Qu’est ce que le forum des peuples ?
Partie intégrante du Forum social mondial et du Forum social Africain, le Forum des peuples est un espace populaire d’éducation, de communication, d’information, d’échange, de revendication et de construction des alternatives citoyennes.
Le Forum des peuples se tiendra en marge du G8 prévue du 1er au 3 juin 2003 dans la ville d’Evian en France.
Le Forum des peuples demande à l’ensemble des mouvements sociaux du Sud et du Nord à se mobiliser pour la construction « du consensus des peuples face au consensus du G8 »
Quels sont les objectifs du forum des peuples, édition 2003 ?
Créer une opportunité collective nationale et sous - régionale d’éducation populaire, d’information, de réflexion, de débats et de propositions alternatives sur les types de développement que les peuples souhaiteraient promouvoir.
Contribuer aux débats sur la mise en route d’un tribunal populaire d’arbitrage sur les crimes d’endettement.
Contribuer à la mobilisation des citoyens pour la construction du consensus des peuples africains.
Tenir informer de façon instantanée le G8 à Evian /France des débats, des réflexions, des propositions alternatives de solutions au défi du développement de l’Afrique par le forum des peuples à Siby.
Faire du cadre de suivi et de concertation créer par la première édition du forum des peuples, un cadre de plaidoyer sur : les règles de l’OMC, le NEPAD, Accord de Cotonou, l’AGOA, dette/CSLP
L’appel du Forum des peuples pour :
L’Annulation inconditionnelle et totale de la dette des pays du Sud
Les peuples du Sud ne doivent rien !
Car en 20 ans, le tiers -monde a déjà remboursé 6$ pour 1$ emprunté. Et on lui exige encore 4$. Par la résolution obligatoire de l’équation : 1- 6 = 4, la dette est devenue un garrot au cou des pays du Sud (Djongna juru, ce qui signifie en langue locale bambara : la dette de l’esclavage). Cette dette étrangle les peuples du Sud et constitue un frein à leur développement. N’ayant pas de quoi payer, les gouvernements du Sud sont obligés de contracter de nouvelle dette pour rembourser des dettes plus anciennes. Depuis plusieurs décennies, les pays du Sud sont emprisonnés dans le cercle infernal de l’endette ment, mécanisme de transfert net de richesses du Sud vers le Nord, et non inversement.
Le fardeau de la dette est insupportable et inacceptable. Selon Kofi Annan, Secrétaire Général de l’ONU, « en 2000, le service de la dette s’élève en moyenne à 38% du budget des Etats d’Afrique Subsaharienne ». Au détriment de leur peuple, cette région de l’Afrique a remboursé en 2000, près de 15 milliards de $US de dette aux pays riches et aux institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale etc.)
Le Mali avec un total de dette publique extérieur de 1723,7 milliards de FCFA en 2002, a remboursé 77,8 milliards de FCFA. En 1999, la répartition des dépenses publiques était en proportion de :
52,2 milliards de FCFA en 1999 et de 77,8 milliards de FCFA en 2002 pour le service de la dette.
20 milliards en 1999 et 36,1 milliards en 2002 pour les dépenses de santé,
38,1 milliards en 1999 et 75, 4 milliards en 2002 pour les dépenses d’éducation.
10,2 milliards en 1999 et 84,3 milliards en 2002 pour les dépenses de sécurité militaires.
Malgré les mesures d’allégements dont l’initiative PPTE/CSLP, le service de la dette continue de s’accroître. Il passe de 43,5 milliards de FCFA en 1998 (date à la quelle le Mali a été déclaré éligible à l’initiative PPTE) à 67,3 milliards de FCFA en 2001, soit un accroissement de 54,7%.
Les peuples du Sud ne doivent rien ! Car nous avons déjà payé la dette plus de 4 fois plus qu’en 1980. Nous devrons choisir entre la vie et la dette ! La dette doit être abolie pour libérer le développement.
L’annulation de la dette, la restitution des ressources qui sommeillent dans les banques du Nord et les réparations sont aujourd’hui des alternatives pour le développement social et économique des pays du Sud.
Les règles du commerce international sont mortelles pour les peuples du Sud et doivent être transformées.
La façon de faire de l’OMC est contraignante pour les gouvernements du Sud élus démocratiquement. Les pays du Sud pour se développer doivent pouvoir choisir à leur volonté leur politique de développement, d’investir dans les industries de leurs propres secteurs publics et privés et d’envisager leur extension. L’OMC doit savoir que les pays du Sud ont le droit en toute souveraineté de déterminer quand ? et comment ? Ouvrir leurs marchés au commerce international.
Les paysans du Mali ne comprennent pas pourquoi les riz d’importation subventionnés venant de la Malaisie, de la Thaïlande et de l’Indonésie parcourant des milliers de Km, peuvent être moins chers que le riz produit localement. Plus de 2 millions de paysans et paysannes maliens souffrent des subventions américaines au coton en Afrique.
Le pouvoir des entreprises multinationales doit être soumis au droit international et à une régulation démocratique
Les interférences des multiplicités d’accords de partenariat agissent contre le développement des pays du Sud
AGOA (l’Acte des Etats- Unis de la Croissance et de l’Opportunité Africaine) est présenté comme une opportunité de développement de l’industrie textile du Mali, de ses exportations de tissus et des produits confectionnés à base de coton (le journal Echo du Mali, N° 4).
Entrant dans le cadre de la nouvelle politique africaine des Etats Unis, AGOA est présenté par ses concepteurs américains comme un outil de facilitation des échanges commerciaux avec les pays africains et de promotion des investissements selon le concept « trade no aid » ( l’échange et non l’aide).
L’AGOA est loin d’être une opportunité de développement pour le peuple du Mali, pour les peuples de 48 pays de l’Afrique subsaharienne visés. Non ! AGOA fait parti du nouveau dispositif colonial des USA en direction des Etats africains. Cet « instrument de la classe dirigeante américaine » est mis en exploitation à travers le forum de l’AGOA par « les hommes d’affaire états - uniens » soutenus activement par « leurs courtiers africains » (les classes dirigeantes africaines/ secteur privé) dans l’objectif de promouvoir l’implantation des transnationales américaines dans les Etats africains notés éligibles par le Président des Etats Unis. Lesquels états africains doivent remplir les conditions imposées : suivre la politique étrangère des Etats - unis, liquidation de tout ce qui est propriété publique, soumission aux diktats des compagnies étrangères, élimination des contrôles des prix, abaissement des barèmes de salaires et des conditions de travail etc.
L’accord de Cotonou ou accord de partenariat ACP - UE fut signé le 23 juin 2000 entre les 15 états de l’Union Européenne et les 77 pays ACP (Afrique - Caraïbes- Pacifique) pour une durée de 20 ans. Faisant suite aux accords de Lomé (1975 à 2000), Cotonou se donne pour priorités : l’éradication de la pauvreté et l’insertion des Etats Africains dans l’économie mondiale dans le respect des règles de l’OMC.
L’Afrique participe à la construction de l’économie mondiale depuis plus de 5 siècles. La lutte contre la pauvreté sera difficile voir impossible tant que le moteur de l’économie fonctionnera sur la base de la recherche du profit. Mieux Cotonou, dans le respect aveugle des règles mortelles de l’OMC, s’oppose à l’annulation de la dette et fait la promotion de PPTE/CSLP. Comme innovation, il y a l’usage de nouveaux discours dans la présentation de l’idéologie des institutions internationales et du groupe du G7 aveuglés par le libre échangisme et les équilibres macro- économiques dont les systèmes de privatisations en application depuis les années 1980 n’ont fait que créer la misère, la famine, l’analphabétisme chez les peuples du Sud. Comme autre innovation, il y a introduction de nouvelles conditions, entre autres : la privatisation des services publics de base (eau, santé, éducation etc.), les critères de performance dans l’allocution de l’aide, le dialogue politique, l’abandon du système d’échange non réciproque, et des systèmes de garanties des prix des matières premières (STABEX et SYSMIN) au profit des zones de libre échange.
Une autre innovation à être félicitée est la reconnaissance de la société civile comme acteur de partenariat Cotonou pouvant accéder au fonds. Dans lequel partenariat, les ACP considérés comme principaux bénéficiaires doivent à chaque instant négocier leur position sur la base de remplissage des conditions imposées contre leurs peuples.
Le Nepad : Le forum des peuples réclame une initiative africaine entre les gouvernements africains et leurs peuples et non le contraire. Une initiative africaine dans la quelle l’alternative serait : l’annulation totale de la dette, le rapatriement des fonds détournés et la réparation des dettes odieuse et historique, le recours aux ressources internes à travers notamment la mobilisation de l’épargne.