Notre engagement militant nous commande d’attirer votre attention sur un thème aussi important qu’est « Agriculture africaine et OGM ». Pour présenter ce thème nous avons focalisé le regard sur trois parties distinctes qui composent la présente communication, à savoir :
agriculture et sécurité alimentaire ;
OGM et dangers pour la souveraineté alimentaire des pays ;
quelques perspectives citoyennes face à l’introduction des OGM en Afrique.
Agriculture et sécurité alimentaire
L’agriculture se définit comme étant une activité de l’homme qui a pour but de lui procurer les biens nécessaires à la satisfaction de ses besoins et de ceux de ses semblables, ceci au moyen de la nature, du travail, et du capital. Actuellement, l’agriculture est également jugée indispensable au maintien de l’environnement et à la sauvegarde du paysage. Elle a pour rôle de :
Cultiver et mettre en valeur les ressources du sol ;
garantir l’approvisionnement de la population en denrées alimentaires ;
entretenir le territoire, sauvegarder le paysage.
L’agriculture est donc une activité économique qui consiste à favoriser le développement des plantes ou d’animaux pour tirer des substances utiles à l’homme, en particulier des produits alimentaires. Tous les pays du monde pratiquent l’agriculture :
Dans les pays développés, elle est dite intensive car elle se fait suivant un processus par lequel les rendements augmentent, que ce soit calculé par unité de surface ou par animal. On l’associe à une utilisation de plus en plus efficace des facteurs de production internes et externes (Temé, et al 1996). Dans ces pays (les Pays-Bas, la France, les Etats-Unis, ...) seuls 2,5 à 3 % de la population active pratiquent cette activité. Ils constituent aujourd’hui des grands exportateurs de produits agricoles. Ceci a été rendu possible par l’utilisation des nouvelles technologies dans le secteur agricole.
Dans les pays en développement, cette activité exige en général beaucoup d’espaces et cela constitue une originalité majeure vis-à-vis des industries. Par contre sa productivité est largement inférieure à celle des autres activités économiques. Plus particulièrement en Afrique, avec l’utilisation des techniques traditionnelles, l’utilisation moins efficace des facteurs de production, on assiste à une baisse de rendement et à une dégradation des sols. A cet effet, l’agriculture est dite extensive dans ces pays. En outre l’agriculture est fortement dépendante des conditions naturelles : qualité du sol, et surtout du climat. Plus de 80 % de la population (en majorité des ruraux) travaillent dans ce secteur, mais cela n’empêche guère à l’Afrique de tendre sa main vers l’Europe ou l’Amérique afin de subvenir aux besoins alimentaires de sa population.
Les OGM constituent-ils un danger pour la souveraineté alimentaire en Afrique ?
Les citoyens ont exprimé leur souci de voir appliquer le principe de précaution pour tout produit alimentaire issu des modifications génétiques. Le droit de choisir entre des produits OGM et non OGM est la première attente des consommateurs. Ceci est une question de souveraineté alimentaire.
Cependant aujourd’hui, nous sommes confrontés à la pratique de l’introduction des OGM dans l’agriculture Africaine et cette situation nous renvoie à une série de questionnements, à savoir :
comment organiser les ressources limitées dont nous disposons pour faire face à nos besoins illimités et assurer notre existence à la fois individuelle et collective ?
que faut-il produire pour satisfaire nos besoins alimentaires ?
selon quelles modalités ?
quelles sont les conséquences de l’utilisation des résultats du progrès technique dans l’agriculture ?
Les réponses à ces questions font recours à des techniques et sciences nouvelles telles que la biotechnologie, le génie génétique etc. La dernière science est responsable de l’apparition des OGM dans l’agriculture.
Un organisme génétiquement modifié (OGM) est un organisme (animal, végétal, bactérie) dont on a modifié le code génétique (ensemble des gènes) par une technique nouvelle dite de « génie génétique » pour lui conférer une caractéristique nouvelle. Ce processus s’inspire des techniques de sélection, ou de mutation, qui existent déjà dans le monde agricole.
Les trente dernières années ont vu se développer, dans les pays du nord, et singulièrement aux Etats Unis, les techniques modernes de « génie génétique », consistant à introduire un ou plusieurs gènes dans le patrimoine génétique d’un organisme et de construire des organismes dits « génétiquement modifiés » (organismes génétiquement modifiés -OGM- et les micro-organismes génétiquement modifiés -MGM-). Ces techniques permettent de transférer des gènes sélectionnés d’un organismes à un autre, y compris entre des espèces différentes. Elles offrent ainsi potentiellement la possibilité d’introduire dans un organisme n’importe quel caractère nouveau dès lors que le ou les gène(s) correspondants ont été identifiés au préalable.
La transformation génétique peut être effectuée sur de nombreuses espèces végétales, depuis les céréales jusqu’aux légumes ou aux arbres. En tout, ce sont plus de soixante espèces qui peuvent être modifiées. Les OGM les plus avancés correspondent surtout aux espèces de grande culture comme le maïs, la betterave, et le colza. Les gènes introduits sont très divers mais actuellement ce sont principalement des caractères d’intérêt agronomique qui sont les plus développés.
En effet, l’introduction des OGM ne peut rester sans dangers dans l’agriculture africaine, dans la mesure où les exploitants africains doivent s’approvisionner en semences aux niveaux des multinationales productrices de semences.
De ce point de vue face à l’introduction des OGM l’agriculture Africaine s’expose à quatre (4) dangers connus qui sont :
Difficultés dans l’acquisition des semences (importation) ;
Risque de prix élevé des semences ;
Technique de production mal maîtrisée ;
Manque de techniciens spécialisés pour l’encadrement.
La résultante de toutes ces menaces est que l’agriculture avec OGM tend inéluctablement vers une série d’assomptions à savoir :
Monopole de cette agriculture par les multinationales (coûts de semences et prix élevés) ;
Bouleversement des habitudes alimentaires au sud, avec comme corollaire l’apparition de maladies liées au changement dans le régime alimentaire ;
Plus grande dépendance des économies du Sud, donc des économies africaines.
Quelques perspectives citoyennes face à l’introduction des OGM en Afrique
La course au profit favorise le développement technologique ; l’agriculteur doit innover, il ne peut tomber dans la routine s’il veut suivre le développement technique qui, dans tous les secteurs (machinisme agricole, transport, pesticides, engrais, génétique, nutrition animale) augmente ; et pourtant l’Afrique doit pouvoir nourrir ses populations, mais de quelle façon ?
Sûrement en améliorant la productivité du travail, la quantité des biens produits (production en masse). Cette démarche est assurément la voie qui permet de construire des perspectives d’alternatives citoyennes ultimement orientées vers :
une augmentation du nombre d’actifs agricoles pour dégager une main d’œuvre plus nombreuse, ce qui permettrait de réduire ou d’empêcher l’utilisation des OGM ;
une augmentation des surfaces par exploitation agricole ;
un développement des productions de type industriel ;
une protection de certaines cultures comme le coton, le café, le riz, le mais contre l’invasion OGM ;
le développement d’un plaidoyer lobbying par les organisations de la société civile africaine auprès des gouvernements du sud pour plus de résistance aux politiques néolibérales ;
un accroissement des emprunts pour financer l’augmentation du cheptel ou l’acquisition des terres ;
une plus grande spécialisation des producteurs agricoles pour saisir le contour de l’introduction des OGM dans l’agriculture Africaine.
La croissance de l’agriculture, le développement de la technologie par l’exigence de l’utilisation désormais d’un matériel à haut rendement toujours plus perfectionné, les prix qui ne cessent d’augmenter sont autant de facteurs qui poussent les paysans africains à se spécialiser dans la production des biens de consommation de sources agricoles.
Conclusion
Si l’introduction des OGM dans l’agriculture africaine constitue un sujet de questionnement et d’angoisse pour le consommateur africain, il n’en demeure pas moins que les dangers de cette introduction sont aussi controversés.
Il est reconnu que des plantes génétiquement modifiées telles que le maïs, la betterave et le colza possèdent des propriétés de résistance à des insectes ennemis des cultures, ou permettant de réduire la quantité d’herbicides utilisés de façon plus raisonnée, d’utiliser des produits plus respectueux de l’environnement ou de simplifier les itinéraires techniques. En outre, le génie génétique ouvre de nouvelles possibilités, jusqu’alors peu exploitées, en terme d’adaptation des plantes de cultures à des conditions extrêmes telles que la sécheresse, la salinité, le froid ou les maladies (résistance au doryphore de la pomme de terre, par exemple). Le génie génétique pourrait également permettre d’éliminer des substances toxiques produites naturellement par les plantes.
Malgré l’opposition toujours aussi forte du grand public, les OGM conquièrent la planète. Selon la revue Nature, les semences génétiquement modifiées sont en train de conquérir la planète, qu’on le veuille ou non. « Actuellement, quatre pays produisent 99 % de l’agriculture transgénique. Mais les choses sont en train de changer : les politiques sont flexibles, les lois se relâchent, et les semences se déploient » écrit le responsable du dossier spécial sur le sujet, Peter Aldhous.
L’acceptation de cette agriculture biotechnologique n’est toutefois pas acquise dans le grand public, précise-t-on. Alors que les consommateurs japonais s’y opposent avec vigueur, en Europe, la colère gronde. Le lobby pro-OGM y a trouvé des alliés puissants. En Angleterre, le débat est particulièrement acrimonieux. Les écologistes prétendent que chaque champ ayant accueilli des OGM devrait être replanté par des semences traditionnelles pendant plusieurs années. Ce à quoi l’industrie s’oppose vigoureusement pour des questions de rentabilité. La commission sur l’agriculture, l’environnement et la biotechnologie (Agriculture and Environment Biotechnology Commission) étudie actuellement les façons d’implanter une forme de cohabitation. Elle doit remettre son rapport sous peu.
Actuellement, les Etats-Unis sont de loin les plus grands producteurs et utilisateurs d’OGM. « Les semences génétiquement modifiées sont partout, totalisant 40 % du maïs, 81 % du soja, 65 % du canola, et 73 % du coton, et ces proportions continuent de grimper ». La multinationale Monsanto fait face au scepticisme des gouvernements canadien et américain dans sa nouvelle conquête : celle du blé.
Seuls de rares pays ont accepté formellement un avenir transgénique, estime Peter Aldhous. Mais l’industrie marque des points dans les pays où l’agriculture est en croissance. Au Brésil, par exemple, second producteur mondial de soja, on sent un vent favorable au profit des OGM.