L’endettement des Pays en Développement
De 1970 à 1999, la dette extérieure de l’Afrique subsaharienne est passée de 7 milliards de dollars à 231 milliards de dollars alors que la part de l’Afrique dans les exportations mondiales n’a fait que baisser en passant de 4,4 % en 1970 à 2,1 % en 1998.
Quant au Mali, l’encours global de la dette extérieure est passé de, en dix ans soit la période 1992 à 2002, 730,3 à 1746,1 milliards de francs CFA. Il est passé six fois au Club de Paris.
En fait, plusieurs raisons ont amené les Etats pauvres à s’endetter dont entre autres :
la nécessité de faire face aux besoins d’investissement compte tenu du retard de développement accusé avant les indépendances ;
la nécessité de combler la faiblesse de l’épargne locale ;
les excédents financiers des pays producteurs de pétrole et autres dépôts bancaires en quête de rémunération ;
la détérioration des termes de l’échange.
La faible intégration de l’économie des pays en développement dans les échanges internationaux a conduit à réduire la capacité de remboursement des pays. Ainsi dès le début des années 1980, le service de la dette desdits pays a commencé par peser sur les finances publiques entraînant le non-respect d’obligations contractées d’où l’accumulation d’arriérés de paiement. Ce qui explique leurs différents passages au Club de Paris et au Club de Londres en vue de reéchelonner leurs dettes extérieures. Face à l’échec de ces traitements, l’Initiative PPTE a été lancée en vue d’apporter des allégements de dette aux pays pauvres très endettés.
Afin de sortir du cercle vicieux de l’endettement dans un contexte d’économie de marché, une série de mesures et d’actions pourrait être envisagée.
Propositions
Des recommandations ci-après pourraient être faites à différents niveaux.
Pour les Etats :
Chaque Etat devra entreprendre les actions suivantes :
Mobiliser l’épargne intérieure au profit du développement ;
Créer des institutions de financement des investissements surtout les PME-PMI ;
Améliorer le taux de pression fiscale ;
Créer de forte valeur ajoutée ;
Renforcer ou élargir le champs de la coopération entre pays en développement ;
Développer une politique de produits de substitution (consommer locale) ;
Définir une stratégie de désendettement durable ;
Mettre en place un dispositif de coordination d’une véritable stratégie nationale de désendettement durable ;
Créer un comité national de la dette publique chargé de procéder à l’analyse et au suivi de la viabilité de la dette publique (qualité du portefeuille et des investissements) ;
Renforcer l’interface entre la gestion de la dette, la gestion macro-économique et la lutte contre la pauvreté ;
Promouvoir la bonne gouvernance (suivi-évaluation, contrôle, audit) ;
Alléger les procédures internes de passation de marché en vue d’accélérer les taux de décaissement ;
Veiller au bon choix du personnel chargé d’exécuter les projets et programmes de développement ;
Impliquer la société civile dans le choix de certains investissements ;
Concevoir et appliquer une bonne politique économique dans la mesure où la soutenabilité de la dette publique n’est que la résultante de la politique économique.
Aussi pour les nouveaux prêts, il faut rompre avec les pratiques passées qui ont consisté à endetter le pays au lieu que celui-ci s’endette. En effet, il est courant que des bailleurs de fonds conçoivent les projets de développement financés sur emprunt auprès d’eux-mêmes avec une partie importante consacrée à rémunérer leurs propres experts. Ce qui pose la problématique du renforcement des capacités locales en analyse et en gestion de projets ou programmes de développement d’une part et de compétence en matière de négociation de nouveaux emprunts d’autre part.
Au niveau régional :
Il appartient aux Etats de se mobiliser en vue de :
Se coaliser pour obtenir plus d’équité dans les relations économiques internationales notamment le commerce international (groupes d’intérêt) ;
Promouvoir les échanges sous-régionaux ou régionaux ;
Développer les projets intégrateurs susceptibles de réduire leur dépendance vis-à-vis de l’extérieur.
Pour les créanciers :
Il apparaît important que les créanciers et donateurs accompagnent les pays en développement dans leur élan pour sortir du cycle du surendettement en envisageant les actions ci-après :
Accorder plus de dons que de prêts ;
Accorder des prêts concessionnels ;
Accorder plus d’aide non liée ;
Payer les produits du sud à leur juste prix ;
Accepter l’harmonisation de leurs procédures de décaissement et de passation de marché ;
Réviser le niveau des indicateurs d’endettement à partir desquels l’éligibilité à l’Initiative PPTE a été convenue :
- Valeur actualisée de la dette sur les recettes d’exportation : 150 % initiative renforcée ;
- Valeur actualisée de la dette sur les recettes budgétaires : 250 %.
En effet, des études récentes de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International et de Debt relief international ont prouvé que le montant d’allègement accordé dans le cadre de l’Initiative PPTE est insuffisant pour réussir un désendettement durable des pays PPTE ;
Annuler de façon inconditionnelle la dette extérieure des pays en développement.
Ces actions et mesures susmentionnées ne sont pas exhaustives et pourraient varier d’un pays à un autre selon la spécificité de son économie. Toutefois, aucun pays en développement de surcroît pauvre ne peut prétendre se passer de l’aide extérieure en particulier les emprunts.