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Les rencontres d’Acte Sept : Prendre sa place dans le territoire

Habiter sa culture, dans l’espace et dans l’esprit

Document publié le 6 mai 2007

Mots clefs associés : - Questions de société - Langues et culture - Décentralisation

La culture s’inscrit dans la façon d’habiter le territoire et s’en nourrit. La construction d’une société Africaine bonne pour les Africains passe par une gestion cohérente de ses espaces et de cette culture.

Quelques mots pour désigner à la fois l’espace et sa fonction :
- Somogoya Kènè (espace de socialisation)
- Balo kènè, (espace de vie)
- Lamaga Kènè, (espace de mouvement, de manifestation)
- Ninakili Kènè, (espace de « respiration » de détente)


Depuis l’aube de notre civilisation, l’établissement humain a créé les espaces vitaux à vocation publique dont il a besoin. Constatons ensemble : Dès la naissance du foyer que nous appelons « gwa » qui se réunit en famille que nous appelons « Dou ou encore Lou » le « Dou Kènè, Lou kènè » qui est le premier espace vital en plein air de la famille africaine, ainsi que le « boulon » le vestibule, espace couvert réservé aux aînés.

Le quartier se construit au tour de cette première unité et prévoit automatiquement cette place en son sein. Il en va de même pour le village. La place du village est ce lieu « mythique » d’expression culturelle de la communauté villageoise.

  Les espaces sociaux compromis en milieu rural

La réduction des terres cultivables soumet l’habitat rural à de très fortes pressions foncières.

Il n’est pas rare de voir les cultures d’hivernages toucher les murs des villages. Ces terres étaient appelées Soforow, c’est-à-dire les champs du village destinés à l’extension des habitats du village. Dans la réalité, les détenteurs traditionnels n’acceptent plus de remettre ses terres aux villages comme la tradition le prévoit. Le résultat : les villages restent dans leur dimension initiale. Les jeunes n’ont d’autre choix que de partir ou passer la saison sèche à faire le « bogobara », pétrir le banco comme ils le disent.

Le football, sport nouveau et cependant populaire, n’a toujours pas une grande place dans les villages auprès des aînés. Aussi ils accèdent difficilement à la demande des jeunes pour leur consacrer un terrain de sport qu’ils jugent absolument improductif. Il n’est donc pas rare de voir des villages où il n’y a pas un terrain de sport digne de ce nom. (Il faut savoir qu’un terrain de sport représente environ un hectare de terrain). Seul l’arrivée de l’école va permettre de répondre à ce besoin nouveau des jeunes.

La décentralisation, le développement des communes, le lotissement et l’urbanisation qui risquent de s’ensuivre ouvrent bien des interrogations sur la place qui sera faite aux espaces de vie traditionnelle et moderne.

  Inquiétudes plus fortes encore en milieu urbain

Pour des raisons différentes probablement, les espaces de jeux ne rentrent pas dans la priorité des administrateurs de la cité (les villes) et des nouvelles communes nées de la décentralisation.

Les communes situées dans les banlieues des villes sont atteintes toutes plus ou moins par le virus de l’argent facile avec la vente des terrains.

Dans les villes, on en est aux terrains de 15/20 soit 300 m2. Où peut-on mettre le Doukènè dans 300m2 ? C’est le salon bien meublé qui fera office de Doukènè, mais chacun de nous a fait le constat que cela est illusoire. Pour toutes cérémonies ou manifestations nous allons devoir barrer la rue : pour prier, pour se marier, pour baptiser nos enfants, pour prier sur nos morts, etc.

Pour le sport, à Faladiè SEMA, c’est l’initiative des Baptistes américains qui offre l’espace à nos jeunes.

L’Afrique qui s’efforce de copier l’occident « développé » ne sera-t-elle pas la banlieue du monde promu à l’explosion un jour ? Comme se fut le cas des banlieues françaises il y a quelques années ?

  Une modernisation sous influence

Le Mali a trouvé sa grandeur dans sa propre culture et la bonne éducation de ces enfants ; mais cela a été détruit par des diplômés de l’Europe et les Arabisants. Qu’ont-ils mis à la place ?

Il faut que le pays (les décideurs responsables du pays) se rendent à l’idée que le savoir endogène que nous avons hérité de nos ancêtres est le point de départ, le point d’appui de tout progrès. Au lieu de nous aider à améliorer ce savoir faire, à le capitaliser pour le transmettre, on nous harcèle à longueur de journée de produits et de cultures extérieures à l’état brut sans le moindre effort d’adaptation.

Entre le Mali « officiel » et le Mali réel, le constat de la rupture paraît évident.

Les attentes non comblées par rapport au Gouvernement sont multiples et énormes. La déception a tendance à prendre le dessus aussi bien dans le domaine politique, social, culturel et économique. L’appui du Gouvernement n’arrive pas là où il est attendu, à savoir l’appui aux artisans locaux au savoir local, endogène. Le proverbe dit : si tu refuses les produits de "ton" forgeron tu seras obligé d’utiliser les produits d’un autre forgeron.

Au début de la colonisation, quand il s’agissait d’envoyer les enfants à l’école Française, les autorités traditionnelles ont choisi d’envoyer d’abord les enfants des familles éloignées du pouvoir. (croyant que la domination coloniale serait de courte durée. Il n’en n’a rien été). Ainsi le savoir, le pouvoir, tout comme la richesse, ont changé de main. Et cela n’est pas sans conséquence dans la gouvernance après le départ des colons.

Le salaire du fonctionnaire ne suffit pas au financement du mode de vie occidentale qui nous fascine nuit et jour. C’est pourquoi ils sont obligés de « prendre » le complément soit au Gouvernement ou à la population, cela dépend d’où il se trouve dans le système (dans un bureau ou au bord de la route).

La formation d’une élite pour une société reste une question hautement stratégique. Hier les Jelis et les Noumous que l’on désignait sous le nom de nyamakalas (Griots), c’est à dire ceux qui connaissent le peuple, les hommes de savoir, de caste en somme. Aujourd’hui l’élite qui a reçu le savoir, le pouvoir et la richesse de l’école française devrait jouer ce rôle, cette fonction, afin que le peuple s’y reconnaisse.

Deux élites sont pointées ici comme étant responsables d’un certain échec de la société. Il leur est reproché de ne voir le pays qu’à travers les yeux d’autrui, islamique pour les uns et européen pour les autres.

  Construire une Afrique africaine, mais comment ?

Construire une Afrique africaine ou construire une Afrique française, européenne, américaine, ou autres. Assurément il nous faut :

- a) Par la réarmement culturel des élites africaines, et l’éducation des populations
- b) Cultiver la connaissance de l’histoire africaine en mettant l’accent sur les fondements culturels communs.
- c) Faire confiance aux langues africaines pour la domestication des savoirs universels. Car sans ce vaste mouvement de domestication des sciences et des technologies dans nos langues, nous n’atteindrons jamais la masse critique nécessaire au décollage tout court.
- d) Sans tourner le dos au monde, il nous faut penser notre urbanisation en fonction de notre héritage culturel et de notre environnement actuel.

Par Richard Toé,

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Forum lié à l'article

Habiter sa culture, dans l’espace et dans l’esprit

1er septembre 2007, Sanogo Sidi

Bonjour,
Toutes mes félicitations pour cet article. Je tiens à remercier Mr TOE qui s’est réellement mis au service de la culture malienne depuis son départ en retraite ce qui prouve qu’à tout moment l’Homme peut toujours servir sa nation. Bref, par rapport au contenu du texte j’ai eu assez de difficultés pour faire le lien avec le titre "Habiter sa culture, dans l’espace et dans l’esprit". En effet, je n’apercois pas la part de la décentralisation qui est un domaine que Mr TOE maintrise. Dans son application, des lacunes ont été constatées mais peu d’efforts sont consentis pour les corriger. Par ailleurs concernant la conclusion, je voudrais dire que nous n’allons pas construire une Afrique africaine, ni française, ni américaine, mais de tout et de rien. Nos autorités n’ont pas le sens de l’équilibre dans le développement. Parce qu’on pense que seul le Bamakois a droit à l’électricité, à l’eau potable, à la santé, etc... En outre, je voudrais savoir pourquoi vous avez préféré écrire Jeli et non Djéli ou Diéli en français.
Cher TOE nous comptons toujours sur vous pour éclairer les jeunes générations montantes du Pays.
Sidi

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