En s’étendant sur environ 15 km entre le port de Dakar et Rufisque, la baie de Hann fût selon certains, l’une des plus belles au monde. En étant aujourd’hui le réceptacle d’importants volumes d’eaux usées domestiques et industriels, et de déchets ménagers, la baie de Hann est une illustration de la délicate cohabitation entre sites industriels et zones d‘habitation.
Il y a 30 ans cette zone a été le théâtre d’un développement industriel et manufacturier sans précédent qui a eu pour conséquence de concentrer plus de 70 % des industries du pays entre la zone portuaire et Rufisque. Sans réseau d’assainissement développé et en l’absence de législation environnementale, les entreprises ont déversé leurs rejets sans aucun traitement. Cette situation est à l’origine d’effets négatifs sur l’environnement et la santé des populations.
En effet, les rejets industriels et domestiques, ont rendu les eaux de la baie impropre à la baignade et beaucoup moins propice aux habitats écologiques. C’est pour cela qu’en 2002 les autorités ont prescrit un plan d’actions pour la réhabilitation du milieu. La première action a consisté à appliquer le principe « pollueur-payeur » à travers la taxation des activités polluantes. La deuxième initiative est le programme, soutenu par les Pays-Bas, de nettoiement, et qui a commencé à redonner à la baie son visage d’antan. Enfin, la dernière action en cours est l’ambitieux projet de dépollution élaboré par les autorités en charge de l’Environnement et de l’Assainissement pour une épuration des rejets liquides. Il a reçu en 2008 le soutien de l’Agence Française de Développement (AFD) et de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), matérialisé par un prêt d’environ 30 Milliards de FCFA.
En qualité d’opérateur national, l’ONAS est chargé de la concrétisation de cet investissement. A l’horizon 2014, un collecteur de près de 13 km recueillera l’ensemble des eaux usées industrielles et domestiques de la baie et les acheminera à une station d’épuration avant rejet au large via un émissaire sous marin. Ce projet est innovant car il s’accompagne de la création d’une redevance d’assainissement industriel. Acquittée par les industriels raccordés au collecteur, elle permettra de pérenniser ce service de collecte et de traitement. En outre, les industriels devront mettre en place les prétraitements nécessaires avant le raccordement au réseau. Les modalités techniques et financières de ces raccordements seront traitées via des conventions de déversement spécifiques discutées entre chaque industriel et l’ONAS, avec la caution de la DEEC.
Les organisations patronales sont conscientes de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) du secteur privé. Ainsi, les négociations initiées par le Ministère chargé de l’Environnement, ont permis d’avancer sur l’élaboration d’un protocole d’accord avec l’Administration pour donner un cachet officiel à l’engagement des Parties.
Dans la même optique, une réflexion est en cours pour identifier les moyens d’appuyer les démarches de mise aux normes des industriels. Ainsi, des allégements fiscaux ciblés pour ce type d’investissement, ou encore l’extension au domaine de l’environnement, du programme de Mise à niveau - déjà accessible aux entreprises sénégalaises -, sont explorés.
La mise en place de prétraitements, l’amélioration des process, la multiplication des laboratoires agréés de mesures, … sont, entre autres, autant d’opportunités de génération de revenus et de création d’emplois pour les structures privées qui investissent ce secteur.