Dès lors, de quel développement s’agit-il ?
L’exploitation a drainé un afflux massif de population : mineurs (souvent célibataires), camionneurs, hommes en quête de travail - d’où la dégradation des mœurs de notre Commune, la démultiplication de la prostitution professionnelle ou occasionnelle… en conséquence, la propagation alarmante du VIH dans notre région.
Ces ouvriers travaillent dans des conditions dangereuses : conduite de véhicules vétustes, respiration permanente de poussières, exposition aux émanations toxiques des produits de traitement . Nous constatons le décès ou l’invalidité de dizaines d’ouvriers de l’exploitation.
L’extraction du minerai comme la circulation de véhicules de fort tonnage sur la route Sadiola-Kayes, non bitumée, génère des poussières très importantes en particules respirables, chargées d’arsenic, plomb, cadmium, antimoine… Nous constatons l’augmentation de la fréquence des maladies respiratoires au sein des populations locales, en particulier chez les personnes âgées et les enfants.
Le minerai est traité au cyanure utilisé par dizaines de milliers de tonnes, et rejeté dans le bassin de boues de Sadiola dépourvu de tout revêtement ou, pour l’exploitation annexe de Yatela, revêtu d’un film plastique sans aucun contrôle des eaux de surface ou souterraines. Nous constatons que ni les recommandations formulées dans le rapport Envirolink (1994), ni les lignes directives de la Banque Mondiale dans le domaine minier (1995) sur la qualité de l’eau et de l’air ne sont appliquées à Sadiola. En effet, la SEMOS (Société d’Exploitation des Mines d’Or de Sadiola) ne s’est pas dotée d’instruments de mesure garantissant l’application de ces normes. De plus, malgré leurs lacunes les mesures effectuées à Sadiola demeurent préoccupantes ; ainsi le taux de cyanure total du puits de contrôle BH1 s’élève jusqu’à 0,5 mg/l à la saison des pluies 1998, révélant une contamination des eaux de surface à cette période. (L’EIE Envirolink 1994 préconise un taux de cyanure total maximum de 0,1 mg/l pour les eaux de boisson). Nous constatons de nombreuses fausses couches et décès d’enfants en bas âge dans les villages les plus exposés lors des débordements des bassins à boues…
Nous constatons la perte de cheptel ovin et bovin, la perte de terres cultivables, la violation de nos sites sacrés…
Nous sommes préoccupés du drainage acide minier généré par l’extraction de minerai sulfuré depuis 2002, particulièrement dans la carrière principale de Sadiola ainsi que les carrières satellites - provoquant à moyen et long terme l’infiltration de métaux lourds jusqu’aux nappes phréatiques.
L’eau, l’air et la terre de Sadiola sont menacés. La survie de notre population est menacée.
Aujourd’hui se profile la calamité écologique sur notre région. Demain, qu’en sera-t-il de Sadiola ?
Enfin, les exploitations minières se multiplient sur le Mali. A Syama, aujourd’hui désaffectée, les populations meurent tout doucement de maladies non diagnostiquées. Les eaux souterraines et les eaux de ruissellement sont polluées. Les mines de Morila, Loulo sont entrées à leur tour en production. Les explorations se poursuivent intensivement sur tout le territoire malien. Nous exigeons la mise en place d’un contrôle fiable des normes environnementales sur ces exploitations, afin de protéger la santé des populations locales.