luttent pour le contrôle de ces ressources qui deviennent le « prix » du contrôle de l’Etat.
Les causes secondaires des conflits
Chômage, Manque d’Education et Pression Démographique :
Les pays ayant un taux élevé de chômage chez les jeunes hommes et un niveau d’éducation très bas courent un grand risque de conflit. A travers toute l’Afrique, les conflits des factions recrutent leurs contingents dans la jeunesse marginalisée ou socialement exclue.
Les dirigeants politiques et les belligérants en Afrique se servent de plus en plus de haine interethnique. Ces abus prolongent les conflits et créent des divisions à long terme qui réduisent l’efficacité des efforts d’instauration de la Paix.
Disponibilité des Armes :
La disponibilité d’armes légères en Afrique joue un rôle majeur en ce qui concerne l’entretien et l’alimentation des conflits. Des quantités considérables d’armes légères, reliquat des guerres précédentes sont en circulation ; selon les statistiques de l’O.N.U, il circulerait en Afrique environ 10 millions d’armes légères illicites. Le transfert et l’importation d’armes, principalement à partir des pays du bloc soviétique, continuent aussi à attiser les conflits. Les capacités croissantes de fabrication de munitions en Afrique même favorise fortement la prolifération et l’usage d’armes légères. La disponibilité facile et le coût relativement bas de ces armes sont appuyés par l’émergence de réseau de fournisseurs au niveau local et international qui échangent des armes contre des minéraux ou d’autres produits. Ceci constitue un facteur majeur dans la prolongation des conflits en Afrique, qui sont devenus autonomes et par conséquent moins sensibles à la médiation et aux interventions extérieures.
Les causes tertiaires
Elles sont un certain nombre parmi lesquelles :
les conflits régionaux et interconnectés qui occupent une grande partie du continent africain (du Soudan à l’Angola en passant par les grands lacs et la R.D.C.. La durée des conflits augmente avec la complicité des interventions régionales et les relations inter-conflictuelles ;
souvent le plus grand risque se présente lorsqu’une Paix fragile n’est pas bien consolidée. Dans certains cas, les Etats et les factions entrent dans un cadre qui sanctionne le conflit « consensuel », où les belligérants ont plus à gagner en entretenant un conflit de bas niveau plutôt qu’en oeuvrant pour sa résolution ;
dans plusieurs cas, les occasions pour résoudre des conflits se perdent, faute de garants extérieurs dans le processus de Paix qui soient suffisamment crédibles. Ceci est particulièrement important lorsqu’il s’agit de la démobilisation et du désarmement, quand les enjeux sont forts élevés pour les groupes belligérants en termes de perte potentielle de pouvoir et de sécurité personnelle ;
médiation inadéquate et inappropriée : une mauvaise médiation peut rendre la situation conflictuelle plus compliquée et prolonger le conflit en donnant aux antagonistes le temps de se réarmer et de réorganiser. Lors de la médiation pour la résolution des conflits, il important de mettre en exergue comme priorité première l’acceptation et le maintien de la cessation des hostilités. Le processus de Paix doit pouvoir se référer à une plus large gamme de dispositifs pour l’établissement d’un Gouvernement de transition, afin de mettre en place les conditions pour une Paix durable en traitant les causes fondamentales du conflit ;
une assistance au développement mal placée peut raviver la tension entre les groupes et augmenter les risques de conflit. Les agences humanitaires reconnaissent de plus en plus qu’elles sont confrontées à un grand dilemme en essayant de satisfaire les besoins des victimes sans favoriser une reprise des hostilités. Lorsque le conflit est mené par des factions ou des éléments délégués par les gouvernements, ceux-ci font preuve de peu de respect et de reconnaissance en terme d’éthique concernant l’assistance humanitaire internationale. Ces forces cherchent à contrôler cette assistance comme moyen de se conférer une plus grande légitimité politique, et par là, exercer un contrôle sur les populations.
Réponse africaine aux conflits
La prévention des conflits ne saurait être efficace que si elle se base sur l’expérience même de l’Afrique. L’Afrique présente des exemples de certains des plus longs conflits au monde. Elle donne aussi des exemples de rétablissement durable après les conflits.
La Réponse africaine doit intégrer certaines notions :
la restauration de la légitimité de l’Etat ;
le traitement de la question de l’impunité et le besoin de réconciliation : la nature de plus en plus violente des conflits entre factions et l’usage délibéré de l’ethnicité pour pérenniser les conflits engendre de profondes divisions dans la société. La résolution efficace des conflits en Afrique dépend du processus de Justice et de Réconciliation qui doivent s’exercer tant au niveau National que local pour réintégrer les gens dans leur Communauté.