Ce premier rendez-vous, créé comme un espace d’expression du peuple et de construction d’alternatives, a pris le nom : "Forum des Peuples" et s’est déroulé à Sybi (Mali) en contrepoids du sommet du G8. Enthousiasmé par la réussite de ce contre-sommet, la CAD Mali, avec le soutien des acteurs altermondialistes du Sud comme du Nord, a souhaité réitérer l’expérience en faisant de ce forum un rendez-vous annuel des acteurs du mouvement altermondialiste africain et de ses sympathisants (Sybi 2002 et 2003, Kita 2004, Fana 2005 et Gao 2006).
Le Forum Des Peuples de GAO 2006
C’est dans cette continuité qu’a été lancée la cinquième édition du Forum des Peuples du 14 au 17 juillet 2006 à Gao (Mali), citée millénaire et plate-forme commerciale située à la frontière du Sahara à plus de 1200 Km de Bamako.
L’objectif de la rencontre de cette année était d’effectuer un retour sur les expériences de Sybi, Kita et Fana et de dresser une évaluation du forum tant sur le plan organisationnel que sur son contenu et ses impacts.
Malgré la volonté de la CAD de limiter le nombre participants pour faciliter le travail d’évaluation, le Forum de Gao 2006, victime de son succès, a accueilli plus de 600 inscrits dont près de 300 ont enduré les 23h de bus séparant Gao de Bamako (et bien plus pour les participants venues de l’étranger).
Regrettant pour cette édition l’absence de certains pays tels que le Togo, la République Démocratique du Congo… et le peu de représentation des acteurs altermondialistes français habituellement présents, le Forum de Gao a néanmoins regroupé des organisations et acteurs des sociétés civiles malienne, béninoise, burkinabé, ivoirienne, guinéenne, marocaine, nigérienne, belge, canadienne, écossaise et française.
Outre le thème principal d’évaluation des forums, d’autres thématiques ont été abordées telles que la dette, la paix et le développement en Afrique Subsaharienne, les accords de partenariats économiques EU/ACP, les OGM, l’accès aux services sociaux de base, les privatisations en Afrique… avec un accent tout particulier mis sur les migrations et la lutte contre les politiques d’expulsions. Ces ateliers se sont, dans la mesure du possible et par soucis d’intégration des populations rurales, déroulés en français, bambara et songhaï.
Des Conséquences Positives Visibles Du Forum Des Peuples
Trois conséquences positives de ces initiatives sans précédents en Afrique doivent être mises en exergue :
Dans un premier temps, ils permettent, par le développement d’un espace commun de dialogue,
le regroupement et la mise en réseau des acteurs altermondialistes africains,
la mise en cohérence de leurs actions et revendications, la programmation d’action communes et l’échange d’expériences sur le continent.
De plus, la volonté d’ouvrir cet espace de dialogue et de sensibilisation aux intellectuels, mais aussi et surtout aux populations moins instruites (mouvements de femmes, paysans…) semble une réelle réussite en terme de prise de parole et de conscientisation des populations.
Enfin, nous avons pu apprécier depuis 2002 les impacts concrets des Forums des Peuples sur le plan politique au Mali :
le plaidoyer développé suite au forum de Kita a permis la réouverture de certaines gares fermées suite à la privatisation des chemins de fer malien ;
le travail de sensibilisation mené par/auprès des populations de Sikasso et de Koutiala sur les dangers de l’introduction des OGM dans l’agriculture malienne a donné naissance à une forte mobilisation aux retombées internationales qui fait aujourd’hui pression sur le gouvernement malien.
Il ressort toutefois de l’évaluation du Forum que des efforts restent à fournir, notamment en terme de communication et d’implication des médias, d’intégration des populations rurales… On pourra par ailleurs regretter l’absence de débats autour de la femme et trop peu d’informations et de discussions autour de la rencontre du G8.
Forum Des Peuples et Forum Social
Alors que les forums sociaux s’adressent à un public instruit et conscient des dérives de la mondialisation, le Forum des peuples a pour habitude de sortir de la capitale afin de travailler directement avec les populations rurales et leur permettre de prendre la parole. Il se présente alors comme un véritable lieu d’expression et d’éducation populaire et incite les populations à s’approprier les débats. En ce point, le Forum des Peuples, tout en s’inscrivant dans la continuité des Forum sociaux, affirme sa propre identité.
Même si des efforts restent à fournir pour rendre certains discours plus abordables aux bases populaires et pour rendre systématiques les traductions en langues locales, le Forum des Peuples a permis d’élargir considérablement l’espace de dialogue et le nombre de personnes impliquées.
Forum Régional ou Forum Malien ?
Cependant, le nombre trop limité d’acteurs étrangers, la volonté de toucher les populations du lieu d’organisation du forum et le fait que ce forum se déroule systématiquement au Mali (plusieurs villes maliennes se disputent la 6ème édition du Forum), incitent à s’interroger sur l’identité africaine ou malienne du forum.
Les avis quant à cette question divergent quelque peu. Alors que les participants africains (hors Mali) souhaiteraient en faire un véritable forum africain et le déplacer hors des frontières maliennes, la CAD-Mali insiste sur l’origine malienne de cette initiative.
Ainsi Mme Barry, présidente de la CAD-Mali, voit le Forum des Peuples comme un forum malien qu’elle souhaite partager avec les acteurs altermondialistes de tous pays. A même titre que le Burkina Faso et le Bénin, qui ont d’hors et déjà prévu leurs Forums en novembre et décembre 2006, elle encourage chaque pays de la zone à développer son propre forum. En outre, Mme Barry n’écarte pas la possibilité, une fois ces mouvements sociaux rodés, d’organiser ensemble un Forum des peuples africains.