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Le consensus des peuples face au consensus du G8

Les autoroutes de l’information et la privatisation de la Sotelma

Privatisation des biens et services communs de l’humanité : cas des télécommunications

Document publié le 1er juin 2003

Mots clefs associés : - Société de l’information - Privatisation - Mondialisation

Le retour en force de la doctrine économique libérale dans les années 1970/1980 aux Etats-Unis et dans quelques pays européens a suscité un vaste mouvement de déréglementation, ou de dérégulation, notamment dans les domaines des transports aériens et de la finance.

Les télécommunications n’ont pas échappé à cette tendance. Le capital étranger a pris le contrôle ou une participation majoritaire dans pratiquement toutes les entreprises privatisées, s’assurant de cette manière une domination sans exemple jusque-là sur l’économie du monde.

Sans nier le fait que les investissements étrangers peuvent jouer un rôle dans le développement économique du pays, il faut reconnaître qu’actuellement le coût pour les pays pauvres est plus grand que le bénéfice qu’ils peuvent en retirer. En capitalisant la dette, les nouveaux partenaires étrangers n’apportent ni capitaux frais ni nouvelles technologies ni nouveaux marchés en devises. Ils acquièrent un actif à un prix très avantageux et très bas qui leur donne à bref délai des bénéfices spéculatifs substantiels, contrôlent des entreprises en bon état de fonctionnement et présentant souvent un caractère stratégique.

On mesure le danger pour la sécurité nationale que représente le contrôle étranger sur les entreprises du secteur des télécommunications. Tout aussi évidente est la retombée négative de la privatisation (avec son lot de déflatés donc de nouveaux pauvres) sur la lutte contre la pauvreté.


EXEMPLE DE BIENS COMMUNS DE L’HUMANITE : LES AUTOROUTES DE L’INFORMATION

En quoi est-ce que ces infrastructures appartiennent-elles à l’humanité

Il faut reconnaître que la globalisation de l’économie mondiale se base essentiellement sur les infrastructures de télécommunications. Rien désormais ne peut se faire dans les hautes finances sans la mise en œuvre des autoroutes de l’information.

Les télécoms sont les vaisseaux sanguins qui irriguent le corps de l’économie mondiale. Ces biens de par leur mise en œuvre sont un patrimoine utilisé par toute l’humanité en bonne intelligence. Biens appartenant aux différents Etats, les équipements de télécommunications de par le monde forment une chaîne continue dont les maillons ne reconnaissent pas de frontières.

Toutefois, avec la privatisation des opérateurs historiques dans presque tous les pays du monde, ces biens appartiennent de plus en plus à des individus et à des grands groupes privés, qui ne voient que l’aspect rentabilité de ces infrastructures. Toutes choses qui rendent inaccessibles les autoroutes de l’information aux ¾ de la population mondiale. Voilà le grand danger du marché planétaire. Tous les pays sont passés à la trappe, et comme le disait un jour Mme Aminata D Traoré : « Les dés sont pipés » . Le Mali, notre pays ne fera pas exception.

PRIVATISATION : CAS DE LA SOTELMA

Inscrite dans le programme gouvernemental de la reforme économique, la privatisation de la Sotelma est, depuis quelques années, gérée de manière chaotique. Le cadre réglementaire (Déclaration de Politique Sectorielle, DPS) a été tracé, mais apparemment personne ne sait qui doit faire quoi.

Les deux volets de la reforme du secteur des télécoms au Mali sont la privatisation de l’opérateur historique et la libéralisation du secteur. Le chronogramme concocté par la défunte cellule technique d’appui à la reforme des télécoms (CTART) et approuvé par la Banque Mondiale prévoyait en premier lieu la privatisation de la Sotelma et un régime d’exclusivité de cinq ans avant la libéralisation. Ce, dans le noble but de permettre à la Sotelma de se mettre à niveau pour mieux affronter la concurrence. Mais à la surprise générale, le secteur a été libéralisé avant la privatisation de la Sotelma.

Actuellement la cellule d’appui à la privatisation (CAP) est entrain de travailler à trouver la stratégie la plus adaptée en la matière. Cette cellule travaillera sous la lumière d’un comité inter-ministériel chapeauté par le SEGAL du ministère de tutelle.

Des préalables ont été posés pour le début effectif du processus. Mais à la volonté politique de privatiser il manque le courage politique de faire les premiers pas car la vache laitière est encore productive.

Pourquoi le syndicat de la Sotelma veut aller à la privatisation le plus rapidement possible ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le syndicat de la Sotelma a hâte de voir aboutir cette transaction. Cela ne se justifie pas par la seule mauvaise gestion exhibée comme le mobile de la privatisation ; mais aussi par les pesanteurs du politique qui empêchent la Sotelma d’investir à bon escient.

Il est bon à rappeler les investissements colossaux (hors mission) faits par la Sotelma pour la couverture télévisuelle du Mali et ceux faits pour le prestige de la CAN. Tout cela n’a pas servi à donner le téléphone aux maliens mais au contraire à le priver d’un bien qui n’est pourtant plus un luxe. Nous voulons donc aller à la privatisation pour nous sortir des contraintes des politiciens véreux qui n’ont pas le souci de ce pays.

Mais quelle privatisation ?

Nous savons qu’il y a une éthique dans la mondialisation qui puisse nous épargner les dangers du marché planétaire. IL s’agira de donner la priorité aux apporteurs locaux de capitaux dans la géographie du capital de la nouvelle Sotelma . Le syndicat est entrain de préparer une stratégie qui aura l’avantage de prendre en compte les attentes des travailleurs.

Le rôle des syndicats dans la privatisation

Le rôle traditionnel d’un syndicat dans la privatisation est la défense des seuls intérêts des travailleurs en veillant à la meilleure gestion de la dimension sociale. Toutefois ce rôle a tendance à être assez nuancé car si avant, les syndicats cherchaient coûte que coûte à éviter les dégraissages, actuellement il s’agit plutôt de bien accompagner les partants dits « volontaires ».

Les syndicats sont apparemment associés à la transaction de la privatisation. En réalité les grandes décisions se prennent contre leurs avis. La technique utilisée c’est de faire représenter les syndicats par un petit nombre de personnes (une ou deux) dans les instances de gestion de la privatisation (comme la cellule d’appui à la privatisation à la Sotelma). Ce petit nombre est noyé dans le grand groupe d’administrateurs non soucieux de la sauvegarde de l’emploi des pauvres travailleurs.

Les syndicats conscients de la non prise en compte de la dimension sociale, montent de plus en plus au créneau pour non seulement dénoncer cet état de fait, mais aussi pour faire fléchir la position des autorités (qui dès fois se retrouvent repreneurs de l’entreprise à privatiser).

L’actionnariat salarié proposé comme mesure incitative se révèle être un leurre car il est incontestable que les travailleurs ne sont nullement en mesure de faire suffisamment d’économies pour acheter des actions, malgré les mécanismes de financement prévus par les gouvernements. Si bien que les syndicats se voient contraints de revoir à la baisse leur prétention sur la répartition du capital.

Les conséquences de la privatisation

La privatisation peut conduire à une perte du contrôle public sur la politique économique du pays. Dans les pays les moins avancés, le contrôle des entreprises publiques représente un instrument majeur de la politique économique au service du développement, de la stabilité économique et d’une plus grande prospérité pour la majorité de la population. Cet instrument est mis en cause par la politique actuelle de privatisation. Certains secteurs stratégiques de l’économie nationale (télécoms, électricité/eau, santé) passent sous le contrôle de groupes privés et du capital transnational.

La privatisation est un grave danger pour la croissance économique du pays puisqu’elle représente le transfert partiel ou total d’un secteur sobre (le secteur public) à un secteur plus dispendieux (le secteur privé). La direction de l’entreprise privatisée cherche dans l’immédiat à maximaliser les bénéfices, sans considération du progrès technologique ni de la stabilité de l’entreprise et des investissements à long terme. Ce dont il s’agit ici, c’est du choc des intérêts mercantiles et de l’intérêt public à l’efficacité sociale, mesuré aux acquis du développement économique et à la prospérité de la population.

Le Chômage, la misère matérielle et plus encore morale, causés par les privatisations sont à la base de l’émergence de l’intégrisme religieux et du fondamentalisme ethnique.

CONCLUSION

Les privatisations font partie de l’esprit du temps. La transnationalisation des firmes, l’affaiblissement des régulations étatiques, l’obsolescence du concept de souveraineté sont les nouvelles caractéristiques d’un monde devenu un village dont le chef est celui qui détient les armes. C’est la marchandisation du monde.

Tout cela a été préparé de longue main dans les départements d’économie des universités américaines. Ces derniers ont progressivement réussi à coloniser la quasi-totalité des facultés d’économie de la planète. Ainsi est née ce que l’on a appelé la pensée unique. « Ce n’est pas la pensée qui est unique, c’est la réalité » disait Alain Minc, le technocrate libéral. IL s’agit en fait du règne sans partage d’une conception du monde fondée sur le libéralisme économique à outrance où tout est dicté par un seul maître. Nous ne sommes donc pas loin de l’apothéose du marché. Ceux qui y résisterons seront combattus sans ménagement.

Tout n’est certes pas condamnable dans les évolutions qui se produisent sous le nom de mondialisation/globalisation, mais c’est l’approche qui est très souvent perverse. C’est d’ailleurs pourquoi on parlera souvent de l’éthique de la mondialisation, qui est le combat quotidien des organisations comme Jubilé 2000. Ce combat est noble et leurs animateurs sont à magnifier.

Nous remercions les organisateurs de ce forum qui, un jour permettront aux nantis de se retourner pour jeter un coup d’œil sur la majorité de la population mondiale qui ne demande qu’à vivre décemment sans guerre, ni faim ; mais aussi sans relation dominants/ dominés.

Bravo Jubilé 2000

© penserpouragir.org, 2003


Forum lié à l'article

privatisation de la SOTELMA ?

16 juin 2003, bjaffre@csdptt.org

Cher monsieur, Je suis particulièrement heureux de pouvoir débattre avec vous sur ces questions.
Je viens de lire votre intervention concernant la privatisation de la SOTELMA au fourm de Siby. Je vous ai envoyé de façon exclusive un document que j’ai rédigé récemment qui doit bientôt être publié sur le bilan des privatisations des opérateurs en Afrique. J’espère qu’il sera rendu public le plus rapidement possible mais nous pouvons en tirer quelques conclusions :

1 Dans de nombreux pays et pas des moindres, la privatisation se traduit par un conglit entre l’Etat et le partenaire stratégique faute pour ce
dernier de satisfaire à ces obligations (Ghana Guinée)

2 La où la privatisation a "réussi", et il y aurait encore à dire cela se traduit effectivement par un développement important du réseau mais
par un fort rappatriement de bénéfices au projet de l’opérateur stratégique. En général l’opérateur était déjà en bon état et c’est souvant par la
pression des bailleurs de fonds qu’il a du être privatisés.

3 Les opérateurs africains qui cherchent actuellement à être privatisés et il en reste encore beaucoup, ont toutes les peines du monde à trouver un partenaire stratégique ceux-ci cherchant à prendre des parts le moins cher possible avec le moins d’obligation possible, situation qui s’est particulièrement aggravé depuis la crise qu’a touché le secteur des telecoms. Ainsi le FMI et la Banque Mondial ont du accepter un
moratoire de deux ans pour le privatisation de la CAMTEL qui avait déjà choiss succerssivement deux partenaires stratégiques qui se sont
touts les deux retirés pour ne pas pouvoir satisfaire à leurs obligations.

Tout votre texte est plutôt orienté vers des critiques relatives au processus de privatisation. Le seule argument que vous avancez est celui des
pesanteurs qui pèsent sur le secteur public. Pour alors ne pas lutter pour lever ces pesanteurs ? N’est-ce pas ce que vous avez obtenu en parti lors du blocage que vous avez organisé de l’interconnexion de l’IKATEL ? Si les seuls obstacles sont des difficultés d’obtenir des prets et la lourdeur du code des marchés publics, pourquoi ne pas en faire votre revendication plutôt que de demander la privatisation. Pensez-vous que la façon dont les opérateurs privés emportent les marchés se font en toute transparence ? Pourquoi ne pas demander un meilleur contrôle du syndicat de la gestion de l’opérateur et pourquoi pas qu’il soit représenté lors de l’attribution des marchés pour en vérifier la transparence.

Enfin notre proximité avec de nombreux salariés de la SOTELMA grâce à la collaboration que nous menons avec l’AVDTM (association des volontaires pour le développement des télécommunciations au Mali) montrent une grande envie de prendre la destinée de la SOTELMA en main et de nombreux agents ne demandent qu’à s’engager pour le développement du service public dans votre pays pour peu bien sur que le
travail et l’engagement soit mieux valorisé, qui ne sera pas à lordre du jour lorsque la SOTELMA sera privatisé. Bruno Jaffré CSDPTT
(Coopération Solidarité Développement aux PTT)

Voir sur le site http://www.csdptt.org

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