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Le consensus des peuples face au consensus du G8

Mondialisation néo libérale et média

Economie et société de l’information

Document publié le 2 juin 2003

Mots clefs associés : - Société de l’information - Privatisation - Mondialisation

La mondialisation de l’information et les progrès incessants des techniques de communication accentuent la dépendance des médias africains dans leurs infrastructures (ce qui a été constant) mais aussi dans leurs support et dans leurs contenus.

LA MONDIALISATION est la transformation d’une économie internationale en une économie mondiale, caractérisée par une concurrence généralisée où les nations sont intégrées, sur une base privée et non politique, dans un espace économique mondial qui échappe en partie au contrôle des Etats.

LE NEO-LIBERALISME est une forme renouvelée du libéralisme, qui permet à l’Etat une intervention limitée sur le plan économique et juridique.

LES MASS-MEDIAS sont l’ensemble des moyens de diffusion de l’information destinée au grand public ( presse écrite, radio, télévision, cinéma, affichage).


En se fondant sur ces trois définitions nous pouvons dire que les trois concepts vont ensemble dans le monde que nous venons actuellement. L’ordre néo-libéral proclame la liberté de l’information depuis que l’Etat a renoncé à son monopole sur les moyens de communication en occident. L’abondance des réseaux et l’avènement de la société de l’information vaudraient promesse de pluralisme et garantie de la liberté d’expression. En réalité les grands industriels et les grosses banques sont aux postes de commande, la concentration des médias s’accélère. La presse professionnelle est aux mains d’un éditeur dominant. La radio subit l’influence des grands réseaux commerciaux sous couvert de déréglementation, la disparition des monopoles publics est relayée par l’édification de monopoles privés. Le pouvoir de l’information fait l’objet de ce transfert d’une puissance à l’autre. L’organisation de l’édition française est en voie de devenir un quasi-monopole d’Hachette. Un nombre croissant de quotidiens régionaux en France obéit à un actionnaire identique (Socpresse ou Hachette).

Les mêmes formes sont présentes dans plusieurs catégories de médias. Des positions sont cumulées », par exemple par Vivendi Universal (audiovisuel, édition, multimédia, télécommunications) ; par Lagardère ( édition, presse, radio et multimédia) ; par Bouygues ( télévision et télécommunication) ; par Pinault (presse, télévision et distribution de produits culturels).

Le grand magazine français l’Express, créé pour soutenir Pierre Mendés France et combattre les guerres coloniales, vient d’être acquis par un marchand d’armes (Serge Dassault possède 30% de la Socpresse, propriétaire du groupe de presse que Vivendi vient de céder, et il a vocation à y devenir majoritaire.
Les deux groupes français d’ armement qui vivent des commandes de l’Etat, Dassault et Matra-Hachette, contrôlent près des deux tiers du tirage de la presse magazine hexagonale.

L’emprise des groupes capitalistes n’est pas propre à la France. En Italie, Silvio Berlusconi, actuel premier ministre, qui en tant que Président du Conseil italien, régit l’avenir des chaînes publiques. Il est également propriétaire de trois des sept chaînes de télévision privées de journaux et de maisons d’édition.

Dans le monde anglo-saxon, Rupert Murdoch, contrôle certains des périodiques britanniques et américains les plus diffusés (the Times, the Sun, the New York Post), un système de télévision par satellite ( BSKYB) et un réseau de télévision et de cinéma (Fox).

En Allemagne, Bertelsmann (édition, audiovisuel et service multimédias) n’a plus de concurrent depuis l’effondrement de Kirch.
Aux Etats-Unis, six groupes contrôlent plus de la moitié du secteur de l’édition, de l’information et du divertissement.
Au Mexique, au Brésil, au Venezuela, les médias orientent la vie politique. Dans ce dernier pays ils ont même joué un rôle de premier plan dans l’organisation d’un coup d’Etat.

Ces entreprises de presse prétendent néanmoins établir un lien entre leurs propres intérêts et leurs rôles de « contre-pouvoir ». Elles se présentent comme un acteur essentiel de la démocratie et de la liberté. Et elles assimilent la pratique du journalisme tel qu’il est à une condition sine qua non de cette démocratie.

La question des médias est donc plus que jamais centrale pour qui veut comprendre les fondements de l’ordre néo-libéral, économique et idéologique. Les grands médias occidentaux déforment parfois la réalité qu’ils prétendent observer et servent la domination néo-libérale de plusieurs manières.

Le rôle idéologique de ces médias est souvent direct : accompagnement des politiques capitalistes et guerrières des gouvernements occidentaux ; traitement biaisé des mouvements sociaux.

Dans la presse écrite et audiovisuelle française, le thème de « l’insécurité » a été deux fois plus médiatisées que celui de l’emploi et huit fois plus que celui du chômage au cours du mois de mars 2002, c’est à dire quelques semaines avant le premier tour des élections présidentielles. L’effet d’imposition par la déclinaison unique de tous les sujets sous l’angle de l’insécurité (école , jeunesse, transports, sports, quartiers populaires) redoublé par un mode de traitement journalistique qui simultanément, escamote les questions relatives à l’insécurité et l’économie (accidents du travail, infractions aux lois du travail, maladies professionnelles, chômage et précarité).

  DES SCHEMAS DE PENSEE MARCHANDS Retour à la table des matières

Les médias produisent et diffusent des marchandises. Les conséquences sont diverses :
- Ils se présentent comme des entreprises mercantiles : Les journaux et les radios parlent d’eux mêmes comme de « marques » et déterminent leurs priorités éditoriales en fonction de la « demande » des « consommateurs ».
- Ils délèguent la formation des journalistes à leurs futurs employeurs, choisissent l’établissement auquel ils versent leur taxe d’apprentissage, déterminent l’admission des élèves en siégeant dans les jurys d’entrée au conseil d’administration des écoles privées (au C.F.J : Vivendi, le Monde , l’Usine nouvelle). Les écoles ont souvent pour souci prioritaire non pas de préparer à une information citoyenne, mais de s’adapter aux « besoins des recruteurs », de savoir « répondre aux évolutions du marché » et aux « nouvelles demandes des entreprises ». L’enseignement s’en ressent, aucune critique de l’ordre médiatique ne subsiste.
- Ils véhiculent « spontanément » une pensée de marché. La pensée unique, c’est le marché dans la tête. Car la censure est plus efficace quand elle n’a pas besoin de se dire quand les contraintes sont intégrées par le journaliste, les espaces de liberté enclos, quand les intérêts du propriétaire miraculeusement coïncident avec ceux de l’information. Comme l’explique Alain Accardo, c’est sans pression apparente ou en tout cas sans pression de tous les instants-que bien nombre de journalistes agissent tel le pélican qui « pond un œuf tout blanc. D’où sort, inévitablement un autre qui en fait autant. »

La pensée de marché a pour principale caractéristique de nier l’intérêt du débat démocratique en le confinant à une discussion sur les meilleurs moyens de mener la même politique.

  QUE FAIRE POUR CHANGER LE COMPORTEMENT DES MEDIAS DANS L’ORDRE NEO-LIBERAL ? Retour à la table des matières

Si les médias de masse exercent un quasi monopole du journalisme, ils n’ont pas le monopole de l’information. De nombreux journalistes expriment un jugement très sévère sur leur pratique. Pour changer cette situation, je propose
- L’aide aux syndicats des journalistes et aux associations de presse quand ils se battent pour poser une information libérée des contraintes du rendement et des soumissions aux préférences des propriétaires de médias. Relayer leurs critiques et leurs propositions, leurs combats contre la répression antisyndicale qui existe dans le monde des médias comme ailleurs. Appuyer le renforcement de la capacité des associations de presse dans leur lutte pour le triomphe de la liberté de presse.
- La vision pour l’extension et le renforcement du service public afin de soustraire l’information du statut de marchandise. La logique de la concurrence entre un secteur privé et un secteur public sous-financé et livré à la publicité conduit à la dégradation mécanique de l’information publique. Le mouvement social doit appuyer la bataille pour la défense de la propriété publique dans les médias, et du service public dans les médias publics
- L’interrogation sur les conditions de la participation des acteurs du mouvement social aux émissions des grands médias auxquelles il peut être invité. Cela revient à rendre difficiles les gestes trop faciles, comme le consentement à une médiatisation spectacle parfois maquillé en une contribution à des « débats »
- L’un des moyens par lesquels les médias tentent de civiliser et de discipliner les opposants à l’ordre néo-libéral, c’est l’invitation à participer à des « débats ». Avec la crise irakienne certains médias ont découvert que la lutte contre la mondialisation capitaliste constituait à la fois un sujet incontournable et vendeur. Des contestations ne devraient ni se taire sur les médias ni oublier de rappeler le rôle de la presse dans la mise en place et dans l’imposition de la pensée de marché.

  LES MEDIAS EN AFRIQUE FRANCOPHONE Retour à la table des matières

En Afrique francophone, la nouvelle presse a contribué dans les années 90 à exprimer des revendications de justice et de liberté et l’exigence du pluralisme et de la démocratie. Cette nouvelle presse a surtout dénoncé les abus et les scandales, mettant fin à près de trente ans de monopole étatique. On a assisté avec elle à l’ouverture politique qui a suscité des débats virulents opposant les différents courants d’opinion politique dans les pays d’Afrique francophone.

Le journaliste est devenu, chez nous, un acteur incontournable de la vague de démocratisation des régimes politiques. Ce rôle d’éclaireur de l’opposition a redoré le blason d’une profession qui en avait besoin.

A partir de 1992, la situation se modifia. Une nouvelle législation de la presse accompagnait l’introduction de multipartisme. En plein cœur adoptant une législation restrictive pour se prémunir des débordements de la nouvelle presse privée d’opinion. Au Cameroun une loi du 19 décembre 1990 relative à la communication oblige les journaux à déposer deux exemplaires quatre heures avant la diffusion au préfet. L’article 14 rend possible une « censure partielle ou totale pour atteinte à l’ordre public et aux bonnes mœurs ». En Mauritanie, l’article 11 d’une ordonnance de 1991 permet au pouvoir de sanctionner la presse sans même avoir à motiver son geste. Au Togo, le général Eyadema s’appuya sur l’armée et les forces de sécurité pour faire occuper ou saccager les locaux des journaux opposants. Le 22 janvier 1992, des militaires mirent à sac les bureaux du courrier du Golfe. Son tort c’est d’avoir accusé les militaires d’être les auteurs d’attentats au Togo. Un code de la presse adopté en avril 1991, condamnant « l’incitation à la violence et les troubles à l’ordre public » ainsi que « l’offense au chef de l’Etat, » provoqua de multiples condamnations.

  A LA RECHERCHE D’UN SECOND SOUFFLE Retour à la table des matières

Dans un premier temps, la dénonciation des autorités, des abus et des scandales attirait un public irrité par la langue de bois des médias gouvernementaux. Toutefois l’inexpérience de ceux qui parfois s’improvisaient journalistes, l’absence de ressources publicitaires, le prix élevé du papier importé, la surenchère des accusations, la lassitude du lectorat et son faible revenu financier sont à la base de la disparition de plusieurs titres. Ceux qui restent font preuve davantage de professionnalisme. La formation des hommes de média à l’acquisition de connaissances fondamentales et aux questions de gestion, devrait permettre aux journalistes d’attirer les lecteurs par une information utile, adaptée et d’intérêt public plus que par une répétition continue de slogans politiques.

  LES DERAPAGES Retour à la table des matières

Plusieurs Etats africains ont engagé des poursuites contre les journaux accusés de provoquer la haine ethnique ou religieuse. De nombreux journaux (parfois étatiques) font aussi preuve de xénophobie et appuient des mesures contre les étrangers en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Zaïre. Le journalisme à sensation, la diffamation ou les accusations sans fondement, la corruption des journalistes sont inévitables, rançon de la liberté de presse accrue.

La mondialisation de l’information et les progrès incessants des techniques de communication accentuent la dépendance des médias africains dans leurs infrastructures (ce qui a été constant) mais aussi dans leurs support et dans leurs contenus.

Le développement des médias accentue la dépendance de l’étranger (surtout la télévision avec les satellites) : dépendance technique au niveau des équipements, dépendance économique au niveau de capitaux étrangers dans des médias africains ou des offres de production ; dépendance culturelle par la diffusion de dépêches, d’émissions, de modes étrangères. Ainsi les radios et télévisions étrangères, plus encore que la presse écrite, influent-elles sur la vie politique en Afrique sub-saharienne. Elles sont plus crédibles aux jeux des dirigeants eux-mêmes que les médias nationaux.

Seule une information professionnelle, adaptée aux réalités de leur pays, peut rendre les journalistes africains crédibles.

Le journalisme africain continue d’avoir ses martyrs soumis aux arrestations arbitraires et aux attentats parfois meurtriers, il y a aussi ses brebis galeuses jouant de la corruption ou propageant la haine ethnique.

Enfin, les médias en Afrique ont encore un long chemin à parcourir pour mener la lutte véritable contre le sous-développement, répondre aux questions que se posent les lecteurs et contribuer à forger une identité africaine.

Par Ibrahima Labasse Keïta,

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